Musée d'art moderne et contemporain à Toulouse, FRAC Midi-Pyrénées

Traverse Vidéo

Dimanche 11 mars de 14h à 19h
Auditorium - Entrée libre

Journée spéciale de projections et de performances en présence des artistes et exposition à la Galerie des Publics du 11 au 31 mars 2018.

L’après midi du dimanche 11 mars s’ouvre au champ des possibles de l’expérimental, au champ des itinéraires imprévus puisque les œuvres croisées viennent du plus près Toulouse au lointains outre-océans, est, ouest, nord, sud. La programmation fuse. Elle entraîne dans la salle où se projetten des films à la Galerie des publics où s’inaugurent les installations, lesquels avec deux performances répondent au projet intermédia de Traverse vidéo dont l’une, à mi-parcours des films, se souvient de Duchamp, de ses fondements conceptuels comme de son humour puisque s’y glisse une figure impromptue ; l’autre inquiète le langage et la langue… en écho aux films des allitérations.

La Galerie des publics revisite la relation de la gestuelle, de la danse et du rite ; elle revisite la question de la performance et du corps féminin. Elle revient à l’interrelation images textes en une installation diapositives et science-art en une boucle sur écran riche de stéréogrammes géologiques.

Les films s’y dévoilent partitions, plasticiens, ils peignent, colorient l’espace, ils font image en mouvements.

Les films dévient l’image de l’objet en série ou vu en déformation. Certains visitent l’esprit du lieu alors il s’agit du point de vue et de présences ou d’absences fascinantes.

Certains réagissent à la question du "je" face à son annulation, à son oubli dans un moi engoncé lui-même dans un nous répétitif. Ils retravaillent l’image, préfèrent le décalé, le risque voire l’érotique pour l’un empruntant à Hokusai son tableau de geisha et de pieuvre amoureuses.

Ils déclinent la phrase de TRAVERSE VIDEO 2018, qui elle-même détourne l’un des titres que Maurice Lemaître, Le Lettriste, asséna à un cinéma qu’il jugeait moribond, prisonnier de l’écran. Alors il intitula son action-film : Le film est déjà commencé ? parce qu’il veut le film comme une action cinématographique qui refuse les limites imposées, les codes.

Pionnier, Lemaître le fut, quand avec Isou dès 1951, il projette sur corps humain, quand il ne retient que les sons d’un western pour seule image filmique, quand il distribue des feuilles aux spectateurs en guise du film qu’ils ont venus voir, entraînant à repenser la réception, à l’éloigner d’une attente toujours déjà satisfaite. Dans sa détermination lettriste,  il impose comme premier l’agir artistique or c’est ce qui fait l’expérimental expérimental.

Ainsi la re/trans/poser en L’expérimental est déjà commencé reconnaît son acuité et sa nécessaire réitération. L’expérimental puisque commencé, a produit tant d’œuvres qu’elles sont devenues  une matrice où se croisent des images y compris sonores. Les films programmés tous actuels se font écho de telles œuvres matrices de l’expérimental, réveillant ces ferments pour des questions, des appréhensions nouvelles car l’expérimental s’arcboute sur les préoccupations de l’humain du XXIème siècle ? et sur le désir. Il emprunte aussi des chemins que la science ne refuse pas partant du quotidien, du fortuit, du furtif pour produire du sens, pour nous tâcher de nous dire nous et notre rapport au monde.

Le dernier opus de cette riche déclinaison emmêle indissociablement, des pans liés longtemps dans notre histoire art et science mais en distanciation. Une parole scientifique passée, des plans de films déjà tournés, souvent de famille, des bris de lampe en une écriture débordant chacun de ces domaines, en "une dynamique de décentrement, de débordement, de décadrage" puisque expérimental c’est chercher, s’étonner, aller au-delà pour le différent, et pousser à saisir pourquoi on est curieux. L’expérimental se fait testeur de formes dans l’absence de certitude et le frottement de sens et certes, c’est déjà commencé.