Musée d'art moderne et contemporain à Toulouse, FRAC Midi-Pyrénées

L’architecture des Abattoirs, de la friche à la rénovation urbaine

En 1823, la ville de Toulouse décide de regrouper ses différents abattoirs sur un site unique. C’est l’architecte Urbain Vitry qui est chargé, en 1825, du projet d’architecture du bâtiment.

La composition d'Urbain Vitry est typique de l’adaptation du plan basilical aux nouveaux programmes architecturaux du début du XIXème siècle. C’est donc la monumentalité, la simplicité du langage néoclassique, le rationalisme du plan, la symétrie et la terminaison en hémicycle qui confèrent à ce bâtiment un niveau d’abstraction supérieur à celui d’un édifice utilitaire classique.

L’activité des abattoirs se poursuivra jusqu’en 1988 et son architecture fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le 13 mars 1991.

Lire le bulletin municipal de la ville de Toulouse de 1937, consacré aux abattoirs municipaux

Le 2 décembre 1991 est créé un syndicat mixte entre la ville de Toulouse et la région Midi-Pyrénées ayant pour vocation la réalisation sur le site des anciens abattoirs d’un Espace d’Art Moderne et Contemporain (EAMC). La décision de réinvestir les abattoirs a été prise en considérant plusieurs facteurs politiques et urbanistiques. le maire de l'époque, Dominique Baudis a très tôt affirmé sa préférence pour un musée basé sur un site préexistant. Le projet des Abattoirs s’inscrit en outre dans un plan de réhabilitation plus large du quartier Saint Cyprien, avec le réaménagement des bords de Garonne, la construction d’une ZAC (Zone d’Aménagement Concertée) et le passage du métro.

En 1995, le projet des architectes Antoine Stinco et Rémi Papillault est retenu pour la création de l’Espace d’Art moderne et Contemporain de Toulouse Midi-Pyrénées. Les travaux débutent en 1997, et les Abattoirs (dénomination finalement adoptée) ouvrent officiellement en 2000. Établissement unique en France, la structure réunit et gère trois structures qui fonctionnaient jusque-là de manière indépendante : un musée d’art moderne, un centre d’art contemporain et le fonds régional d’art contemporain (le Frac) de Midi-Pyrénées, qui intègre les missions d’un centre d’art.

Les anciens abattoirs de la ville de Toulouse, crédit photo. Archives municipales, ToulouseLes anciens abattoirs de la ville de Toulouse, crédit photo. Archives municipales, ToulouseLes anciens abattoirs de Toulouse, crédit photo. J.L. AuriolLes anciens abattoirs de Toulouse, crédit photo. J.L. AuriolLes anciens abattoirs de Toulouse, crédit photo. J.L. AuriolLe chantier de rénovation des Abattoirs, crédit photo. J.L. Auriol Le chantier de rénovation des Abattoirs, crédit photo. J.L Auriol
 
La force du projet des deux architectes réside dans trois critères principaux : la conception architecturale de la rénovation, l’aménagement muséographique proposé et enfin la vision d’ensemble du site pour une meilleure inscription dans le quartier Saint Cyprien. Antoine Stinco et Rémi Papillault ont su conjuguer leurs compétences respectives : si le premier est reconnu pour ses projets de réhabilitation de la Galerie Nationale du Jeu de Paume ou d’aménagement de l’Ecole du Louvre, le second, quant à lui, a mené des études pour le secteur sauvegardé de la ville de Toulouse et pour l’aménagement des quais de Garonne.

Alors que l’équipe chargée de la mise en place du futur établissement travaille dans un pavillon donnant sur la rue, une peinture murale conçue par Sandrine Curti, La maison bleue, est exposée le long des Allées Charles-de-Fitte. L’œuvre, qui met en scène une succession de vaches sur fond bleu, annonce le début du chantier et illustre la transformation du site en musée. Le pavillon occupé par l’équipe des Abattoirs est peint en bleu et dans un premier temps des vaches mesurant entre deux mètres et six mètres de hauteur, de couleur noire et blanche, en scandent la façade. Plus tard, certaines vaches ont pris des couleurs moins réalistes, devenant jaunes et rouges et la façade bleue s’est tachée à son tour pour ressembler à un grand tableau abstrait. Enfin, à la fin des travaux, les vaches ont peu à peu disparu pour révéler les nouveaux Abattoirs. Le projet était pertinent pour plusieurs raisons : non seulement il inaugurait les relations pédagogiques qu’entretiennent aujourd’hui les Abattoirs avec les établissements scolaires mais il permettait aussi de dissimuler les travaux tout en faisant le lien entre le passé et le futur, entre l’histoire du bâtiment et sa destinée prochaine.

