Rencontres Art et Cognition : interview de Mario Borillo

Mario Borillo est DRE au CNRS, (UPS/IRIT) et membre du Comité d’organisation des 3èmes Rencontres Art et Cognition.

Que sont les sciences cognitives ?
Les sciences cognitives recouvrent un ensemble de disciplines scientifiques visant à l’étude et la compréhension des mécanismes de la pensée humaine, animale ou artificielle, et plus généralement de tout système cognitif, c’est-à-dire tout système complexe de traitement de l’information capable d’acquérir, conserver, et transmettre des connaissances.
Les sciences cognitives étudient des phénomènes aussi divers que la perception, l’intelligence, le langage, le calcul, le raisonnement ou même la conscience…
Elles utilisent des données et des modèles issus d’un ensemble de branches de la science et de l’ingénierie, et notamment : la linguistique, l’anthropologie, la psychologie, les neurosciences, la philosophie, la logique, l’informatique. Cette association de disciplines est née de l’essor de l’informatique et de l’intelligence artificielle et plus particulièrement des travaux précurseurs du mathématicien britannique Alan Turing et de leur matérialisation par le mathématicien américain John von Neumann. La désormais célèbre machine de Turing a ainsi proposé, dans les années 36-37, un modèle abstrait du fonctionnement d’un dispositif mécanique de calcul, qui permettra, une décennie plus tard, la création des premiers ordinateurs.

Comment se sont-elles intéressées à l’art ?
Pendant de nombreuses années, ce pan a été laissé en friche car il est extrêmement difficile de déterminer la nature de l’oeuvre d’art et les conditions mentales de sa production puisque leur dimension subjective les rend difficilement appréhendables par la science.
Les sciences cognitives s’intéressent aux composantes mentales sous-jacentes à l’ensemble des comportements humains. De façon logique, après avoir analysé leurs composantes rationnelles, elles en sont naturellement venues « progressivement » à proposer une analyse de ce qui a trait au subjectif et à la sensibilité, dont relèvent pour partie la création et la perception artistiques. Cette nouvelle problématique peut être source d’avancées considérables pour la connaissance et féconder peut-être aussi la création elle-même. Ce qui pourrait avoir des répercussions importantes – et effectives – sur les rapports entre art et science.

Pourquoi avoir organisé une telle manifestation à Toulouse et quelles sont ses ambitions ?
La recherche française en la matière, qui a acquis une qualité indiscutable dans les 20 dernières années, est encore relativement peu connue dans notre pays, contrairement aux Etats-Unis, où les sciences cognitives sont nées dans les années 50 avec l’apparition de la cybernétique, collaboration entre logique, informatique, philosophie du langage, psychologie et neurosciences…
Néanmoins, le site toulousain a joué en France, avec Paris et Lyon, un rôle moteur dans leur essor dés les années 80 avec le développement de l’informatique à l’IRIT, l’installation du Laboratoire « Cerveau et Cognition », l’émergence d’un pôle important en linguistique et en psychologie. Ensuite, des chercheurs toulousains ont participé aux premières actions nationales lancées par le CNRS, dés la fin des années 80, sous la responsabilité de JP Changeux, de A. Holley. Ils ont aussi été parmi les fondateurs de l’Association pour la Recherche Cognitive (ARCo) en 1981. J’en ai d’ailleurs été l’un des premiers Présidents. Cette implication nationale a facilité la mise en place en 1986 d’un réseau pluridisciplinaire, le Programme de Recherches en Sciences Cognitives de Toulouse (PRESCOT) associant des chercheurs appartenant à ces divers laboratoires.
Les Sciences de la cognition ouvrent un domaine extrêmement important à la science, celle du mental. Dans ce mouvement, il y a des questions aux limites, l’exploration rationnelle de l’art est de celles-là. Peut-être est-ce la raison pour laquelle on ne s’y presse pas, mais raison de plus pour y être.
J’ajoute que la participation active du Musée d’Art Contemporain des Abattoirs à ces IIIèmes Rencontres n’est pas décorative. Grâce au Musée et à ses artistes on y discutera faits en main.

> 3èmes Rencontres Art / Sciences de la cognition

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