La Marathon des mots

Qu'en pensent-elles ? Intimité, politique & philosophie

Les Abattoirs
Auditorium
Entrée libre dans la limite des places disponibles

Les Abattoirs sont heureux de s’associer au Marathon des Mots pour proposer 4 jours de rencontres et de conférences. "Qu’en pensent-elles ?" laisse la parole à des philosophes, journalistes, professeures, maîtres de conférences, politistes, réalisatrices, autrices, productrices, psychanalystes ou encore directrices de recherche, chacune portant un regard sur le monde d’aujourd’hui.

Toutes les conférences sont présentées par Tilla Rudel, directrice artistique du Marathon des Mots.

Le programme

JEUDI 9 AVRIL

14H30 - 15H30 : LA VOCATION DE PHILOSOPHE

Avec Sophie Nordmann, philosophe, professeure de philosophie à la section des sciences religieuses à l’École Pratique des Hautes Études.

Quand on se demande à quoi sert la philosophie, parmi toutes les réponses disponibles, il en est une qui déclare qu’il n’y a de philosophe et de philosophie que dans l’invention de concepts. Il en est une autre qui affirme qu’on ne saurait juger de son utilité et que, dans tous les cas, nul ne peut soutenir qu’elle sert à la manière d’une brosse à dents ou d’une tondeuse à gazon… Et si sa vocation était de questionner plutôt que de conceptualiser ? Et si elle était cette discipline de la pensée qui a pour vocation de se pratiquer, de se vivre, de s’inventer et de se transmettre en bousculant les savoirs, les doctrines et les concepts établis ?

Sophie Nordmann codirige avec Mazarine Pingeot la collection Disputatio aux Éditions Mialet-Barrault. Elle a publié Phénoménologie de la transcendance aux Éditions d’Écarts en 2022. Le livre pour lequel elle est invitée dans Le Marathon des mots, La vocation de philosophe, est paru en 2025 chez Calmann-Lévy.

16H30 - 17H30 : "LA VIE À LA LISIÈRE" – UNE VOLONTAIRE UKRAINIENNE DANS LA GUERRE

Avec Tetyana Ogarkova, maîtresse de conférences à l’université Mohyla de Kyiv

Depuis le 24 février 2022, date à laquelle la Russie a envahi l’Ukraine, Tetyana Ogarkova et son époux Volodymyr Yermolenko, universitaires ukrainiens, parents de deux enfants, parcourent leur pays pour apporter aide et assistance aux personnes isolées, aux soldats blessés en attente d’être acheminés à l’arrière. Ils sont ces "livreurs" qui transportent des vivres, du matériel et des livres à celles et ceux qui sont parfois coupés de tout lien avec autrui. Dans un texte de témoignage baroque, composite, fait de réflexions poétiques et philosophiques, ils partagent avec le lecteur les éclats d’humanité qu’ils ont recueillis tout au long de leurs expéditions. La vie à la lisière est ce moment, cet endroit où la vie se bat avec acharnement pour se défendre et défendre chaque millimètre lui appartenant.

Tetyana Ogarkova est également journaliste et politiste. Elle anime l’ONG Ukraine Crisis Media Center. Elle vient de publier avec Volodymyr Yermolenko, philosophe : La vie à la lisière. Être ukrainien aujourd’hui (Témoins – Gallimard, 2026).

18H00 - 19h30 : L’HYPOTHÈSE DÉMOCRATIQUE

Avec Barbara Stiegler, philosophe, maîtresse de conférences à l’Université Bordeaux -Montaigne, membre du comité d’éthique du CHU de Bordeaux et de l’Institut Universitaire de France.

Depuis 2500 ans et sa création à Athènes, la démocratie a souvent été dénoncée comme un scandale. Un scandale qui a pour autre nom "égale aptitude à gouverner de tous les citoyens". Comment un peuple pourrait-il être apte à se gouverner ? N’est-il pas composé davantage de pauvres que de riches, d’ignorants que de savants ? La philosophie, sous la plume de Platon, n’a-t-elle pas émis les objections les plus sévères à l’encontre de la démocratie ? Ses détracteurs ont le plus souvent affiché leur préférence pour un régime mixte combinant des éléments aristocratiques et des éléments démocratiques, un système représentatif et le suffrage universel réduit à l’élection de représentants. Ses défenseurs, au contraire, réaffirment l’urgence et la pertinence de son approfondissement. Si bien qu’on peut se demander s’il ne faut pas remonter le fil de ses mésaventures récentes pour en reconstituer l’hypothèse, condition de l’exploration de ses potentialités.

