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Thomas Grünfeld, Lara Almarcegui, Bertrand Lamarche, Œuvres des collections contemporaines des Abattoirs
Invité à participer à l’édition 2008 du festival Cinéfeuille consacré à la biodiversité, le musée/centre d’art contemporain des Abattoirs à Toulouse propose une exposition intitulée « Vers quelle nature ?, art contemporain & biodiversité », conçue à partir d’un choix d’œuvres de ses collections. L’attention croissante que nous portons à la biodiversité dit bien toute l’urgence et la nécessité qu’il y a de réinventer notre rapport à l’environnement à la nature et au vivant. Mais de quelle nature parlons-nous ? N’est-ce pas au préalable, l’idée même de nature que nous pratiquons encore aujourd’hui, qu’il s’agit de réformer ? Le philosophe Clément Rosset a démonté les rouages millénaires de notre construction physique et mentale du monde dans son ouvrage « L’anti-nature » (1973). Il y montre en quoi l’opposition entre les conceptions « naturalistes » et « artificialistes» aménage l’espace et le socle d’une vision anthropocentrique du monde à laquelle il devient plus qu’urgent de substituer une nouvelle cosmologie. N’est-ce pas en effet ce système où l’humain est dans un rapport de maîtrise et de domination à son environnement, qui est au centre des grands problèmes écologiques et politiques actuels et de notre « déresponsabilisation »? C’est justement ce faisceau de constats et de questions qui relie les œuvres présentées au Muséum Philadelphe Thomas à Gaillac. A travers les images, les dispositifs, ou les technologies qu’elles activent, le naturel et l’artificiel y sont entrecroisés et non plus opposés. Elles nous engagent ainsi à un renversement de perspective sur l’idée même de nature et d’activité humaine en incarnant l’un des grands enjeux de la pensée contemporaine qui consiste à « dédualiser » l’opposition classique entre l’universalité de la nature et la contingence de l’action humaine. En particulier comme c’est le cas ici, quand les artistes intègrent les concepts de périssabilité ou de transformation pour interroger les développements actuels de l’activité humaine dans le cycle du vivant. Avec un message : puisque l’homme n’est plus au centre de l’univers il se doit reconsidérer ses zones et ses surfaces d’échanges avec son milieu. C’est en cela que cette exposition répond à la pensée de la biodiversité telle que l’a conceptualisé l’un de ses inventeurs, le biologiste américain Edward O. Wilson. Pour lui, la biodiversité est : « la totalité de toutes les variations de tout le vivant ». Elle représente la dynamique des interactions dans des milieux en changement. Elle se décline en diversité écologique (les milieux), diversité spécifique (les espèces), et diversité génétique qui constituent une « unicité » dont les lois restent à décrypter. Pour l’art aussi, l’enjeu n’est plus simplement d’imiter la nature, ni seulement de la célébrer même en lui dédiant une conscience autocritique à travers des œuvres qui donnent au chaos la place qui lui revient. Associé à une critique de l’idée de nature, l’art peut aider à repenser le rapport de l’homme à son milieu et à sa propre action d’anthropisation du monde. C’est-à-dire prendre conscience de son rapport à l’artifice que représente aussi l’idée de nature. C’est pourquoi cette exposition veut s’inscrire dans la perspective que propose Clément Rosset : considérer que le monde n’est pas plus naturel qu’artificiel et que les trois états que sont la nature, l’artifice et le hasard sont des formes de l’imaginaire, c’est-à-dire de la pensée. Le co-développement, et l’organicité de ces trois formes avec nos environnements, est bien l’une des clefs du futur que nous devons réinventer. Pascal Pique, commissaire de l’exposition
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