Musée d'art moderne et contemporain à Toulouse, FRAC Midi-Pyrénées

Art contemporain
en Midi-Pyrénées

Bertrand Segonzac | Artistes

Bertrand Segonzac

Mon travail peut être défini comme un espace d'archivage ou d'enregistrement semi-artisanal de données prélevées et restituées par la photographie, la peinture, le volume et le son. Utilisables dans le désordre, ces matériaux me permettent d'aborder le paysage, l'architecture et les objets. Des images transitoires en ressortent (paysages intermédiaires entre ruralité et urbanité), ou des portraits d'objets à la fonctionnalité altérée. Les sujets laissent presque toujours affleurer la même hésitation entre usage et abandon, marqués par l'obsolescence, comme sort inéluctable de toute avant-garde.

Entre esthétisme inadapté et nostalgie hésitante, apparaît l'intention de traiter ensemble et sans hiérarchie des paramètres culturels traduits selon les degrés d’une fascination feinte ou d'une ironie faussement accidentelle. En accordant un caractère séduisant et racoleur à l'oubli, à une mémoire surnageant dans un environnement de plus en plus modifié et standardisé, il s'agit d'arrêter le regard sur des processus de transformation insidieux qui s'opèrent, dans le paysage environnemental et architectural mais aussi dans celui plus immédiat des objets.

Le travail se veut "appliqué", "fait à la main" et "bien fait", tout en étant mis en danger, le statut des images ou des objets n'étant jamais déterminé de manière définitive. Dans l'idée d'un sampling pictural, les images restent combinables entre elles, images peintes et images photographiques, jouant le rôle d'éléments centraux. Des objets 3D à mi-chemin entre objets utilitaires et prototypes design mais aussi des pièces sonores peuvent y être adjoints afin d'en perturber ou d'en moduler la portée discursive. En prenant soin de n'écarter ni leur stéréotypie, ni les redondances, ni certaines contradictions ou propriétés collusoires...

Étant le lien possible avec la photographie, je poursuis un travail de peinture figuratif et laborieux. Selon l'alternance de paramètres soustractifs ou additionnels qui s'opèrent au passage d'un médium à l'autre (de procédés argentiques à des procédés numériques ou picturaux), les images doivent prétendre pouvoir justifier des glissements de contenu produits de manière critique, sans exclure un certain arbitraire, une volonté ludique et anachronique. Lorsque la peinture intervient, c'est pour tenter de définir une dimension proche de l'idée de piège pour la vision, destiné à voler en éclats au premier regard. Même si l'illusion ne doit durer qu'une seconde, elle doit porter en elle les arguments de son autocritique, compte tenu de l'omniprésence des technologies narguant la peinture et qui régissent le monde de l'image. Relation ambiguë vis-à-vis du pouvoir de fascination de l'image, le travail se veut sans cesse à la recherche de modes de manipulation qui puissent déstabiliser ce qui semblait avoir été placé en exergue.

Parallèlement, une pratique du piano (musique électroacoustique, répétitive...) me permet d'intégrer le son à mon travail.
Si la peinture, pour être montrée, s'accommode parfaitement du silence, plusieurs pièces sonores ont été réalisées, jouant le rôle de matériau à part entière dans des installations. Une place de plus en plus importante étant accordée, progressivement, à des sessions de musique improvisée, dans le cadre de concerts-performances.

Malgré ces allers-retours entre les techniques et les modes d'approche des projets, ma recherche s'appuie fondamentalement sur la constitution d'un fonds d'images entrepris depuis une quinzaine d'années et constitue le mode d'approche initial de tous les projets. Pour la plupart d'entre eux la dimension in situ prédomine, avec des installations ou dispositifs spécifiques comme les "Salles d'attente" à Lectoure en 2006, "Déjà vu" à Saint-Lizier en 2008 ou "Imminence de la catastrophe"  à Toulouse en 2010. Cependant, des ensembles de peintures et d'objets sont peu à peu constitués. Ensembles autonomes, ils sont organisés selon la combinaison de diverses séries (paysage, architecture, objets), comme le projet "Perfect - Perfect" coproduit en 2011 par le BBB et le Musée Calbet, ou le projet "Extractions" sur lequel je travaille actuellement..

Bertrand SEGONZAC
Né le 29 août 1972 à Saint-Gaudens
Vit et travaille à Saint-Bertrand de Comminges (31)

Expositions personnelles

2011 Perfect-Perfect, coproduction BBB, Toulouse et musée Calbet, Grisolles

2008 Déjà vu, Intervalle, Saint-Lizier

2006 Sokoto, galerie L'inventaire, Montauban

Les passeurs, galerie d'établissement du collège Lakanal, Foix
Exposition produite par le centre de photographie de Lectoure

Expositions collectives

2010 Imminence de la catastrophe, Espace III, Espace Croix-Baragnon, Toulouse
Commissariat : Laurent Bardèche
Avec : Nicolas Descottes, Brian Doyle, Cyril Hatt, Johathan Hershaw

