les Abattoirs  
 
   
 
Expositions en cours


Du 22 février 08 au 1er février 09

2008, une année Saura

- tauromachie, 22 février - 6 avril 08
- erotica, 11 avril - 22 juin 08
- transformations et superpositions, 30 juin - 31 août 08
- Saura illustrateur, 26 septembre - 30 novembre 08
- Pinocchio, 5 décembre - 1er février 09

Les Abattoirs présentent une suite de cinq expositions pour rendre hommage à l’un des grands peintres du XXe siècle, Antonio Saura (1930-1998) : cinq angles d’attaque pour aborder tous les deux mois, dans la même salle du musée, une phase méconnue de ses démarches inattendues.


archives antonio saura


À la énième rétrospective qui viendrait consacrer l’impertinence passionnée de l’auteur, nous avons préféré susciter la curiosité du public pour les recherches multiples et renouvelées de l’artiste, qui nous conduit ainsi au plus près de l’acte de création. Les sujets de chacune des expositions conjuguent souvent les motifs des grands thèmes connus du corpus sauresque (Foules, Crucifixions, Curés, Chiens de Goya, Dames et autres Portraits imaginaires…) ; ils activent aussi des procédures techniques, quasi thématiques (collages, accumulations, superpositions, répétitions, montages…), qui engendrent autant de métamorphoses et de transformations.

La suite de nos cinq expositions n’offre qu’une vision partielle, quoique originale, de l’œuvre abondante d’Antonio Saura. Mais par le biais de ces thèmes et de ces séries, nous pénétrons dans le labyrinthe intime, dans le théâtre vivant de l’artiste : un univers baroque et ascétique, "spirituel, sombre et caustique" pour reprendre quelques-uns des traits qu’il attribuait au "génie sceptique" de son congénère, l’écrivain Baltasar Gracián, cet "être aragonais" qu’il a si bien illustré - à son image même.

Ce cycle d’expositions vient naturellement étoffer l’intérêt du musée pour l’œuvre de Saura dont il conserve plusieurs estampes et tableaux.

Alain Mousseigne
Conservateur en chef, Directeur des Abattoirs


Les éditions 5 Continents et la fondation archives antonio saura publient conjointement 3 ouvrages qui seront présentés publiquement à Toulouse le 15 mai 2008.

- tauromachie (jean bescós, marcel cohen, antonio saura)
- erotica (antonio saura, jacques henric)
- contre guernica (antonio saura, préface félix de azúa)


Avec le concours de la fondation archives antonio saura.
archives antonio saura


Du 22 février au 27 avril, les expositions Saura seront accompagnées d’un choix d’œuvres des artistes espagnols de la collection des Abattoirs [Présentation et plan]

 

Du 11 avril au 22 juin 08
Vernissage le 11 avril 08 à 18h

erotica

"Corps contemplé dans le dynamisme provoqué par des structures inhabituelles, positions forcées qui accentuent le gonflement des formes, la masse de la double offrande tremblante et couronnée, pénétrable dans la plénitude presque monstrueuse des sphères ainsi lissées. Obscénité outrancière du corps livré à quatre pattes, ou couché bras et jambes dressés, ou face contre terre, bras et jambes tendus, montrant à la fois sexe, fesses, anus, seins pendants, yeux regardants et bouche entrouverte au milieu de la chevelure. Ou accroupi, les jambes pliées, montrant l’apparition violente de la toison qui s’entrouvre, ou la belle et terrible position, lorsque, à la verticale, une jambe est levée et appuyée dans les hauteurs et que le corps se plie pour mieux montrer la vulve poilue et l’anus étoilé, ou lorsque, assis dans un fauteuil, les jambes écartées se dressent pour montrer le sexe caressé et la rondeur du bord qui ressort ; ou encore lorsque assis sur le sol et appuyé contre le mur, le corps se dévoile, pervers, centré sur la vulve confuse et les seins pendants.

archives antonio saura

Dans l’ouverture maximum, quand les jambes sont exagérément écartées, le visage centralisateur et lumineux est contemplé dans le lointain, formant contraste avec le deuxième visage, d’aveuglement gris et rose dans la noirceur. Les deux visages en présence accentuent ce qui demeure caché, pervertissent la surface lisse, animalisent et révèlent encore mieux l’inconnue que recèle le corps : le ventre et les seins tendres qui les séparent disparaissent face à l’intensité horizontale et verticale de deux regards opposés.

