Dreamtime 5 - At first light

A l'intérieur de la salle dite Dewoitine, présentation d'une œuvre de Dominique Gonzalez-Foerster et exposition de Damien Aspe ou "une mise en lumière spécifique de l'histoire du site, dans le respect de l'art, des lieux, de la biodiversité et du public".

- Dominique Gonzalez Foerster, avec l’installation de la célèbre œuvre « Ann Lee in Anzen Zone » à l'intérieur de la salle dite Dewoitine. Son personnage virtuel "Ann Lee"  porte ainsi sur le lieu de la grotte aux parois ornées de génies et de traces laissées peut-être bien par les chamanes d'hier, un regard d'aujourd'hui, un regard du XXIème siècle. Cette œuvre issue de la collection des Abattoirs - Frac Midi-Pyrénées met en relief le caractère novateur et précurseur des artistes invités à questionner l’histoire de la  grotte et de ses signes et à offrir ainsi une véritable passerelle artistique et transhistorique.

- Damien Aspe, accueilli en Ariège par les Résidences d’artistes Caza d'oro, a créé des œuvres spécialement pour la salle de la grotte dite Dewoitine (Emile Dewoitine fut un industriel et constructeur aéronautique français. Il est d'ailleurs considéré par certains comme le père fondateur des usines toulousaines aérospatiales). L'artiste toulousain propose à travers trois œuvres le fruit d’une réflexion approfondie sur l'histoire du site mais aussi sur le sens de sa propre intervention dans la grotte, car l’art contemporain au cœur de sites patrimoniaux doit rester un acte exceptionnel par souci de l’ histoire des lieux, de l’espace sensible habité, visité et protégé.
Damien Aspe a su s’insérer avec talent dans cet ensemble architectural et naturel aussi symbolique qu’est celui de la grotte ornée du Mas-d'Azil.

Une interdiscipline  « Art-Science-Technologie »
Artiste attaché aux perspectives et aux systèmes de construction des représentations, Damien Aspe s’est permis de mettre en lumière et de codifier toute l'histoire de la salle de la grotte, de la plus lointaine à la plus moderne, créant ainsi une trajectoire colorée et sonore, dynamique concentrée sur les rapports d’échelles, les équilibres et les points d’observation, une exposition aussi surprenante sur le plan spatial que sur le plan intellectuel et visuel, c'est une belle adéquation des œuvres au caractère de la salle de la grotte, et pas seulement sur le plan conceptuel.

Un dialogue : les lieux du patrimoine historique et l’art contemporain
Pour Caza d'oro le débat sur les expositions d'art contemporain installées dans les sites patrimoniaux ou monuments historiques est loin d’être clos et reste passionnant  car il pose la question de la place que l’on réserve au patrimoine et à l'art contemporain dans notre société moderne, de notre perception du passé et du présent, de sa mise en scène et de son authenticité, de sa relation au temps. Le site de la grotte contient le temps dit-on sous forme de mémoires accumulées et il est contenu dans et par la temporalité, dont l’artiste invité donne une image expressive.
Une réflexion s’est ainsi installée depuis 2008 au sein de Caza d’oro quant à ce possible dialogue qui s’est instauré avec talent en Ariège.
En s’inspirant par-exemple des réflexions du professeur D. Klaic, historien et analyste culturel, l’on doit s’interroger sur la pertinence  « d’un site patrimonial qui resterait collé à une idéologie protectionniste et à une présentation à sens unique, inébranlable et inaltérable, dans une vision hégémonique du passé. Site qui se préserverait ainsi de la création contemporaine qu’il considèrerait comme posant problème, plutôt controversée et même parfois, inférieure aux arts liés à l’Histoire. Car aujourd’hui, beaucoup d’artistes regardent du côté des œuvres du patrimoine matériel ou immatériel et, s’en inspirent, les contextualisent, les situent en miroir ou en référence à leur travail. Ils engagent ainsi un dialogue avec le patrimoine, son style, ses thématiques et ses éléments narratifs ainsi que son idéologie sous-jacente. Sans l’opportunité d’un tel échange, beaucoup de ces sites ne peuvent se revendiquer comme publics tant que cet aspect n’est pas le fruit d’échanges, de confrontations,  de polémiques et de débats. C’est certain l’exposition d’art contemporain sur un site patrimonial attire un public plus important et plus diversifié, brise le modèle de consommation passive du discours historique imposé et libère les lieux des seules revendications liées aux idéologies locales et nationales qui tenteraient de se les approprier. Un site patrimonial historique obtient une importance européenne et mondiale par la présence et l’aura de ses activités artistiques et contemporaines, par la qualité et la diversité de sa programmation artistique, au sein de son contexte historique et souvent même en contrepoint. »
L'artiste Damien Aspe a donc aussi pris en compte le questionnement porté par deux points de vue dégagés avec expérience - confronter ou ne pas confronter l’art contemporain à l’ancien voire à un site historique - qui sont autant défendables l’un que l’autre selon que l’on se place du côté de la préservation du patrimoine ou de celui de la création vivante, le but étant de parvenir à les concilier et à les faire cohabiter dans le respect des lieux, des artistes et des publics. Le projet de l'artiste a été validé par le Service Régional de l'Archéologie / Drac Midi-Pyrénées, Ministère de la Culture et de la Communication. Il est aussi accompagné par la DREAL Midi-Pyrénées - Service Biodiversité et Ressources Naturelles.

« L’action culturelle, ce n’est pas simplement de donner au public ce qu’il attend spontanément. C’est de prendre parfois le public par la main et le conduire au-delà de ce qu’il attend » J.J.Aillagon.