2009 Woe to man, Sissy nagar, Boussens
Avec : Christian Guibaud, Laurent Redoulès, Claus Sauer

2007 Milieu isotope, La lune en parachute, Epinal
Avec : Chad K, David Russon

Meeting, Lieu Commun, Toulouse
Avec : Damien Aspe, Florence Carbonne,Jagna Ciuchta, Gilles Conan
Valérie Du Chené, Philippe Poupet, Sébastien Taillefer, Béatrice Utrilla

Paysage, Espace Croix-Baragnon, Toulouse
Avec : Thomas Bernadet, Emmanuelle Castellan, Thomas Fougeirol
Benjamin Joffre, Sven Kroner, Ludwig, François Malbreil, Olivier Masmonteil
Florent Mulot, Frédéric Pauthal, Guillaume Rivière, Béatrice Utrilla

2006 L' été photographique de Lectoure
Avec : Renato Bezerra de Mello, Aline Bouvy et John Gillis
Jacob Holdt, Yuri Kozyrev, Élodie Lecat, Beatrice Minda
Charles Pennequin, Luzia Simons, Jan Svoboda

Carte blanche à Patrick Meunier, galerie L'inventaire, Montauban
Avec : Emmanuelle Castellan, Patrick Meunier

2005 Loin du bord, bbb, Toulouse
Avec : Jagna Ciuchta, Yeun Suk Shin, Frédéric Cresson
Manuel Pomar, Hervé Clouaire, Bertrand Parinet
Miguel-Angel Molina, François Potier

4x4, Sept ans de réflexion, A La Plage, Toulouse
Avec : Stéphane Arkas, Virginie Barré, Bertran/Berrenger, Thomas Bernardet
David Brunner, Yves Caro, Sabine Anne Deshais, Bruno Peinado
Guillaume Pinard, Kristina Solomoukha, David Russon, Cédric Teisseire

2004 Sainte-Jeanne vous en promets n°2, chez Jeanne Lacombe, Toulouse
Avec : Jeanne Lacombe, Philippe Lamy, Myriam Richard,
Jacques Tison, directeurgeneral

Envole-moi, domaine de Ribonnet, Beaumont-sur-Lèze
Avec : Thierry Boyer, David Brunner, Florence Carbonne, Sabine Anne Deshais,
Philippe Hortala Jeanne Lacombe, Le Collectif Magique, Pascal Marzo,
Manuel Pomar, Katharina Schmidt

2002 A La Place, A La Plage, Toulouse
Avec : Marianne, Frédéric Oulieu, David Russon

Performances

2011 Perfect-Perfect, musée Calbet, Grisolles

Bertrand Segonzac : calviers
Philippe Vergand : batterie

2009 Solo, Woe to man, Boussens

Bertrand Segonzac : claviers, chant

2008 Déjà vu (Déjà entendu), Déjà vu, Saint-Girons
Bertrand Segonzac : claviers, chant, programmation
Philippe Vergand : batterie

Two pianos one megaphone,
Salon du Cercle Artistique de Luxembourg
David Russon : chant
Bertrand Segonzac : piano
Swen Werner : piano

2007 Destination moon, Milieu Isotope, Epinal
Ropewalker (Ecosse, Belgique), Hamper (Ecosse)
David Russon : chant
Gordon MacPherson : batterie.
Bertrand Segonzac : claviers
Louise McVey : chant, guitare
Sven Werner : claviers, mélodica
 

Pièces sonores

 

2007 Marseillaise (6:57)
Musique d'appartement (15:38)

2006 The opposite hill (11:58)
Salles d'attente (46:58)
Zagreb scan (7:29)

2005 Pour quel motif (6:40)

2004 Telecrap (5:17)

 

Bourses

2009 Aide à l'aménagement d'atelier

2005 Aide individuelle à la création

Diplômes

1997 DNSEP, Ecole Régionale des Beaux-Arts de Montpellier

1995 DNAP, Ecole Régionale des Beaux-Arts de Montpellier

1991 Bac arts plastiques

 

Bibliographie

2011 Semaine 10.11, analogues

2009 Play it again ! le bbb, fais-moi de l'art / les éditions

2008 Déjà vu, catalogue édité par Intervalle

2007 Paysage, catalogue édité par l'espace Croix-Baragnon

 

 

