les Abattoirs, Musée - Frac Occitanie Toulouse

Elmar Trenkwalder, “WVZ 190″ (2007)

WVZ 190 est une œuvre spécialement réalisée pour les Abattoirs, une production, commandée en 2006. Cette réalisation apparait comme un des aboutissements de la réflexion sur l’érotisme et “l’érotisation” d’une partie du champ de l’art contemporain menée par Pascal Pique, alors directeur du Frac aux Abattoirs.

Elmar Trenkwalder, "WVZ 190"

photogr. S. Léonard © E. Trenkwalder

"WVZ 190" (2007)

Céramique émaillée, 51 éléments
280 x 460 x 85 cm
Frac Midi-Pyrénées, les Abattoirs, Toulouse
Inv. : 2006.1.17 (1-60)


De manière générale, on peut dire qu’il y a toujours dans l’érotisme quelque chose d’inconnu et d’incontrôlable qui en fait une phase de suspension de notre conscience rationnelle. Le savoir et la conscience constructrice sont contrecarrés par les mouvements impérieux du désir. C’est en cela que l’érotisme a tant fasciné les surréalistes en leur temps : il est le lieu d’une vérité intime, dans laquelle la raison bascule, débarrassée des classifications et des catégories habituelles du savoir. A son tour, Elmar Trenkwalder s’empare de cette notion pour en restituer une vision personnelle et hallucinée.

Exposition "Chefs-d'œuvre modernes et contemporains", avril-août 2011, les Abattoirs; photogr. S. Léonard © E. TrenkwalderExposition "Chefs-d'œuvre modernes et contemporains", avril-août 2011, les Abattoirs, photogr. S. Léonard © E. TrenkwalderExposition "Chefs-d'œuvre modernes et contemporains", avril-août 2011, les Abattoirs; photogr. S. Léonard © E. TrenkwalderExposition "Chefs-d'œuvre modernes et contemporains", avril-août 2011, les Abattoirs; photogr. S. Léonard © E. TrenkwalderExposition "Chefs-d'œuvre modernes et contemporains", avril-août 2011, les Abattoirs; photogr. S. Léonard © E. TrenkwalderExposition "Chefs-d'œuvre modernes et contemporains", avril-août 2011, les Abattoirs; photogr. S. Léonard © E. Trenkwalder

Le socle de WVZ 190 se présente comme un relief à deux faces constitué de 18 figures vaguement biomorphes, hiératiques, à peines différenciées, dont les drapés organiques laissent apparaitre des sexes au repos. Au-dessus de ce sous-bassement, de grandes masses brillantes et laiteuses s’élèvent comme autant d’excroissances laissant surgir des formes phalliques monstrueuses.

L’artiste joue sur l’opposition entre la rigidité du relief, du matériau et la convulsion organique. Ses sculptures sont réalisées avec une matière rigoureuse, la céramique, qui exige autant de combats techniques que d’heures de cuisson… Mais malgré ces contraintes inhérentes à la terre cuite, Elmar Trenkwalder donne naissance à des pièces à la fois charnelles et sauvages, qui sont comme des rébus visuels sans solution définitive, dont le sens profond reste toujours voilé. Il crée des sortes d’organismes non identifiés, aux profils interlopes qui possèdent de troublantes anatomies, fortement connotées sexuellement.

Il y a dans WVZ 190 une complémentarité, une contamination réciproque des éléments corporels, des structures architectoniques et de l’ornementation qui en fait une sorte d’autel baroque, qui pourrait être dédié à un obscur rite païen.

Esquisse © E. TrenkwalderEsquisse © E. TrenkwalderEsquisse © E. TrenkwalderEsquisse © E. Trenkwalder

Conservé dans 16 caisses constituées sur mesure, WVZ 190 est constitué de 51 éléments assemblés sur une structure en bois. Le protocole de montage strict, réalisé par l’artiste à destination de l’équipe de régisseurs des Abattoirs, s’avère indispensable à une bonne présentation  de l’œuvre.

