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Qu’est-ce qui se libère à Fiac chez l’habitant, à travers l’art contemporain, entre la réalité d’un village et nos capacités imaginatives ou créatives ?
Après avoir exploré le domaine de la fantasmagorie lors des deux éditions précédentes, c’est à partir des notions de transe et de rituel, que les deux prochaines livraisons de + si affinité poursuivront en 2007 et 2008 cette expérimentation vivante de l’art et du mental.
Le phénomène de la transe fait référence à un état de conscience intermédiaire, distinct de la veille, du sommeil et du rêve. Cet état mystérieux déborde la raison ordinaire pour opérer une jonction, une articulation entre l’humain et son environnement. Ce phénomène a été identifié comme étant et demeurant peut-être (cela reste une hypothèse), à l’origine des premières formes comme de la fonction vitale de l’art et de culture dans toute l’histoire de l’humanité.
Les rituels peuvent aussi intervenir pour marquer des transformations, surmonter des ruptures et des discontinuités à des moments critiques dans le temps des individus et des groupes sociaux. Ils s'inscrivent dans le quotidien ou se réfèrent à des calendriers et à des temporalités spécifiques. Ils sont chargés d'une efficacité et d’une expressivité qui leur est propre : comme donner sens au désordre, à l'accidentel, à l'incompréhensible, à l'immaîtrisable. Ils peuvent ainsi offrir à leurs acteurs et à leurs spectateurs, les moyens symboliques de maîtriser le temps ou la violence des rapports sociaux.
En ethnologie, la transe et le rituel sont enfin associés, que ce soit dans l’étude des civilisations dites « primitives » et la persistance jusqu’à nos jours de certaines pratiques (chamanisme), que dans l’observation de comportements contemporains individuels ou collectifs (religions, musiques rock ou techno, grandes messes sportives culturelles ou politiques).
Aujourd’hui, la question de la transe et du rituel semble des plus sensibles : qu’est-ce qui se perd, se transforme et se retrouve, dans leur permanence et leur renouvellement ? Car ils ne sont jamais ni anciens ni nouveaux mais sans cesse à reconsidérer. En fait, ces marqueurs de fictionnalité, c’est-à-dire de non-sens apparent, ne sont-ils pas à voir comme des facultés à réactiver pour établir (ou de rétablir) la position de l’individu dans la culture, la nature et le cosmos ?
Encore faut-il déjouer la distance vertigineuse que les dogmatismes, occidentaux ou non, ont érigé en carcans de l’âme et du corps, de l’esprit et de la matière, condamnés à être séparés du monde.
C’est bien l’enjeu de ce projet intitulé « Trans-rituels ». Ici, le préfixe « Trans » accolé au mot « Rituels », invoque la nécessité du changement, celle du passage à travers ou au-delà des frontières admises, celle de la transversalité et de la sortie.
Comme pour toujours réinventer une poétique de notre liaison à l’univers. Peut-être dans de nouveaux rituels « traversants » à même de provoquer de nouvelles jonctions ou de nouvelles pratiques, dont + si affinités, qui est devenu une sorte de rituel, pourrait être un théâtre et un vecteur.
C’est pourquoi les artistes conviés à cette aventure sont issus aussi bien des arts plastiques que de la performance, de l’image, du son et de la danse que de l’écrit et du verbe, c’est-à-dire de l’art pris au sens large du terme. Venant ou faisant référence à des horizons culturels et/ou géographiques les plus divers ils sont invités, avec les habitants et les visiteurs de Fiac, à donner forme, corps et sens à cette tentative d’une autre approche artistique, culturelle et civilisationnelle, de notre rapport au monde.
Pascal Pique & Patrick Tarres
www.afiac.org
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