Fermeté de l’allongement d’où surgissent, en tension, les ouvertures forcées à la séparation qui rompt l’amibe jumelle. Masses antérieures et masses postérieures, aux contextures et aux poids variés, unifient la pression de la plénitude féminine, accentuent la pénétration des trois orifices possibles. Replis sortant de leur cachette, ondulation de triste méduse grise et rose, s’ouvrant comme une rose brillante, mollesse confuse et cratère étoilé. Animalité de la posture, offrande, beauté intense de la beauté ainsi aveuglée. Langue qui s’aiguise sur la rondeur polie, ou doigt, ou sexe, ou bouche qui s’élargit. Au bord de la scène rectangulaire et blanche, il serait imparfait de se consumer à un point quelconque de cette élasticité et de cette humidité variable, de demeurer dans l’explosion fixe du plus étroit des points sollicités, ou au point le plus chaud et le plus doux, ou le plus féroce et le plus lucide. Le corps peut aussi être un univers pesant, ventre à terre dans la blancheur, les fesses comme unique paysage, les longues jambes et le dos dans l’alignement de la chevelure. C’est tout ce qui reste d’un instant : les fesses arborant leur cul animal et tendre, les seins ondulatoires, le jeu de la chevelure confuse, emmêlée sur le visage diaphane, entre pâmoison et béatitude, supplique et plaisir. Encore l’offre de l’énorme postérieur gonflé, avec son orifice lubrifié, objet aveugle de la beauté absolue pour le désir élémentaire, moteur de l’univers. Et aussi, dans le ralenti de la pensée, l’ombre dressée du cheminement, l’impossibilité de l’image.

La variété du paysage dynamique fournit seule la clef des sept points vitaux qui donneront forme à la beauté troublante et obscène. Sept points focaux, concentrés, minuscules dans l’étendue du corps, différents par le brillant, la consistance, la protubérance ou la profondeur, disséminés dans la volute concentrée, actifs et ramassés. Les yeux deux points, la bouche un point, deux points sur les seins, la vulve un point, l’anus un point. Dans le clair regard céleste, le duvet paille et le rose s’harmonisent tendrement dans l’obscurité avec le rose de la langue et du sexe intérieur, rendus plus beaux et plus terribles de surgir de la pénombre.

À tous les stades du ralenti apparaît l’animalité obscène au milieu du lisse, de l’innocence, de la perversité et du naturel ; l’extraordinaire et étrange sensation d’assister au dévoilement de tout ce qui se cache sous la réalité des apparences. C’est pourquoi est encore plus belle l’obscénité qui se montre de la sorte -le tremblement des seins en liberté, le renflement des fesses, l’orifice inexpressif et l’ouverture informe qui s’offre, bouche face à l’œil du cyclope-, contrastant avec le visage centralisateur du sismographe et sa beauté soignée, revêtu des simples atours de la cérémonie. Corps nu qui devient pervers de ne garder que ses chaussures, ou la fine chaîne, lorsque les membres qui coupent, élèvent et accentuent l’objet confus du désir restent gainés de noir, dressant la silhouette et accentuant le contraste extrême entre ce qui est tendre, malléable, et la résistance que recèle une dure carapace. Tendre et obscène mollesse qui surgit de l’uniforme parfait. Le noir qui inonde les longues jambes et la chaussure dressée fixe le regard sur les seins et la tendre nudité du pubis.

On voit apparaître frontalement la croix des bouches, verticale, horizontale : les pointes des seins, assombries, ou le double triangle du regard toujours placé entre renflements et orifices ; ou bien, de dos, seulement la rondeur accentuée et lisse, jusqu’à la chevelure déployée qui, ramassée, rehausse la nuque et prolonge de façon inhabituelle les jambes allongées.

Répétition insistante et aveugle, rythme soutenu aux subtiles variations, explosion du triomphe mortel. Beau spectacle que celui de la vulve pénétrée et du duvet mêlés, du cercle net menant jusqu’aux entrailles, de la bouche gonflée et pleine ; indifférence des ouvertures lorsque les spectres désirés réalisent la projection mentale de chapitres très précis du rituel lucide et aveuglant. À l’unisson, ralenti des corps excessivement lourds ou excessivement légers, dans l’indifférence du temps : autel blanchi se repliant en gris montagneux et brumeux, lumière crépusculaire filtrant et arrondissant doucement les corps, naufrage nocturne, progressif et suave, du corps vidé après le cri, animalité lucide qui épuise momentanément la célébration du corps antagonique, encore désiré, s’étalant comme une plante odorante. Les mains sur les renflements ou dans l’humidité endormie".

