Du 9 novembre 07 au 20 janvier 08
Hommage à André Marfaing
André Marfaing a croisé la route d’Olivier Debré et de Bengt Lindstrom : tous trois ont travaillé ensemble. Cette amitié est le point de départ d’une exposition essentiellement consacrée à Marfaing mais articulée autour des oeuvres réalisées en commun par le trio d’artistes en 1974. Des artistes qui, chacun à leur manière, partagent l’aventure du geste et de la couleur.

"Les autres disent que je peins en noir et blanc. Ne voient-ils autre chose ?" écrit André Marfaing. Quoi ? Sinon ce flux immédiat de lumière immanente et tangible à la fois, d’autant plus fascinant qu’il reste impossible à cerner, ni même à définir ; sans lieu assigné, presque magique, il traverse le champ pictural davantage qu’il ne le construit, tel l’éclat incisif des minéraux dans la pureté d’un ciel de montagne.
Sans doute est-il le résultat d’une énergie continue et maîtrisée qui, par delà le geste et l’écriture des premières toiles, s’apaise enfin dans la plénitude spatiale des derniers tableaux.
"N’avez-vous jamais (…) éprouvé le sentiment que la clarté qui flotte, diffuse, dans la pièce, n’est pas une clarté ordinaire, qu’elle possède une qualité rare, une pesanteur particulière ? N’avez-vous jamais éprouvé cette sorte d’appréhension qui est celle que l’on ressent face à l’éternité, comme si de séjourner dans cet espace faisait perdre la notion du temps, comme si les ans coulaient sans qu’on s’en aperçoive, à croire qu’à l’instant de le quitter, l’on sera devenu soudain un vieillard chenu ? “ (Tanizaki Junichiro, Eloge de l’ombre, 1933)
Telle est aussi la force des oeuvres de Marfaing qui, de la matière à la lumière, conçoit la liberté et le destin de sa peinture sans autre référence qu’elle même et que sa propre évolution.
Suprême éclat d’un regard qui plonge dans “la soie du silence” (Rilke)
André Marfaing est un peintre français non figuratif. Pour lui, il ne s’agit pas de représenter la réalité naturelle mais de débarrasser la peinture du poids représentatif, de dépasser le tangible pour matérialiser l’implicite, avec un minimum de moyens. Il a travaillé l’huile et la gravure, utilisant principalement le noir, dans une peinture abstraite, ascétique, d’une réelle puissance. Ses émouvants contrastes lumineux, la stupéfiante rencontre du noir et du blanc provoquent une explosion dans le regard. Marfaing joue avec le noir et le blanc, chevauche par delà des limites qu’il surmonte dans un grand souffle de liberté et de formes purifiées. Un noir englobant et séduisant à la fois, défiant le blanc dans un dialogue fait d’ombres et de lumière. Sa pratique du fusain et de la lithographie, son amour pour l'art roman et ses sculptures, l’ont sans aucun doute préparé à appréhender les interactions entre l'ombre et de la lumière, sur lesquelles il orientera fermement sa peinture, d’une telle intensité, qu’elle se suffit à elle-même, qu’elle en fait presque oublier le peintre.
Son oeuvre est l’impressionnante attestation d’une génération qui, au sortir de la guerre, ayant tempéré la part d’artifices et d’accessibilité de la peinture figurative, s’est engagée dans la voie des nécessités, et a assumé l’aventure, alors audacieuse, de l’abstraction.
Marfaing ne titre jamais ses œuvres, ne souhaitant pas influencer le spectateur mais lui laisser plutôt toute liberté d'interprétation : seules les dimensions et la date sont attribuées comme référence.
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BIOGRAPHIE
Né à Toulouse le 11 décembre 1925, mort à Paris le 30 mars 1987.
Pendant les dernières années de ses études secondaires, André Marfaing a travaillé le dessin au fusain sur antique dans une académie de sculpture à Toulouse. Il termine une licence en droit (1948), avant de s'établir à Paris en 1949 pour se consacrer à la peinture. Il participe au salon de la jeune peinture en 1950, puis au salon de Mai et à celui des Réalités Nouvelles où il exposera régulièrement par la suite. Sa première exposition personnelle a eu lieu en 1958 à la galerie Claude Bernard. C’est à cette époque qu’il a trouvé la base de son langage plastique dans une abstraction lyrique, énergiquement gestuelle.
Mais c'est seulement à partir des années soixante-dix que Marfaing expose dans sa ville natale, grâce à l'esprit de nouvelles galeries : At Home en février 1970 et Protée en octobre 1972. Cette dernière lui organise régulièrement des expositions personnelles.
Au début de sa carrière, Marfaing est un coloriste de la figuration. C’est à Paris qu’il découvre l'art non-figuratif. Il lâche très vite la couleur et la réalité de l'objet pour travailler sur le rationnel de la lumière et de l'ombre. Il s'agit pour lui de se libérer du poids du sujet et du figuratif. Il travaille sur la matière et l'espace, avec une alternance de surfaces pleines et vides de plus en plus fluide.
En faisant jouer le fond blanc comme un contre-jour violent, il utilise le noir monochrome dont il développe les richesses : le noir gris, le noir blanchâtre, le noir ocré, le noir violet et le noir bleuté. Il peint en pulsion, en instinct ; le geste devient de plus en plus maîtrisé: à l'aide de spatules ou de brosses, il façonne sa toile à partir de larges traces noires qu'il reprend plus énergiquement de façon à équilibrer les masses et ordonner le "désordre" qui monte en lui. Sa peinture est spontanée, résistante et dynamique.
Entre 1967 et 1969 Marfaing utilise des coups de pinceaux qui s'organisent en plan : brosse frappe en tous sens. Dans ses toiles de 1970 à 1972 ce n'est plus un contraste entre l'ombre et la lumière, le noir et le blanc, mais celui entre la sérénité et l’excitation, l’ordre et le désordre. La lumière régresse et trouve un compromis dans des tons de gris transparents. Les formes et les rythmes sont épurés, seul reste le strict nécessaire.

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