Sandrine Curti, "La maison bleue", 1995

La fin des travaux et l’inauguration en 2000 annoncent une nouvelle ère pour l’ancienne friche industrielle. Les Abattoirs proposent désormais un espace total d’environ 6700m² dont la moitié est destinée à l’exposition des œuvres. Les différentes fonctions du musée (muséographie, diffusion, création, documentation, action éducative et culturelle, promotion, détente) ont été réparties entre les différents corps de bâtiment : pavillon d’entrée, bâtiment central, pavillons latéraux et hémicycle.

Le parti pris architectural a été de retrouver la composition initiale des abattoirs afin de retrouver l’unité, la simplicité et le rationalisme du plan néoclassique. Afin de restituer la symétrie qui donne à l’ensemble son équilibre, le pavillon manquant – aujourd’hui la bibliothèque et le centre de documentation – a été construit à l’identique.

Plan des Abattoirs

Dans le cas des Abattoirs, plusieurs contraintes d’ordre muséographique ont orienté les plans architecturaux. De fait, l’espace intérieur a été retravaillé de fond en comble pour s’adapter aux exigences de la création moderne et contemporaine. Selon Stinco et Papillault, il s’agissait de savoir "comment organiser la rencontre entre un savoir-faire muséographique et un lieu particulier. Nous avons consulté le dossier [d’architecture] aux archives municipales et étudié les traités de l’architecte. Cette volonté de connaitre le projet d’origine ne répond pas au désir d’en restituer l’état initial. C’est au contraire une façon de s’en libérer pour mieux mesurer les choix qui suivent. L’important, dans la reconnaissance de cette dimension historique, est de favoriser une intervention harmonieuse sur le passé afin de parvenir à l’unité." (Antoine Stinco, Rémi Papillault, 2000)

Au rez-de-chaussée, le cheminement se fait dans le sens de la composition d’Urbain Vitry, c’est-à-dire du parvis vers l’hémicycle. Passé les trois grandes arcades d’entrée, le visiteur peut découvrir l’ensemble monumental de la nef, vierge de toute cimaise afin de laisser dégagées les lignes de force du bâtiment. Les collatéraux ont en revanche été séparés par l’obstruction des arcades latérales au moyen de cimaises amovibles, adaptables selon les besoins et contraintes de chaque exposition. Au bout de la halle, le vide créé laisse découvrir la salle du sous-sol, enterrée à 11 mètres de profondeur afin d’accueillir le grandiose rideau de Scène de Picasso, La dépouille du Minotaure en costume d'Arlequin. Ce niveau est accessible depuis un escalier (rattaché à une lame-cimaise en béton) qui offre une mise en scène et un point de vue original et théâtral sur cette œuvre de Picasso. C’est ce même escalier qui mène au premier étage et à ses salles d’exposition qui se veulent plus intimistes en quelque sorte, avec des cimaises plus étroites et des mirandes donnant sur la halle. C’est ici le parquet qui a été choisi, à l’inverse du rez-de-chaussée et du sous-sol, bénéficiant d’un sol en dalles de béton serties de métal.

A chaque extrémité de l’étage, une passerelle et une plateforme se font face pour relier la visite  entre les deux collatéraux de ce niveau.

Vue sur la salle du sous-sol et l'oeuvre de Picasso

L’aménagement autour des Abattoirs constitue la partie la plus visible de la réhabilitation d’ensemble. Crée entre les Abattoirs et l’hôpital La Grave et s’insérant dans le plan d’ensemble d’embellissement des bords de la Garonne, le jardin Raymond VI offre aux promeneurs, outre son jardin botanique, un point de vue dégagé sur le fleuve et sa rive droite.