Musée d'art moderne et contemporain à Toulouse, FRAC Midi-Pyrénées

Art contemporain
en Midi-Pyrénées

Chantal Vey | Artistes

Chantal Vey

"J’écris mon texte avec les pas que je fais sur la terre”.
Christine Quoiraud, danseuse nomade.

Depuis mes « premières » photographies, dans les années 1997, je cherche à faire des images dans lesquelles pourrait se manifester la notion de passage, repérant et tentant de capter tout signe de mobilité.
Au fil de mes voyages, de mes cheminements, de mes pas, je collectionne des états de choses sous forme de notes visuelles. Les images, les mots et les sons, cueillis « en route », se conjuguent en graphèmes poétiques et rythment mes allées et venues photo-graphiées. Ces apostrophes tracent pas à pas, mot à mot ... le temps d’un coup d’œil, le tremblement léger de l’instant, le mouvement de résonance entre l’être et le réel.
Collection d’instants donnés donc, où le détail est restitué en l’état des choses, où le regard se porte au ras du réel et s’approche du frisson de l’existant.
Le rapport de proximité de soi au monde, est une façon d’observer autrement, d’interroger l’ «étrangeté ordinaire », maintenant, déjà. Chaque fragment est « découpé » ici ou là et compose des séries d’indices.
La combinaison d’une image à une autre, conduit le regardeur dans le temps du récit, dans l’épaisseur de la durée. Cet événement du passé d’une expérience est à conjuguer au présent d’une relecture, le temps d’une « ballade photographique ». Celle-ci chuchote au médium la conquête de l’existant, et alors, l’œil se glisse dans l’énigme de la réalité !

Dans le processus de transport, de circulation, l’épreuve du déplacement permet d’établir une nouvelle territorialité de l’être. La relation qu’entretient le corps avec son environnement est inscrite dans un devenir, comme moyen « d’habiter l’espace », … explorant sols et horizons, chemin faisant, preuve d’existence.
Marcher, se déplacer, exister... par une inscription dans le mouvement, la coupure, le départ, le lointain, l’étrange, l’autre... Vivre en avant de soi-même, projeté hors de soi-même dans l’ouverture constante à ce qui provient d’ailleurs.

Les questionnements qui découlent de ces préoccupations me conduisent à re-considérer le glissement du nomadisme vers la sédentarité, et d’en user comme d’une forme de travail, dans mes expériences de résidences de créations, de marches, de voyages…

Chantal V.

Chantal VEY
Née le 29/01/70.
Vit et travaille à Toulouse où elle enseigne à l’École Supérieure des Beaux-Arts.

EXPOSITIONS

2005
CHONGQING GESTURE, École Supérieure des Beaux-Arts, Toulouse / Fine Arts Institute, Chongqing (Chine)

2004
VICE-VERSA
, Espace Saint-Cyprien, Toulouse
CHACUN SA VAGUE, Centre d’Art Sébastien, Saint-Cyr-sur-Mer
ATTENTIONS, Librairie Ombres Blanches, dans le cadre du Forum de l’Image, Toulouse
SI LOIN SI PROCHE, Cinémathèque, Toulouse

2003
PARCOURS GÉOPOÉTIQUE
, Lycée Raymond Naves, Toulouse
PROTECTIONS, parcours photographique en centre ville, Issoudun
DÉTAILS D’ACCUEILS, Hôtel de ville, Issoudun

2002
RÉALITÉS 2002
, Galerie du Forum, Toulouse
INTERNES, Lycée Raymond Naves, Toulouse

2001
L’HYPER-ALP, collaboration avec Le Collectif ALP, Eté Photographique, Lectoure
VILLES & VALISES, Université Marc Bloch, Strasbourg

2000
ITINÉRAIRES BIS
, Salon International de la Recherche Photographique, Centre d’Art des Voûtes du Port, Royan

1999
VALISE NOMADE
, exposition itinérante, Dada, Marseille (www.moving-dada.org)

1998
MOSAÏQUE, Galerie Canal Sud, Toulouse

1997
ART DANS LA VILLE
, Université Jean Monnet, Saint-Etienne

WORKSHOP

2004
Workshop : “Passages”
, Espace Saint-Cyprien, Toulouse
Conférence : “État carnivore”, sur une invitation de VICTORIA KLOTZ, Chapelle Saint-Jacques, Espace d’Art Contemporain, Saint-Gaudens

2003
Performance
: “Le corps à l’épreuve de la marche”, forum internet avec la danseuse nomade CHRISTINE QUOIRAUD, Le Quartz, Brest (www.stepastep.com)

RESIDENCES

2002/03
Résidence de création photographique à Issoudun
(octobre 2002-janvier 2003), organisée par le CCPI, la DRAC et le Conseil Régional du Centre

2002
Résidence de création photographique
(septembre 2001-juin 2002) et exposition (juillet-août 2002), Réal, Pyrénées Orientales, organisée par le Forum de l’Image, Toulouse