Plan de montage © E. TrenkwalderPlan de montage © E. TrenkwalderPlan de montage © E. TrenkwalderPlan de montage © E. TrenkwalderPlan de montage © E. TrenkwalderPlan de montage © E. TrenkwalderPlan de montage © E. TrenkwalderMontage "WVZ 190" E. Trenkwalder. Expo. "Chefs-d'œuvre modernes et contemporains", 2011, les Abattoirs; photogr. S. LéonardMontage "WVZ 190" E. Trenkwalder. Expo. "Chefs-d'œuvre modernes et contemporains", 2011, les Abattoirs; photogr. S. LéonardMontage "WVZ 190" E. Trenkwalder. Expo. "Chefs-d'œuvre modernes et contemporains", 2011, les Abattoirs; photogr. S. LéonardMontage "WVZ 190" E. Trenkwalder. Expo. "Chefs-d'œuvre modernes et contemporains", 2011, les Abattoirs; photogr. S. LéonardMontage "WVZ 190" E. Trenkwalder. Expo. "Chefs-d'œuvre modernes et contemporains", 2011, les Abattoirs; photogr. S. Léonard

Elmar Trenkwalder est né en 1959 en Autriche. A partir de 1979, il fait ses études aux Beaux-arts de Vienne, notamment dans l’atelier d’Arnulf Rainer. C’est en autodidacte, au milieu des années 80, qu’il s’initie à la sculpture.

En transformant sensations et images en œuvres d’art, comme un jeu d’associations entre une expérience singulière du corps et son objectivation dans l’art, il fait naître des formes qui sont à appréhender comme un grand champ de tensions entre le monde et son esprit, l’artiste lui-même s’envisageant comme “une sorte « d’aspirateur » des images et des sensations du monde”.

Dans son art, la symbolique sexuelle, les métaphores et allégories sont liées indéfectiblement à l’architecture. Les éléments pris séparément sont clairement identifiables mais leur somme, leur synthèse échappe à toute classification ; C’est un véritable panorama du fantastique et du biscornu, du bizarre et de l’excentrique qui nous est donné à voir. Devant ces œuvres, on pense pêle-mêle au maniérisme, au baroquisme, à l’art des ornemanistes, à l’art nouveau, à Gaudi, au surréalisme, au facteur Cheval ou aux plus obsessionnels des artistes de l’art brut, tels Wölffi ou Augustin Lesage (Une exposition à La maison rouge en 2008, “Augustin Lesage et Elmar Trenkwalder, les inspirés”, a mis en lumière les affinités existant entre les deux artistes).

Afin d’éviter l’écueil d’une interprétation psychanalytique classique qui ferait de ses céramiques l’expression de son désir libidineux, on peut appréhender l’art de Trenkwalder à la lumière des théories de Carl Gustav Jung sur les archétypes. De cette manière, il pourrait être l’artiste visionnaire dont parle Jung, celui qui “puise sa matière et son aspiration dans les profondeurs abyssales de la vie psychique, dans la sphère de l’obscur, du démoniaque et du grotesque. Ce type d’artiste serait capable de donner une forme aux besoins profonds et refoulés des hommes, par ses créations et leurs symboliques à la fois compréhensible et universelle”. De ce point de vue-là, son art serait une voie possible pour connaitre cette sphère irrationnelle et inconsciente, mais qui n’en est pas moins réelle, de la nature humaine.

Les Abattoirs compte dans leur fond une autre œuvre d’Elmar Trenkwalder, WVZ 127 de 2003.  Acheté par le Cnap (Centre National des Arts Plastiques) en 2004 et mise à l’inventaire du Fnac (Fond National d’Art Contemporain), cette pièce a été mise en dépôt aux Abattoirs en 2007, pour une durée de cinq ans. En effet, le Cnap achète des œuvres d’art pour le compte de l’Etat ; il n’a pas de lieu d’exposition propre et les œuvres inscrites à son inventaire ont pour vocation à être prêtées ou déposées dans des institutions françaises et étrangères.

WVZ 127 se présente comme une ronde-bosse en forme de totem ou de tour, constituée à première vue d’ornements décoratifs saillants. En s’approchant de la sculpture, on se rend compte que cette ornementation résulte d’une organisation de sexes masculins turgescents et blanchâtres, enchâssés dans des replis de matières.

Elmar Trenkwalder, "WVZ 127", 2003; photogr. S. Léonard © E. TrenkwalderElmar Trenkwalder, "WVZ 127", 2003; photogr. S. Léonard © E. Trenkwalder.Elmar Trenkwalder, "WVZ 127", 2003; photogr. S. Léonard © E. TrenkwalderElmar Trenkwalder, "WVZ 127", 2003; photogr. S. Léonard © E. Trenkwalder