Antonio Saura

 


Antonio Saura en visite aux Abattoirs le 22 juin 1990Biographie d'Antonio Saura

Naît à Huesca en 1930 et meurt à Cuenca en 1998.

Commence à peindre et à écrire en 1947, alors qu’il est atteint par la tuberculose et immobilisé depuis cinq ans. Premières recherches et premières expériences picturales. Revendique l’influence de Arp et de Tanguy, se distingue déjà par un style très personnel, crée de nombreux dessins et peintures de caractère onirique et surréaliste, qui représentent le plus souvent des paysages imaginaires pour lesquels il utilise une matière plate, lisse et riche en couleur.

Premier séjour à Paris en 1952. Deuxième séjour à Paris en 1954 et en 1955, à l’occasion duquel il rencontre Benjamin Péret et fréquente les surréalistes qu’il quittera bientôt en compagnie de son ami le peintre Simon Hantaï. Utilise alors la technique du grattage, adopte un style gestuel et une peinture totalement abstraite, toujours colorée, de conception organique et aléatoire. Commence à peindre en occupant l’espace de la toile de plusieurs manières très distinctes, en créant des structures formelles qui lui sont tout à fait propres et qu’il ne cessera ensuite de développer. Premières apparitions de formes qui deviennent bientôt des archétypes du corps de la femme ou de la figure humaine. Ces deux thèmes fondamentaux occuperont l’essentiel de son œuvre.

Dès 1956, Saura entreprend le registre de ses grandes séries, Dames, Nus, Autoportraits, Suaires, Crucifixions qu’il peint tant sur toile que sur papier. Fonde le groupe El Paso en 1957 qu’il dirige jusqu’à sa dissolution en 1960. Rencontre avec Michel Tapié. Première exposition individuelle chez Rodolphe Stadler à Paris, chez qui il exposera régulièrement sa vie durant, et qui l’introduira auprès d’Otto van de Loo à Munich et de Pierre Matisse à New York qui l’exposeront et le représenteront également. Limite alors sa palette aux noirs, aux gris et aux bruns. Affirme un style propre et indépendant des mouvements et des tendances de sa génération. Son œuvre s’inscrit dans la lignée de Vélasquez et de Goya. Entre bientôt dans les principales institutions muséales. Dès 1959, est l’auteur d’un œuvre imprimé prolifique et illustre de manière originale de nombreux ouvrages tels que Don Quijote de Cervantes, 1984 de Orwell, Pinocho dans l’adaptation de Nöstlinger, Journal de Kafka, Trois visions de Quevedo, et bien d’autres.

En 1960, commence à sculpter et crée des œuvres composées d’éléments de métal soudés représentant la figure humaine, des personnages et des crucifixions. En 1967, s’installe définitivement à Paris, s’engage dans l’opposition à la dictature franquiste et participe à de nombreux débats et polémiques dans les champs de la politique, de l’esthétique et de la création artistique. Amplifie son registre thématique et pictural. Apparaissent, avec les séries des Femme-fauteuil, des Portrait imaginaire, des Chien de Goya et des Portrait imaginaire de Goya. En 1971, abandonne la peinture sur toile qu’il reprendra en 1979 pour se consacrer à l’écriture, au dessin ainsi qu’à la peinture sur papier. Dès 1977, entreprend la publication de ses écrits, réalise plusieurs scénographies pour le théâtre, le ballet et l’opéra.

De 1983 à sa mort prématurée, reprend et développe magistralement l’ensemble de ses thèmes et figures, et produit peut-être le meilleur de son œuvre.


 
   Mise à jour 11.04.08
  Nous écrire   Nous écrire
  La lettre d'info   La lettre d'info
  Ressources
  La Collection en ligne   La collection
  Dossiers enseignants   Dossiers
  Dossiers enseignants   Catalogue
  Guides audio   Guides audio
  Réseaux
  le blog des Abattoirs   Facebook   MySpace   Twitter  
  Flickr   YouTube   del.icio.us   friendfeed  
  Recherche
 
English version  English



Le site Art contemporain en Midi-Pyrénées

Vademecum

           
   
© les Abattoirs - 76 allées Charles-de-Fitte, Toulouse - T 05 62 48 58 00   flux rss Flux RSS - FriendFeed
   
   
Mairie de Toulouse   Région Midi-Pyrénées   DRAC   Musée de France   Toulouse 2013