Du 22 février 08 au 1er février 09
2008, une année Saura
- tauromachie
- erotica
- transformations et superpositions
- Saura illustrateur
- Pinocchio, 5 décembre - 1er février 09
Avec le concours de la fondation archives antonio saura
Les Abattoirs présentent une suite de cinq expositions pour rendre hommage à l’un des grands peintres du XXe siècle, Antonio Saura (1930-1998) : cinq angles d’attaque pour aborder tous les deux mois, dans la même salle du musée, une phase méconnue de ses démarches inattendues.
À la énième rétrospective qui viendrait consacrer l’impertinence passionnée de l’auteur, nous avons préféré susciter la curiosité du public pour les recherches multiples et renouvelées de l’artiste, qui nous conduit ainsi au plus près de l’acte de création. Les sujets de chacune des expositions conjuguent souvent les motifs des grands thèmes connus du corpus sauresque (Foules, Crucifixions, Curés, Chiens de Goya, Dames et autres Portraits imaginaires…) ; ils activent aussi des procédures techniques, quasi thématiques (collages, accumulations, superpositions, répétitions, montages…), qui engendrent autant de métamorphoses et de transformations.
La suite de nos cinq expositions n’offre qu’une vision partielle, quoique originale, de l’œuvre abondante d’Antonio Saura. Mais par le biais de ces thèmes et de ces séries, nous pénétrons dans le labyrinthe intime, dans le théâtre vivant de l’artiste : un univers baroque et ascétique, "spirituel, sombre et caustique" pour reprendre quelques-uns des traits qu’il attribuait au "génie sceptique" de son congénère, l’écrivain Baltasar Gracián, cet "être aragonais" qu’il a si bien illustré - à son image même.
Ce cycle d’expositions vient naturellement étoffer l’intérêt du musée pour l’œuvre de Saura dont il conserve plusieurs estampes et tableaux.
Alain Mousseigne

Pinocchio
"Il était une fois un morceau de bois, tout ce qu’il y a de plus courant, qu’un maître charpentier trouva un jour dans son atelier. » Ainsi commence le célèbre conte, anticipant, par cette simple phrase, sur un destin marqué par la matière même de son origine.
Tous les livres pour enfants contiennent une certaine dose de cruauté et de tragédie ; dans Pinocchio, l’évidence de la situation décrite et l’existence malheureuse du protagoniste principal se doublent d’un dessin exceptionnel dû à sa condition originelle : une marionnette de bois miraculeusement imprégnée de caractéristiques humaines. Sa destinée, absolument unique, n’est pas de devenir un être humain, mais de nous montrer par le biais de sa pathétique impossibilité à le devenir, dans sa différence même, dans sa dimension biologique différente, le reflet de notre propre condition.
Dans sa dimension imaginaire, la vie minuscule et fragile de Pinocchio, tout de douceurs et d’aspérités, de polychromie resplendissante et d’échardes traîtresses, ressemble, en modèle réduit, à celle d’un solitaire chevalier errant, qui n’est pas encore un justicier, surpris par le vaste monde, à la recherche d’un peu d’affection et d’amitié. Aucun autre conte pour enfant ne pourra refléter avec autant de justesse « le sadisme de notre enfance » a dit Terenci Moix, mais aussi toute la différence d’avec le monde des adultes - donnant ainsi à la célèbre marionnette vivante la valeur d’un paradigme.
Récupérer l’enfance à travers une nouvelle image : "Il ne lui restait rien de son enfance excepté une série de tableaux violemment éclairés sans profondeur de champ, ce qui, pour la plupart les rendait incompréhensibles", affirme Orwell en parlant de Winston, le principal personnage de 1984. Voici donc une tentative ludique tendant à restituer à l’univers de l’approximativement intelligible une fixation toujours vivante venue de l’enfance. Il existe d’autres textes pour enfants que j’aimerais illustrer, mais Pinocchio était sans nul doute celui par lequel je souhaitais commencer. Un hommage à Collodi, mais aussi une façon de restituer valeur fondamentale et éclat à l’incertain, vague et indéchiffrable paradis de l’enfance.
Antonio Saura

Biographie d'Antonio Saura
Naît à Huesca en 1930 et meurt à Cuenca en 1998.
Commence à peindre et à écrire en 1947, alors qu’il est atteint par la tuberculose et immobilisé depuis cinq ans. Premières recherches et premières expériences picturales. Revendique l’influence de Arp et de Tanguy, se distingue déjà par un style très personnel, crée de nombreux dessins et peintures de caractère onirique et surréaliste, qui représentent le plus souvent des paysages imaginaires pour lesquels il utilise une matière plate, lisse et riche en couleur.
Premier séjour à Paris en 1952. Deuxième séjour à Paris en 1954 et en 1955, à l’occasion duquel il rencontre Benjamin Péret et fréquente les surréalistes qu’il quittera bientôt en compagnie de son ami le peintre Simon Hantaï. Utilise alors la technique du grattage, adopte un style gestuel et une peinture totalement abstraite, toujours colorée, de conception organique et aléatoire. Commence à peindre en occupant l’espace de la toile de plusieurs manières très distinctes, en créant des structures formelles qui lui sont tout à fait propres et qu’il ne cessera ensuite de développer. Premières apparitions de formes qui deviennent bientôt des archétypes du corps de la femme ou de la figure humaine. Ces deux thèmes fondamentaux occuperont l’essentiel de son œuvre.
Dès 1956, Saura entreprend le registre de ses grandes séries, Dames, Nus, Autoportraits, Suaires, Crucifixions qu’il peint tant sur toile que sur papier. Fonde le groupe El Paso en 1957 qu’il dirige jusqu’à sa dissolution en 1960. Rencontre avec Michel Tapié. Première exposition individuelle chez Rodolphe Stadler à Paris, chez qui il exposera régulièrement sa vie durant, et qui l’introduira auprès d’Otto van de Loo à Munich et de Pierre Matisse à New York qui l’exposeront et le représenteront également. Limite alors sa palette aux noirs, aux gris et aux bruns. Affirme un style propre et indépendant des mouvements et des tendances de sa génération. Son œuvre s’inscrit dans la lignée de Vélasquez et de Goya. Entre bientôt dans les principales institutions muséales. Dès 1959, est l’auteur d’un œuvre imprimé prolifique et illustre de manière originale de nombreux ouvrages tels que Don Quijote de Cervantes, 1984 de Orwell, Pinocho dans l’adaptation de Nöstlinger, Journal de Kafka, Trois visions de Quevedo, et bien d’autres.
En 1960, commence à sculpter et crée des œuvres composées d’éléments de métal soudés représentant la figure humaine, des personnages et des crucifixions. En 1967, s’installe définitivement à Paris, s’engage dans l’opposition à la dictature franquiste et participe à de nombreux débats et polémiques dans les champs de la politique, de l’esthétique et de la création artistique. Amplifie son registre thématique et pictural. Apparaissent, avec les séries des Femme-fauteuil, des Portrait imaginaire, des Chien de Goya et des Portrait imaginaire de Goya. En 1971, abandonne la peinture sur toile qu’il reprendra en 1979 pour se consacrer à l’écriture, au dessin ainsi qu’à la peinture sur papier. Dès 1977, entreprend la publication de ses écrits, réalise plusieurs scénographies pour le théâtre, le ballet et l’opéra.
De 1983 à sa mort prématurée, reprend et développe magistralement l’ensemble de ses thèmes et figures, et produit peut-être le meilleur de son œuvre. |