Barbara Stiegler est philosophe, spécialiste de Nietzsche et professeure de philosophie politique à l’Université Bordeaux-Montaigne. Elle a récemment publié : Il faut s’adapter, sur un nouvel impératif politique (NRF Essais, 2019) ; Démocratie. Manifeste ! avec Christophe Pébarthe (Le Bord de l’eau, 2024).

VENDREDI 10 AVRIL

12H00 - 13H30 : INFIDÉLITÉ ET IMPOSTURE, LE PRIX À PAYER

Dialogue entre Astrid von Busekist et Colombe Schneck

L’infidélité et l’imposture peuvent-elles être envisagées autrement que comme des ruptures de confiance aux conséquences imprévisibles ? Y a-t-il des exceptions et, si oui, lesquelles ? Le mensonge qui, si l’on suit Spinoza, est consubstantiel à la vérité et demeure en lien avec elle, permet-il réellement de résoudre une situation difficile ou prépare-t-il, au contraire, une fin plus douloureuse encore ? Peut-on reconstruire une relation — amoureuse, sociale ou politique — après une trahison ? Le prix à payer peut-il être seulement affectif, ne met-il pas aussi en question l’identité et la dignité de celui qui trompe ?

Astrid von Busekist est professeure de sciences politiques à Sciences Po Paris. Elle est directrice de publication de la revue Raisons politiques et directrice de la collection Humanités politiques chez Albin Michel. Elle a récemment publié : L’ère des impostures (Albin Michel, 2025) ; La religion au tribunal. Essai sur le délibéralisme (Albin Michel, 2023) ; Portes et murs. Des frontières en démocratie (Albin Michel, 2016).

Colombe Schneck est autrice, journaliste et réalisatrice de documentaires. Elle a récemment publié Philip & moi(Stock, 2026) ; Mensonges au paradis (Grasset, 2023) ; Deux petites bourgeoises (Stock, 2021) ; Nuits d’été à Brooklyn (Stock, 2020). Ses livres sont traduits dans une dizaine de langues. Elle est lauréate du prix Anna de Noailles de l’Académie française.

14H00 - 15H30 : enregistrement en public du Podcast : Soin, vulnérabilité, ou l’art de faire exister avec Flora Bastiani

Léa Waterhouse, autrice et productrice d’un podcast exclusivement dédié aux femmes philosophes. Elle travaille à Marseille dans un service de pédiatrie, et a récemment publié Philosophesses et autres outsiders de la pensée (Éditions Dalva).

Flora Bastiani est maîtresse de conférence en éthique de la santé au département de philosophie de l’Université Toulouse Jean Jaurès. Elle a récemment publié Philosophie du soin critique aux éditions Le Cercle Herméneutique.

16H00 - 17H30 : LA DÉMOCRATIE À L’ÉPREUVE DE LA LIBERTÉ D’EXPRESSION 

Dialogue entre Monique Canto-Sperber, philosophe, et Astrid von Busekist, philosophe et politiste

Peut-on parler de démocratie sans une liberté d’expression pleinement garantie, et par qui ?

D’un autre côté, une liberté d’expression sans règles peut-elle permettre un débat public digne de ce nom ? Comment fixer la limite entre protection des opinions et endiguement de la désinformation et des discours de haine ? Restreindre certains propos menace-t-il davantage la démocratie qu’il ne la protège ?

Astrid von Busekist est professeure de sciences politiques à Sciences Po Paris, elle est directrice de publication de la revue Raisons politiques et directrice de la collection Humanités politiques chez Albin Michel. Elle a récemment publié : L’ère des impostures (Albin Michel, 2025) ; La religion au tribunal. Essai sur le délibéralisme (Albin Michel, 2023) ; Portes et murs. Des frontières en démocratie (Albin Michel, 2016).

Monique Canto-Sperber est l’autrice de plus d’une vingtaine de livres, ancienne directrice de l’École Normale Supérieure, elle est à l’origine de la création du plus grand pôle universitaire en France, "Paris-Sciences-Lettres". Depuis 2023, elle est fondatrice et directrice de l’Institut Atout +, première université d’arts libéraux, adaptation française des "Liberal Arts Colleges" américains.

