Musée d'art moderne et contemporain à Toulouse, FRAC Midi-Pyrénées

Le fonds contemporain

Le fonds contemporain est constitué de plusieurs ensembles qui opèrent une jonction avec le fonds moderne, tout en ouvrant des perspectives sur la création la plus actuelle.

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Initialement marquée par une orientation artistique déterminée par un axe géographique privilégiant artistes du sud de la France, Italiens et Espagnols, la collection du Frac Midi-Pyrénées témoigne également à travers les travaux de Robert Filliou, François Morellet, Ange Leccia, Bazile, Bustamante, Présence Panchounette ou Gina Pane d'une dimension critique de la modernité.

Dans un second temps, celle-ci s'est développée à travers une série d'axes thématiques propices à une compréhension mutuelle des enjeux esthétiques de la création contemporaine et à un usage intellectuel et actif de l'art au tournant des XX et XXIe siècle. Ceux-ci peuvent aujourd'hui s'articuler de la sorte :

Nature et culture.
L’introduction du vivant et de l’organique dans l’art est un phénomène assez récent. Il correspond à un moment de l’histoire où il s’agit de reconsidérer le statut de l’activité artistique et donc humaine, dans la chaîne du vivant. L’un des enjeux importants de ce mouvement est de dépasser les concepts d’esthétique et de « beau » tels qu’ils ont été réinventé en Europe au XVIIIe siècle, dans une dichotomie de l’homme et du monde. A l’heure des mutations environnementales ou génétiques, et d’une prise de conscience croissante des effets néfastes de certains de nos comportements sur le vivant, ce questionnement, on ne peut plus contemporain, pointe un enjeu crucial : la nécessité de reconsidérer notre rapport au monde et à l’idée même de nature. Dans cet ensemble, les œuvres renvoient aux notions de périssable (Michel Blazy), de calibrage et de standardisation (Didier Marcel), d’interaction et de modulation (Max Mohr), ou d’organicité corporelle (Franz West). Leur articulation interroge les développements actuels et futurs de l’activité humaine, mais aussi le rôle de l’art, dans le cycle du vivant et de l’évolution. C'est également par le biais d'œuvres liées au mythe de la chimère, de l'hybride que la collection rend compte du rationalisme vacillant de la culture moderne occidentale.
Enfin, la question de l'habitat, de l'architecture, du rapport de la ville à la ruralité dans le contexte d'une nature définitivement devenue non pas tant un paysage qu'un environnement, est également abordée ici.

Économie poétique
Davantage que la "poésie au service de la révolution des surréalistes", la "révolution au service de la poésie", mot d'ordre des situationnistes est une dynamique qui irrigue l'art depuis les années 1960. Il revient à l'art de présenter de nouveau une réalité environnante pour en modifier la perception et l'intelligence. Ainsi, c'est à travers des travaux abordant directement des aspects politiques (Tania Mouraud, Olivier Blanckart, Michel Aubry, Lida Abdul) ou leurs représentations médiatiques (Wang Du, Alain Declercq) que la collection noue des liens avec la question de l'engagement politique.
De manière plus profonde, la collection explore une dimension mentale qui connaît un regain d’intérêt flagrant dans la création contemporaine. Pour preuve, la recrudescence, ces dernières années, du motif, ou du symbole, du cerveau dans l’art contemporain. Ce phénomène est à l’origine de cette collection dans la collection, qui fait écho aux propos du physicien russe Andrei Linde. Pour lui, en devenant une sorte d’immense cerveau, notre monde s’élargit considérablement si bien que le réel, la conscience et l’illusion sont totalement imbriquées. Dès lors, dit-il, « Comment distinguer ce qui se passe réellement de ce qui est imaginaire, ce qui est conscient de ce qui ne l’est pas ? Peut-être parviendrons-nous à une compréhension profonde de tout cela ... ». Ainsi l’une des fonctions cognitives de la représentation mentale, qui est aussi à l’origine de tout acte artistique, serait avant tout le moyen d’assurer la coexistence de l’individu et de ses mondes. C’est ce que stigmatisent les cerveaux « externalisés » de Jan Fabre, Evru, Claude Lévêque, Mounir Fatmi, Guillaume Pinard, Bruno Peinado, ou Peter Kogler acquis ces dernières années.

L'image et sa diffusion
Les mutations de la diffusion des images comme leurs créations impliquent aujourd'hui un positionnement des institutions patrimoniales dédiées à la création contemporaine dans le domaine des arts visuels. La collection et l'exposition sont-elles des lieux d'apprentissage de l'image ? Celles-ci doivent elles produire un discours et un contexte propre à leurs lectures ? Lieu de l'art, les Abattoirs sont également de manière plus fondamentale un lieu de l'exercice critique. La force d'une collection est la préservation d’ "originaux", de matrices, elle est un enregistrement des écarts entre la production des images et leur réception et l'exposition en est un déclencheur. L'image photographique, cinématographique mais également les œuvres introduisant une réflexion sur la constitution des images, la production de connaissances visuelles est ici envisagée, dans un dialogue avec le rôle réflexif d'une institution dédiée aux arts visuels.

Récits individuels et collectifs
A la fin désormais largement actée des "grands récits" modernes, récits relatifs au progrès social et économique, possiblement partagés de manière commune, a succédé une suite d'histoires ou de scénarios composés de manières disparates, parfois partagés par des communautés dispersés, souvent redistribués entre individus et collectifs. Traitant parfois de la langue ou de l'écriture (visuelle ou littéraire) les œuvres dont il est question ici sont traversés par des thématiques relatives à la mondialité, mais également à la recrudescence dans le champ des arts plastiques de la narration sous des formes souvent expérimentales.