Comme chaque année, les Abattoirs - Frac Midi-Pyrénées soutiennent le Parcours d'art contemporain en vallée du Lot organisé par la Maison des arts Georges Pompidou. La surprise et l’invention permanente sont les attributs de l’aventure collective d’un tel programme. L’art contemporain s’installe chaque été entre Cajarc et Saint-Cirq-Lapopie où les artistes présentent leurs oeuvres dans les sites naturels et les villages.
Le Parcours relie ainsi les Maisons Daura, laboratoire de création, au centre d’art contemporain, lieu d’expérimentation artistique. Cette promenade associe la découverte des paysages, des sites patrimoniaux et de la création contemporaine.
Cette année, les artistes sont arrivés en ordre dispersé : les résidents du printemps, Renaud Bézy, Suzanne Husky, Frédérique Loutz et Ernesto Castillo, Philippe Poupet, Alexandra Sà, dûment choisis dès l’automne pour des projets qui se structurent avec leur présence sur place dès le mois d’avril ; puis, un duo d’artistes Guillaume Robert et Julien Clauss, associé du fait d’une proposition qui “ sonne ” dans la vallée du Lot; et enfin, l’arrivée tardive, dans le cadre d’un échange avec la Colombie, d’Arley Vega, jeune artiste de Medellìn.
La Maison des arts confie aux artistes la possibilité de développer leurs pièces respectives et assume avec eux le risque et le plaisir de donner forme à de l’improbable en articulant une pensée qui tient à la géographie du lieu, à son esprit entier entre eaux impétueuses et falaises abruptes, entre verticalités et sinuosités. Il n’y a pas de détours mais la rivière et ses contours pour chemins d’exploration, le passé et le présent pour s’inventer un futur, comme pour lever une carte.
Renaud Bézy bouscule ses propres sources d’inspiration (la demeure du peintre Daura avec ses meubles, ses peintures, ses armes…) pour renouer avec une peinture figurative qui va à l’encontre du goût dominant et fait poindre bien des questions sur la représentation et l’auto-représentation, la notion du beau et de l’égo, du savoir et du non-savoir dans l’art d’aujourd’hui.
Suzanne Husky se saisit d’histoires de vie qu’elle aime filmer. Elle sillonne le Lot du Nord au Sud à la recherche de personnes qui ont fait le choix d’un mode de vie alternatif et acceptent d’être filmées dans le rituel de leur toilette. Elle engage la construction d’un poulailler avec les résidents d’un centre d’insertion, répondant en cela au désir de relier des individus, souvent coupés de leurs liens à la terre, par la mise en oeuvre de choses simples qui puissent se développer et perdurer au-delà de son séjour. Suzanne Husky a cette capacité à rassembler des énergies différentes pour que vivent des expériences singulières de rencontres et d’échanges.
Frédérique Loutz et Ernesto Castillo, peintre et poète, développent depuis plusieurs années une recherche autour des mythes, des contes et des croyances. Ils s’attachent ici à la figure biblique de Loth et à ses filles, qu’ils mixent avec la trame du Petit Chaperon rouge. Cela concourt à un récit à la fois baroque et surréaliste où la poésie et le son poussent les images dans une folle ivresse.
Philippe Poupet a constitué un ensemble de sculptures dans la lignée d’André Breton qui fit dresser, en 1950, aux abords de Saint-Cirq-Lapopie une borne et une pancarte indiquant « Ici commence le territoire mondial du Lot »… Les oeuvres en béton de différentes teintes, constitueront une nouvelle flore endémique qui balisera des points névralgiques du parcours estival.
Avec Arley Vega, ils réactivent le dispositif d’un grand dessin mural selon les modalités du copyleft. Chacun d’eux, mais aussi d’autres personnes peuvent y participer. Il s’agit de couvrir une des salles du centre d’art d’un réseau de lignes qui déforme l’espace, le déstabilise. Ce lieu reconfiguré trouble la perception du visiteur qui se trouve alors comme au coeur d’une immense carte. Ensemble, ils développent aussi une oeuvre sculpturale unique
Alexandra Sà produit des installations qui mêlent différents médiums questionnant les frontières, les intervalles et les failles perçues dans le paysage. Elle crée des images et des formes qui rendent compte de sa pratique de l’espace : banc public dont les lattes tentent une échappée, dessins percés de découpes, maquettes, collages, objets qui superposent les motifs et articulent plusieurs points de vue.
Guillaume Robert et Julien Clauss installent dans une boucle du Lot, Drina un dispositif composé d’une sculpture et d’un environnement sonore. La sculpture, une mini-centrale électrique, a été conçue en Bosnie sur le modèle de celles qui, bricolées avec du matériel de récupération, ont permis à l’enclave bosniaque de survivre pendant le siège de la ville entre 1992 et 1995. Condensé d’histoire, d’urgence et de nécessité, la sculpture gagne dans ce nouvel environnement une dimension d’objet utopiste et néo-futuriste. Un film accompagne la pièce et évoque le temps de sa construction de manière sensuelle plus que technique ou documentaire.
Articuler ces différents propos, superposer les strates historiques, géographiques, mythiques, jouer des transversalités pour lever une carte. Celle-ci devient le lieu privilégié de l’inscription utopique : celle du sens et du sensible ; celle de la critique qui distord délibérément les échelles ; celle du conteur qui invite à une nouvelle cosmogonie et donne aux visiteurs matière à nourrir les fantasmes, à passer les frontières pour regarder au-delà du monde.
Martine Michard
Commissaire des expositions







































