les Abattoirs, Musée - Frac Occitanie Toulouse

La Déconniatrie

Art, exil et psychiatrie autour de François Tosquelles
Du 14 octobre 2021 au 6 mars 2022
les Abattoirs
Auguste Forestier, "La bête du Gévaudan", 1935-1949, bois, métal, dent, 33,5 x 60 x 33 cm

Cette exposition inédite dévoile une histoire méconnue qui a fait date dans la psychiatrie au 20ème siècle et ses liens nouveaux avec l’art brut et l’art moderne. Elle prend pour point de départ le parcours du psychiatre catalan François Tosquelles (1912-1994).

Elle s’écrit sur les chemins de l’exil, ceux de la Retirada espagnole, puis de la Seconde Guerre mondiale, et présente le rôle que ce médecin a tenu dans l’hôpital psychiatrique de Saint-Alban-sur-Limagnole, en Lozère, au milieu des patients.Elle rend ainsi hommage à ses héritages artistiques et intellectuels encore forts aujourd’hui. Les Abattoirs accueillent la première étape de ce projet d’envergure internationale, qui rassemble plus de 100 œuvres, aussi bien d’art moderne que celles créées par les patients dans l’hôpital, ainsi que des films inédits, des livres, des archives, des photographies et un volet d’art contemporain.

"Ce qui caractérise la psychanalyse, c’est qu’il faut l’inventer. L’individu ne se rappelle de rien. On l’autorise à déconner. On lui dit : ‘’Déconne, déconne mon petit ! Ça s’appelle associer. Ici personne ne te juge, tu peux déconner à ton aise.’’ Moi, la psychiatrie, je l’appelle la déconniatrie. Mais, pendant que le patient déconne, qu’est-ce que je fais ? Dans le silence ou en intervenant – mais surtout dans le silence –, je déconne à mon tour."
(François Tosquelles, dans "François Tosquelles. Une politique de la folie", réalisé par François Pain, Danièle Sivadon et Jean-Claude Polack, 1989)

Cette exposition suit la vie et l’œuvre de l’incroyable docteur François Tosquelles qui a fui avec 500 000 réfugiés espagnols la victoire franquiste après trois années de guerre. Après son passage dans le camp d’internement de Septfonds, le psychiatre s’installe pendant l’Occupation à Saint-Alban-sur-Limagnole. Dans l’hôpital où il travaille, il fait alors émerger de nouvelles pratiques de soin basées sur le collectif, le travail et la création artistique par les patients dont le travail sera notamment collectionné par Jean Dubuffet sous l’appellation d’art brut. Durant cette période, l’hôpital de François Tosquelles et Lucien Bonnafé reçoit les artistes et écrivains, notamment surréalistes, en exil ; on y retrouve par exemple Nusch et Paul Éluard et Tristan Tzara, qui sont frappés par le lieu et ses habitants. Dans l’après-guerre se mettent en place les fondements d’une psychiatrie désaliénante, dite de secteur, portée par des activités communes comme le cinéma, les clubs et les journaux dont le fameux journal interne Trait d’union. Des psychiatres d’avant-garde y travaillent, comme Frantz Fanon, écrivain et penseur martiniquais de la décolonisation. Le rôle des femmes dans cette expérience inédite et collective se révèle également majeur (Agnès Masson, Marguerite Sirvins, etc.).

À partir du parcours de François Tosquelles, fil rouge de l’exposition, sont questionnés les rapports entre art, exil et psychiatrie, et la notion de création dans le contexte de l’exclusion, de l’enfermement ou de l’hospitalisation. Il s’agit donc de conjuguer une histoire de l’art moderne à une histoire de l’art brut et de l’art contemporain, ainsi qu’à celle de la psychiatrie et du décolonialisme.

À travers La Déconniatrie : art, exil et psychiatrie autour de François Tosquelles, c’est l’engagement des Abattoirs à l’égard des différentes formes de l’exil et de l’ "autre" perçu comme indésirable, étranger, malade, impropre à la vie en société, qui est présenté. Avec cette proposition, l’institution poursuit ses recherches entamées de longue date sur la création en exil (Picasso et l’exil. Une histoire de l’art espagnol en résistance ; Je suis né étranger), sur le postcolonialisme, et le statut de l’œuvre d’art, dans la continuité de l’étude et des accrochages de la collection Daniel Cordier. L’apport culturel des exilés espagnols et l’histoire de l’art régionale et en campagne, se retrouvent à l’origine d’un nouveau projet. Ce projet réunit quatre institutions de trois pays et circulera en 2022 au Centre de Cultura Contemporània de Barcelone et au Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía à Madrid et en 2023 à l’American Folk Art Museum à New York.


Commissariat :
Carles Guerra, Professeur à l’Université Pompeu Fabra et commissaire indépendant
Joana Masó, Professeure de littérature française à l’Université de Barcelone et chercheuse à la Chaire UNESCO Femmes, Développement et Cultures
Julien Michel, Attaché de conservation
Annabelle Ténèze, Conservatrice en chef et directrice des Abattoirs

Partenaires :
Centre de Cultura Contemporània de Barcelona, Barcelone
Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía, Madrid
American Folk Art Museum, New York

 

Avec le soutien de AC/E