Musée d'art moderne et contemporain à Toulouse, FRAC Midi-Pyrénées

Surplombs

Du 19 juin au 30 septembre 2017
 
Espace photographique Arthur Batut, Labruguière (81)
Matthias Bruggmann, MG_0369, 2011, collections les Abattoirs - Frac Occitanie Toulouse © droits réservés ; photogr. courtesy de l’artiste

Les photographies d’artistes contemporains, rassemblées dans cette exposition, ont toutes à voir, d’une manière ou d’une autre, avec la vue en plongée. S’il nous est familier aujourd’hui, ce point de vue apparait tardivement dans l’histoire de l’art, lié notamment à l’arrivée de la photographie et de la caméra.

Avec des œuvres de Laurette Atrux-Tallau, Thierry Blandino, Denis Brihat, Matthias Bruggmann, Jean Dieuzaide, Philippe-Gérard Dupuy, Joan Fontcuberta, Mario Giacomelli, Herbé Guibert, Jochen Lempert, Joachim Mogarra, Christine Morel, Mabel Palacin, Lucien Pelen, François Sagnes, Michel Séméniako, Patrick Tosani.

La peinture classique qui se présente comme une "fenêtre ouverte sur le monde", selon la formule de Leon Battista Albertii le théoricien de la perspective à la renaissance, n’envisage ce regard que frontalement : l’espace que l’on regarde à travers la fenêtre est devant nous et pas à nos pieds.

Pour démarquer leur pratique de celle de la peinture et affirmer un art photographique avec ses qualités propres, les artistes des mouvements d’avant-garde de l’entre-deux guerres tels que Alexander Rodchenko, László Moholy-Nagy n’hésiteront pas à tourner leur appareil vers le sol, donnant ainsi à voir le monde sous des angles inédits pour l’époque où les formes et les lignes sont épurées et les objets du quotidien pas si aisés que ça à reconnaître.

Néanmoins, dès la fin du XIXsciècle des peintres de la modernité tels que Edgar Degas, Pierre Bonnard et Gustave Caillebotte, probablement influencés par les nouveaux points de vue qu’offre la photographie, intègre la vision en plongée dans leurs œuvres picturales.

Aujourd’hui, la plongée se retrouve dans le répertoire formel de nombreux photographes qu’ils soient reporters, artistes ou amateurs.

Les œuvres présentées dans l’exposition "Surplombs" montrent néanmoins que les enjeux qui sous-tendent ce basculement du point de vue sont assez différents de ceux des artistes des avant-gardes de l’entre-deux guerres.

Ainsi, quand Patrick Tosani présente un immense tirage d’une tête d’homme vue du dessus, ce sont des questions d’échelle et de monumentalité qui sont à l’œuvre.

Si Joachim Mogarra photographie ses petites scénettes constituées d’objets du quotidien sans prendre la peine de se mettre à la hauteur de son sujet c’est pour accentuer le côté "image amateur" de ses grands polaroïds non dénués d’humour.

Pour Matthias Bruggmann ou Mabel Palacin, prendre de la hauteur, permet d’observer l’activité humaine comme un entomologiste regarde une fourmilière.

De leur côté, François Sagnes et Michel Séméniako voient dans le point de vue en plongée un moyen de ramener le paysage à la planéité du support : dans les vues des salins du premier et dans celles des ruffes du Salagou du second, l’absence de perspective et de ligne d’horizon  nous perdent : nous ne savons pas vraiment où nous nous trouvons et devant quoi nous sommes.

Enfin pour Jean Dieuzaide, c’est la forme et l’aspect très graphique d’objets ou matières saisis en plongée qui suscitent le déclenchement de son appareil. En ce sens il est l’héritier le plus direct des recherches photographiques des avant-gardes des années 30.