Elle a récemment publié : Sauver la liberté d’expression (Albin Michel, 2021) ; Une école qui peut mieux faire (Albin Michel, 2022).

18H00 - 19H00 : LES MOTS QUI FONT L’AMOUR

Avec Clotilde Leguil, philosophe et psychanalyste, professeure à l’Université Paris 8

Pris entre une injonction à jouir sans entrave et celle des algorithmes qui proposent de réduire la relation amoureuse à un questionnaire à choix multiples, l’individu-consommateur ne finit-il pas par oublier qu’une éthique du désir est possible ? Et qu’elle suppose le passage du temps, la liberté de désobéir aux voix qui commandent en nous, et surtout… les mots d’un sujet à un autre, tout autre.

Clotilde Leguil a récemment publié : La Déprise (Seuil, 2025) ; L’ère du toxique : essai sur le nouveau malaise dans la civilisation (PUF, 2023) ; Céder n’est pas consentir : une approche clinique et politique du consentement (PUF, 2021).

SAMEDI 11 AVRIL

10H00 - 11H00 : SI ON NE NAÎT PAS FEMME, COMMENT LE DEVIENT-ON ? 

Avec Fabienne Brugère, philosophe, professeure à l’Université Paris 8

Ici en France, ailleurs en Europe, en Afrique ou en Asie. Qu’elles soient couturières ou policières, professeures d’université ou ouvrières. Les femmes de 30 ans ne sont-elles pas confrontées à l’injonction de concevoir des enfants et celles de 50 ans à la fuite de la jeunesse comme un désastre intime ? À chaque âge de la vie, il semble que des normes invisibles s’exercent sur elles. Y a-t-il un commun des femmes, une manière de dire leur commune condition ? Comment récuser ce qui se présente comme une loi non écrite ? Est-ce ainsi que les femmes vivent, et leurs désirs au loin les suivent…

Fabienne Brugère dirige les collections Lignes d’art et Care studies aux Presses Universitaires de France, ainsi que Diagnostics aux éditions Le Bord de l’eau. Elle a récemment publié : On ne naît pas femme, on le devient (Stock, 2019) ; avec Guillaume Leblanc : La fin de l’hospitalité (Flammarion, 2019) ; Le peuple des femmes (Flammarion, 2021).

11H30 - 12H30 : LA LIBERTÉ CHERCHANT SON PEUPLE

Avec Monique Canto-Sperber, philosophe

Apporter la liberté dans la vie des gens les plus pauvres, n’est-ce pas l’un des premiers défis d’une politique libérale ? Dès lors, comment relever ce défi quand ceux qui sont supposés donner l’exemple s’affranchissent de la rationalité commune et de toute intégrité personnelle, et que des ministres de la République semblent s’asseoir sur la séparation des pouvoirs ? Comment faire pour que la liberté économique ne se retourne pas en licence et ne débouche pas sur la constitution de monopoles ? Comment faire que l’État soit plus actif dans la régulation des marchés ? Comment agir sur le marché du travail pour qu’il ne contribue pas à la paupérisation d’un grand nombre de citoyens ? Comment une transition indispensable pour une préservation du vivant peut-elle être atteinte par davantage de liberté d’agir individuelle et collective ?

Monique Canto-Sperber est l’autrice de plus d’une vingtaine de livres, ancienne directrice de l’École Normale Supérieure, elle est à l’origine de la création du plus grand pôle universitaire en France, « Paris-Sciences-Lettres ». Depuis 2023, elle est fondatrice et directrice de l’Institut Atout +, première université d’arts libéraux, adaptation française des « Liberal Arts Colleges » américains.

Elle a récemment publié : La liberté cherchant son peuple (Calmann-Lévy, 2025) ; La fin des libertés : ou comment refonder le libéralisme (Robert Laffont, 2019).

15H30 - 17H00 : SOINS ULTIMES

En partenariat avec l’Université Toulouse Jean Jaurès

Dialogue entre Flora Bastiani, philosophe, maîtresse de conférences à l’Université de Toulouse Jean Jaurès, et Émilie Gilbert-Fontan, médecin en service de soins palliatifs

Le projet de loi relatif à l’accompagnement des malades et de la fin de vie fait débat. Qu’en est-il au juste de la condition des malades en soins palliatifs ? Comment penser la question de l’aide à mourir sans poser la question de l’aide à vivre ? Peut-on séparer ces interrogations de l’implacable réalité démographique du vieillissement de la population ? Selon quelles modalités et avec quels moyens peut-on y faire face ?

