les Abattoirs, Musée - Frac Occitanie Toulouse

Elisabeth Lebovici - Valérie Urréa

Une soirée, un livre, un film, deux rencontres.
Jeudi 29 mars 2018 à 18h
 
Auditorium - Entrée libre
Dans le cadre des Jeudis des Abattoirs
Queer Action Figures, c. 1992. Feuille volante d'un ensemble d'ephemera inséré dans une enveloppe rose ;  timbre au dos : Queer Action Figures, 151 1st Ave N° 82 NYC 10003

Rencontre avec Elisabeth Lebovici, historienne et critique d’art, autour de son dernier ouvrage "Ce que le sida m’a fait - Art et activisme à la fin du XXe siècle", salué par le Prix Pierre Daix 2017. Projection du film documentaire "Focus Iran - L’audace au premier plan". Ou la création de tous les dangers pour cinq photographes iranien.nes. En présence de la coréalisatrice, Valérie Urréa.

Dans le cadre des Jeudis des Abattoirs et du 21ème Printemps lesbien de Toulouse, Bagdam espace lesbien.

Rencontre avec Elisabeth Lebovici 
Ce que le sida m’a fait - Art et activisme à la fin du XXe siècle
 
Engagée aux côtés des activistes français et américains de la lutte contre le sida, observatrice privilégiée, en tant qu’historienne de l’art et journaliste, des débats et enjeux des années 1980 et 1990, Elisabeth Lebovici a analysé ce moment charnière des liens entre art et activisme, qu’elle revisite.
 
Tout au long de son ouvrage, avec sa mémoire de témoin, en survivante affectée. Il s’agissait pour elle de restituer la parole des ami·e·s de lutte, articuler les "je" et "nous" d’alors et d’aujourd’hui, faire retour sur des faits et affects peu connus du public français, analyser l’"épidémie de la représentation" consécutif à l’apparition du sida : telle a été l’entreprise de «ce que le sida m’a fait», conçu comme un véritable "discours de la méthode" où, toujours, le personnel est politique, et où public et privé s’intriquent. Monographies, entretiens et essais thématiques composent les 320 pages de ce livre, rédigé de manière assumée – la seule possible – à la première personne. Il propose ainsi, dans un va- et-vient constant entre les États-Unis et la France, une cosmologie élective d’artistes activistes, de groupes, d’espaces et lieux politiques.
 
Parmi tous : ACT UP, les "arbres téléphoniques", Richard Baquié, Gregg Bordowitz, Alain Buffard, Douglas Crimp, les "enterrements politiques", General Idea, Nan Goldin, Félix González-Torres, Gran Fury, L’Hiver de l’amour, Roni Horn, Eve Kosofsky Sedgwick, Zoe Leonard, Mark Morrisroe, William Ollander, le "Patchwork de noms", The Real Estate Show, Lionel Soukaz, Philippe Thomas, Georges Tony Stoll, Paul Vecchiali, David Wojnarowicz, Dana Wyse, les zaps, etc.
 
Illustré par de nombreuses archives et ephemera qui soulignent l’importance du graphisme dans la lutte contre le sida, Ce que le sida m’a fait (320 p.) est un ouvrage nécessaire pour comprendre les "années sida", cette période d’une créativité artistique et militante née de l’urgence de vivre et du combat pour la reconnaissance de tous·tes.
 
Elisabeth Lebovici
Historienne et critique d’art, elle articule, dans ses recherches, écrits et séminaires, féminisme, études de genre, politiques queer, activisme LGBT et arts contemporains. Elle est notamment l’auteure, avec Catherine Gonnard, de Femmes/artistes, artistes/femmes, Paris de 1880 à nos jours (Hazan, Paris 2007) et tient le blog le-beau-vice.blogspot.fr

Créée et coéditée par La maison rouge sous la direction de Patricia Falguières, des textes d’artistes, de chercheurs et de praticiens qui interrogent à la fois la muséographie, l’écriture de l’exposition et de l’histoire de l’art. Ce que le sida m’a fait. Art et activisme à la fin du XXe siècle est le septième titre de cette collection.

©newsha tavakolian - série Listen

 

Projection de Focus Iran. L’audace au premier plan*,
Valérie Urréa et Nathalie Masduraud, documentaire, 2014, 52’.
Présenté par Valérie Urréa. Échange avec le public.

QUAND L'APPAREIL PHOTO DEVIENT UN OUTIL DE LIBÉRATION
En Iran, pays tiraillé entre tradition et modernité, la photographie est un outil d’expression mais aussi un moyen de se réapproprier son identité, loin des clichés occidentaux. Qui sont ces 4 femmes et cet homme, qui nous entraînent sur des territoires méconnus ? De quelles stratégies usent-ils pour poursuivre leur travail, comment font-ils pour contourner la "ligne rouge" des interdits ? Voici ce que Nathalie Masduraud et Valérie Urréa transmettent de ce qu’elles ont compris, et ressenti :