BOURSES

2002
Aide Individuelle à la Création
, DRAC Midi-Pyrénées

1993
Bourse ERASMUS
- Maîtrise en Histoire de l’Art, Pise
« NICOLA e GIOVANNI PISANO : fortuna critica et état de la question »

COMMANDES

2003-2004
“Mémoires et Perspectives”
de l’ancienne prison Saint-Michel, projet culturel de la Ville de Toulouse, agence ATLANTE: RICHARD EDWARDS

2002-2004
“Balma en chantier”
, suivi photographique du chantier de construction du Centre de Conservation, Cinémathèque, Toulouse

2001
Affiche et 1ère de couverture
du programme THE BEAT GENERATION, Cinémathèque, Toulouse

2001
Portrait photographique
de YVES CHARNET à l’occasion de la 1ère édition du PRINTEMPS DES POÈTES, Théâtre National, Toulouse et pour les éditions LA TABLE RONDE, Paris

COLLECTIONS

Bibliothèque Nationale , Paris.
Cinémathèque, Toulouse.
Mairie, Toulouse.
Millennium Images, Londres. (www.milim.com)
Galerie du Forum, Toulouse. (www.forumdelimage.org)

BIBLIOGRAPHIE

2004
CHACUN SA VAGUE
, Centre d’Art Sébastien, Saint-Cyr / Mer
EXPO REVUE, (www.exporevue.com/artistes/fr/vey/chantal_vey.html)
DUO, IMAGES, n° 52, Objectif image, Paris
SI LOIN, SI PROCHE, Cinémathèque, Toulouse

2003
PROTECTIONS
, Musée de l’Hospice Saint-Roch, Issoudun

2001
ARRIVER
, Villes & Valises, Université Marc Bloch, Strasbourg
Texte sur l’œuvre de JEAN-FRANCOIS COURTILAT (courtilatjf.free.fr/chantal.htm)
Texte pour la monographie ENNA CHATON, Villa Saint-Clair, Sète

2000
ITINÉRAIRES bis
, CAPTURES 4.0, Salon International de la Recherche Photographique, Royan
Texte pour le catalogue « Chair de paille et autres poussières », galerie Friche de la Belle de Mai, Marseille (www.edvdistribution.com/fr/artistes/NicolasPrimat.html)
Texte pour le catalogue FIAC 2000 & 2001 (Tarn)
Texte pour le catalogue SYLVIE FONTAINE, Galerie Municipale du Château d’Eau, Toulouse
Texte sur l’œuvre de RÉMI UCHÉDA (galerieipsofacto.free.fr/23.htm)

1995
Les nombres dans l’oeuvre de MARIO MERZ
(Mémoire de fin d’études)

1993
NICOLA e GIOVANNI PISANO : fortuna critica et état de la question
(Mémoire)

VIDEOS/FILMS

Chantal Vey, Forum de l'Image, Septembre 2002. Film réalisé par TLT.

NEWS : Chantal Vey, Résidence + Exposition, Issoudun, Janvier 2003. Film réalisé par des étudiants en école d'audio-visuel.

COMMANDE PUBLIQUE

2003-2004
“Mémoires et Perspectives”
de l’ancienne prison Saint-Michel, projet culturel de la Ville de Toulouse, agence ATLANTE: RICHARD EDWARDS

2002-2004
“Balma en chantier”
, suivi photographique du chantier de construction du Centre de Conservation, Cinémathèque, Toulouse

2001
Affiche et 1ère de couverture du programme THE BEAT GENERATION, Cinémathèque, Toulouse

2001
Portrait photographique
de YVES CHARNET à l’occasion de la 1ère édition du PRINTEMPS DES POÈTES, Théâtre National, Toulouse et pour les éditions LA TABLE RONDE, Paris

 

  • 078/22/Réal,02
    tirage argentique contrecollé sur alu, 90x60 cm, 2002.
  • 125/36A/Issoudun,02
    tirage numérique encapsullé, 50x75 cm, 2004.
  • 17/105/24/Issoudun,02
    tirage argentique, 30x45 cm, 2003.
  • 179/0A/Lescar,03
    tirage argentique contrecollé sur dibond, 80x120 cm, 2004.
  • 003bis/21A/Barcelone,99
    tirage argentique contrecollé sur dibond, 80x120 cm, 2004.
  • 198/21A/Chongqing,04
    tirage jet d'encre contrecollé sur dibond, 60x90 cm, 2005.

Texte de Matthias Jérôme Bel, réalisé en mars 2003 pour le catalogue « PROTECTIONS », édité par le Musée de l’Hospice Saint-Roch d’Issoudun, à l’issue de la résidence de création d’octobre 2002 à janvier 2003.