Flora Bastiani est membre du comité d’éthique du CHU de Toulouse et du conseil d’administration de la Société internationale de recherche Emmanuel Lévinas ; elle a dirigé l’ouvrage : Bergson, Jankélévitch et Lévinas (Éditions Manucius) et récemment publié : Philosophie du soin ultime (Le Cercle herméneutique, 2024).

Émilie Gilbert-Fontan est une spécialiste de la douleur en soins palliatifs. Elle a notamment participé au colloque "Vulnérabilité en santé", qu’on peut suivre sur la chaîne vidéo "Penser la santé".

17H00 – 18H30 : RUMEUR, MENSONGE ET CONSÉQUENCES

Dialogue entre Gloria Origgi, philosophe, directrice de recherche au CNRS, et Ilaria Gaspari, romancière et philosophe

Comment les rumeurs et les mensonges circulent-ils de la sphère intime à l’espace public ? Est-il toujours possible d’identifier les premiers "émetteurs" ? Une rumeur privée peut-elle devenir une arme politique ? Quel rôle les médias jouent-ils dans la propagation du faux et dans l’établissement du vrai ? Pourquoi le faux séduit-il parfois davantage que le vrai ?

Les conséquences sont-elles plus dévastatrices pour la réputation individuelle ou pour la confiance démocratique ? Jusqu’où une parole mensongère fragilise-t-elle les liens personnels et les institutions ?

Ilaria Gaspari, diplômée de la Sorbonne, élève de l’École Normale Supérieure de Pise, a récemment publié deux essais : Leçons de bonheur (PUF, 2020) ; Six philosophes dans mon salon (Flammarion, 2021) ; Petit manuel philosophique à l’intention des grands émotifs (PUF, 2022). Une rumeur dans le vent (Le Bruit du monde) est son deuxième roman.

Gloria Origgi a dirigé l’impressionnant dictionnaire Passions sociales (PUF, 2019) ; elle a récemment publié La réputation : qui dit quoi de qui (PUF, 2015) ; Qu’est-ce que la confiance (Vrin, 2008) ; et très récemment : La vérité est une question politique (Albin Michel, 2024).

DIMANCHE 12 AVRIL

11H30 - 12H30 : L’AMOUR EST ÉTRANGE – À PROPOS DES CHANSONS D’AMOUR

Avec Agnès Gayraud, philosophe, professeure d’arts plastiques et créations textuelles à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Lyon, chanteuse du groupe La Féline

En notre âge au cœur froid, la chanson d’amour populaire a quelque chose d’une survivance lucrative pour l’industrie culturelle. D’aucuns ne la voient plus que comme une forme poétique désuète qui ressasse encore ses clichés. Pourtant, des chansons d’amour continuent de se chanter, de s’écrire et de nous toucher en tous lieux. Si l’on en croit les premières traces archéologiques arrivées jusqu’à nous, il s’en est écrit et chanté parmi les humains depuis plus de 4000 ans. Tout cela est étrange, voire miraculeux. À commencer par l’extraordinaire pérennité de ce petit véhicule d’amour réputé si modeste.

Agnès Gayraud anime le blog de réflexion sur la musique "Moderne, c’est déjà vieux !". Sa discographie comprend une dizaine de titres (EP ou K7) ; elle a récemment publié Dialectique de la pop (La Découverte, 2018).

13H30 - 14H30 : LA VÉRITÉ EST-ELLE UNE QUESTION POLITIQUE ?

Avec Gloria Origgi, philosophe

À l’heure des vérités alternatives, de la contestation des résultats, même provisoires, de la science par des politiciens sans scrupules, on peut se demander si l’exigence de vérité n’est plus qu’un vœu pieux, sans aucun rapport avec une réalité vécue. On peut aussi considérer qu’elle n’a jamais vraiment disparu du débat politique, qu’elle a toujours constitué l’enjeu d’une démocratie véritable. Selon quelles modalités peut-elle redevenir cette boussole dont toute société a un impérieux besoin ?

Gloria Origgi a tout récemment publié La vérité est une question politique (Albin Michel, 2024) ; elle a dirigé l’impressionnant dictionnaire Passions sociales (PUF, 2019) ; et publié La réputation : qui dit quoi de qui (PUF, 2015) ; Qu’est-ce que la confiance (Vrin, 2008).