FOCUS IRAN, ou L’ART DE RÉSISTER
"Alors que le ministère de la Guidance Islamique veille jalousement sur la culture du pays, nombreux sont les hommes et les femmes qui parviennent à faire entendre leurs voix, dans les galeries de Téhéran comme sur la scène internationale. L’Iran n’est pas à un paradoxe près : bien que toute action et tout individu y soient étroitement surveillés, le pays a vu ces dernières années la naissance d’une scène photographique unique au Moyen-Orient.
Malgré une censure réelle et une autocensure souvent inéluctable, cette liberté de ton pourra surprendre. Il faut reconnaitre que les Iranien.nes sont passé/es maîtres dans l’art du contournement et de la métaphore.
"Nathalie et moi, toutes deux passionnées de photographie, nous avons fait la connaissance de Newsha Tavakolian aux Rencontres photographiques d’Arles. Nous sommes en 2014, et cette très jeune femme, lumineuse et enflammée, vient de recevoir le prestigieux prix Carmignac.
Sa grâce et sa ferveur nous touchent terriblement. Elle nous invite à venir découvrir dans son pays une scène photographique d’une singulière et incroyable vitalité.
"De la photographie documentaire de Tahmineh Monzavi, aux mises en scène plasticiennes de Shadi Ghadirian, nous nous retrouvons face à des œuvres qui résonnent – et raisonnent – bien au-delà de leur territoire ou de leur contexte politique : l’Iran ce n’est pas que la bombe nucléaire ou le commerce des Mollahs. Ces photographies viennent bousculer nos idées préconçues sur l’Iran contemporain et ruiner tous les vieux "clichés" orientalistes chers à l’Occident.
"Ce fut un choc ! Tant de liberté et d’audace en Iran ! Ces artistes sont à l’image du pays : incroyablement jeunes (60% des iraniens ont moins de 30 ans !), avec un grand nombre de femmes (les écoles d’art ont fleuri après la Révolution de 1979, ouvrant largement leur porte aux étudiantes), et très au fait de l’actualité artistique contemporaine (les connexions internet font circuler les œuvres bien plus librement).
"Aujourd’hui, malgré les difficultés quotidiennes et les risques encourus, ces photographes ont fait le choix de continuer à vivre et à travailler en Iran. Certains, comme Newsha Tavakolian désormais membre de l’agence Magnum, ont une carrière internationale mais ont fait le choix d’y rester : "J’aime mon pays passionnément" dit-elle.
"Pour nous – documentaristes en quête de transversalités nouvelles – ces artistes, leurs œuvres, sont de magnifiques passerelles. Vers les portes d’une histoire contemporaine en train de s’écrire".
"Dans un monde qui se replie sur lui-même, essayons d’ouvrir les frontières de la représentation. Allons à la rencontre de nouveaux modèles de création. Et suivons ces artistes dans leur quête de liberté".

Nathalie Masduraud & Valérie Urréa

Avec les photographes : Newsha Tavakolian, Shadi Ghadirian, Tahmineh Monzavi, Abbas Kowsari, Solmaz Daryani.
Et la participation d’Anahita Ghabaian.

Un film de Nathalie Masduraud et Valérie Urrea , 2014, 52 mn.
Image : Philippe Guilbert  - Son : Shahin Poor Dadashi – Montage : Muriel Breton - Mixage : Bruno Lagoarde
Produit par Terra Luna Films, Harbor Films, Arte France, Avrotos
Avec la participation du Centre National du Cinéma et de l’Image Animée, de la Procirep - Société des Producteurs et de l’Angoa, RSI Radiotelevisione svizzera, RTS - Radio Télévision Suisse, Schweizer Radio und Fernsehen SRF

Un rappel : Valérie Urréa a déjà été l’invitée de Bagdam Espace lesbien aux Abattoirs dans le cadre de l’événement Filles d’Automne, organisé en novembre 2014 autour de la réception de la photographe sud-africaine Zanele Muholi. les Abattoirs, Musée-frac Occitanie Toulouse venaient de faire l’acquisition de trois de ses œuvres  – qui furent exposées à cette occasion. Le vernissage et la rencontre s’était prolongée à l’Auditorium avec le film Difficult Love de Zanele Muholi (2010, 48 mn) et le court de Valérie Uréa et Nathalie Masdureau, Look at me (2014, 8 mn), extrait leur long métrage documentaire South Africa, Chromatic Portraits (2014, 52 mn),

A l’instar de Focus Iran, l’audace au premier plan, "Afrique du Sud, portraits chromatiques" raconte l'histoire contemporaine de l'Afrique du Sud à travers l'objectif des plus grands photographes documentaires de ce pays – dont Zanele Muholi, qui s’est emparée de la photographie telle d’une "arme", afin de témoigner des déchirements de la société post-apartheid – l’oppression et les assassinats de lesbiennes, gays et trans en étant l’atroce révélateur… Ainsi, fil rouge tendu entre ces artistes photographes qui risquent, du Nord au Sud de la planète (et certes aussi d’Ouest en Est !), et l’amitié créatrice de documentaristes telles que Masduraud et Urréa, qui rendent compte de leurs combats, de leur art, de leur audace. Vraiment, au premier plan.

http://www.bagdam.org