PASSAGE PROTÉGÉ

Avec les habituelles précautions qui entourent l’acte photographique, les images de Chantal Vey sont autant d’occasions, à priori diverses, de s’étonner de sa propre présence. Par ce biais, elles sont autant de témoins, à priori divers, d’une précarité autrement certaine : celle de l’entière réalité.
En effet, elles se révèlent comme des indices de la fragilité du réel parce qu’elles relèvent, dans les signes de l’absence, la prégnance multiple du passage. Elles sont donc toujours l’unique preuve d’une relativité en même temps qu’elles en font singulièrement l’épreuve.
D’ailleurs, cette investigation ne se développe pas selon une intention de considérer particulièrement telle ou telle manifestation du phénomène, n’œuvre pas à l’envisager dans un topique circonscrit à l’aune d’une quelconque préoccupation éthique. Cette recherche tente plutôt d’évaluer l’immanence d’une fragilité des êtres et des choses.

Elle s’enrichit ainsi d’un paradoxe d’où apparaît un insolite absolu au sein de la quotidienneté : une ontologie du fragile. Pour l’artiste, c’est bien une suspension qu’il s’agit alors de convoquer, c’est-à-dire une présence au travers de l’impermanence. Son regard évolue au seuil, dans l’espace du jeu entre un « il-y-a-eu » et un « il-y- aura » de la perte.

L’organisation de rapports entre l’ouvert et l’obturé, la fugacité et la fixité, l’équilibre et le déséquilibre, involue ce paradoxe en jeux de béances et de distances, de transparences et de reflets. Cette singulière attention pour l’intermédiarité reconduit, en ses modalités même, les conditions d’une apparition.

Conscience double de l’inachevé, cette vision trouve alors une origine toute benjaminienne : « L’origine ne désigne pas le devenir de ce qui est né, mais bien ce qui est en train de naître dans le devenir et le déclin. L’origine est un tourbillon dans le fleuve du devenir, et elle entraîne dans son rythme la matière de ce qui est en train d’apparaître ».1

Comme ce conte qui dit qu’à la première nuit passée au monde, grâce à une intervention magique, un enfant perd la connaissance universelle et peut alors vivre pour réapprendre, cette démarche confirme la relation entre manque et déplacement comme clause d’existence. (…)

Ainsi la recherche de Chantal Vey résonne de ce célèbre « autre je » du voyant moderne ; elle fait écho à cette intimité en re-présentant l’immédiate proximité de la fragilité comme processus conducteur de l’altérité.

En tant que propre, essentiellement fragile, l’Autre est l’occasion d’une révélation possible : celle de la réversibilité du proche et du lointain. La suspension est alors le principe de cette réciprocité car elle marque un seuil dynamique. Elle matérialise la puissance de découverte. Elle célèbre, à tout point de vue, « l’entre » de la rencontre. (…)

Le travail de la photographe est cet apprentissage à voir l’en-deçà et l’au-delà de l’expérimentation, une manière double de s’assurer de l’instabilité, caractère duquel participe toute expérience. Ses images se présentent comme autant d’articulations entre une communauté de la chute et une saisie de soi. Il s’agit d’une chorégraphie de la vision guidée par la même confiance en l’accommodation optique qu’en perte de l’appui qui fait d’un pas une chute.2 Mouvement historiographique, le regard devient faire voir, réponse propre au défi de la re-connaissance.

Dans cette distinction de l’évidence singulière au sein d’une évidente condition expérimentale, se conçoit alors un rapport au vrai-semblable comme appartenance dissonante. Par cet écart, il s’agit bien, d’une part de trahir la vérité assise sur un propre de l’espèce et, d’autre part, de traduire une inadaptation à l’opinion, en tant qu’elle est ce qui ne voit pas.

Jérôme Mathias Bel, Toulouse, 2003.

 

1 L’ORIGINE DU DRAME BAROQUE ALLEMAND, Editions Flammarion, 1985, p.43-44.
Toute l’histoire de la danse atteste de ce phénomène depuis Raoul FEUILLET (XVIIè) jusqu’à Trisha BROWN.

 

Texte de Pierre Cadars réalisé en mars 2004 pour l’édition « Si loin, si proche », éditée par la cinémathèque de Toulouse, à l’issue du travail photographique sur le chantier du centre de conservation, de septembre 2002 à janvier 2004.

 

Dans les photos de Chantal Vey, la vie ne tient qu’à un fil tendu vers ces instants limites où l’on bascule ailleurs, quand nos repères s’estompent. Ces changements imperceptibles qui se déroulent sous nos yeux, seuls des détails infimes peuvent en restituer les lignes de force. Naissance et mort y vont de concert sans que les rides du temps révèlent autre chose qu’un paysage. Même si certains sujets touchent au sacré, toute métaphysique est absente d’une telle vision du monde, brûlante sous ses apparences de glace. La vie, dans la violence de son évidence, éclate donc ici en fragments complexes, déroutants parfois. Souvent on croit deviner, des cheminements secrets qui échappent à l’analyse. Signes égarés dont la raison d’être dépend du trait qui les relie. Un peu comme les familles d’étoiles dispersées dans le ciel.

 

Pierre Cadars