  • Sans titre (Déjà vu)
    2008 Photographie, graphisme
  • Sans titre (Emmaüs 1)
    2009 Acrylique sur toile sur structure bois, 250 x 366 x 140 cm
  • Sans titre (Emmaüs 2)
    2010 Acrylique sur toile sur structure bois, 250 x 300 x 229 cm
  • Sans titre (Racks)
    2011 Acrylique sur toile, 190 x 280 cm. Perfect-Perfect (Racks), coproduction le BBB centre d'art - musée Calbet.
  • Sans titre (Racks)
    2010-2011, dispositif, structure bois 305 x 190 x 118 cm, ensemble de seize peintures, acrylique sur toile. Perfect-Perfect (Racks), coproduction le BBB centre d'art - musée Calbet.
  • Sans titre (Racks)
    2011 Acrylique sur toile, 60 x 80 cm. Collection particulière. Perfect-Perfect (Racks), coproduction le BBB centre d'art - musée Calbet.
  • Sans titre (Racks)
    2010 Acrylique sur toile, 60 x 80 cm. Collection particulière. Perfect-Perfect (Racks), coproduction le BBB centre d'art - musée Calbet.
  • Sans titre (Racks)
    2010 Acrylique sur toile, 60 x 80 cm. Collection particulière. Perfect-Perfect (Racks), coproduction le BBB centre d'art - musée Calbet.
  • Sans titre (The Tate Croquette)
    2011 Acrylique sur toile, 200 x 300 cm. Perfect-Perfect (The Tate Croquette), coproduction le BBB centre d'art - musée Calbet.
  • Sans titre (The Tate Croquette)
    2011 Acrylique sur toile, 200 x 300 cm. Perfect-Perfect (The Tate Croquette), coproduction le BBB centre d'art - musée Calbet.
  • Sans titre (The Tate Croquette)
    2010 Sans titre, triptyque, acrylique sur toile sur structure bois, 380 x 560 cm. Perfect-Perfect (The Tate Croquette), coproduction le BBB centre d'art - musée Calbet.
  • Sans titre (The Tate Croquette)
    2010 Sans titre, triptyque, acrylique sur toile sur structure bois, 380 x 560 cm. Perfect-Perfect (The Tate Croquette), coproduction le BBB centre d'art - musée Calbet.
  • Nous
    2012-2013, module pénétrable, structure bois 246 x 246 x 367 cm. Place Publique, le BBB centre d'art. Structure réalisée en partenariat avec le Lycée Professionnel Bayard.

Retour au meilleur des mondes
Dans le travail de Bertrand Segonzac, nous glissons doucement au milieu d'un décor inquiétant. Le temps est en suspens. L’atmosphère générale est oppressante, les formats, les sujets, et la touche plutôt lisse, impersonnelle. Jeu de séduction, « l’effet madeleine » accentuant le mécanisme d’appropriation nostalgique, instaure la mémoire immédiate comme remède à la nostalgie de l’enfance perdue. L’œuvre à la surface lisse acquiert une épaisseur temporelle. L’objet détouré flotte dans son format, résidu au contour précis mais au destin fantomatique. Bertrand Segonzac expose une vision sans indulgence d'un monde en creux, d'où l'humain s'est retiré. Ne subsistent que des vestiges clinquants, des objets sans usage, des espaces inhabitables. Même son engagement pictural laborieux et sacrificiel ne parvient pas à désamorcer le malaise qu'il convoque à grand renfort de pièges et de chausse trappes. Sa peinture joue de faux semblants attirant le regardeur dans de multiples directions qui au final ne mènent qu'à l'ultime impasse de nos sociétés, celle du règne de l'objet.

Manuel Pomar.

Extrait du texte de Manuel Pomar "Retour au meilleur des mondes", Superstition n°1, printemps 2011, pp. 22-23.

 

 

 Comme autant de paragraphes
Les images que constitue Bertrand Segonzac se réfèrent aux différentes couches d’une même réalité, où les correspondances se font parfois sur le mode d’un dialogue de sourds. Pourtant, elles parviennent étrangement à constituer des ensembles dont on devine qu’ils ont été pensés en tant que tels.
Sous une forme photographique ou picturale, à travers des installations ou conjointement à une pratique de la performance et de la création sonore, la démarche de Bertrand Segonzac résulte principalement d’un archivage du réel, que l’artiste restitue avec la distance d’un observateur. À la base de la plupart des travaux se trouve en fait la photographie. Des images qu’il saisit au cours de sorties qu’on pourrait qualifier de campagnes photographiques, en vue de constituer une base de données pour ses productions. Ce que les œuvres proposent, c’est alors une série de cadrages, d’arrêts dans notre champ visuel et matériel, des prélèvements quasi-archéologiques dans les espaces du quotidien, de la gamelle du chat aux espaces consacrés de la culture. En d’autres termes, ce travail se livre comme un sample de l’époque contemporaine, de par son contenu aussi bien qu’à travers les esthétiques qu’il adopte *.

En dépit de certains a priori, la peinture offre alors la possibilité d’une prise de distance lors de ce travail de sampling. Dans le flux rapide des images et de la consommation, le travail lent et laborieux du peintre est un moyen de ralentir. Rendre visible le travail de représentation, prendre le temps de faire, prendre le temps d’observer ce sur quoi le regard glisse le plus souvent.

Bien sûr, ce monde que l’artiste enregistre est aussi celui dans lequel il vit. Il semble difficile d’échapper à la société des biens matériels, de l’entertainment et des médias dont on perçoit les signes dans son travail. Par ailleurs, si la peinture offre la possibilité d’une mise à distance critique de la représentation, elle possède également une capacité inhérente de séduction visuelle. En fait, on ne peut trouver d’interprétation univoque à ces œuvres, mais plutôt un faisceau de préoccupations. Se côtoient alors un travail de représentation et de monstration, des principes de production et de reproduction, un attrait pour l’image et pour l’objet, l’autonomie de chaque réalisation et leur capacité à former des ensembles signifiants, une démarche critique et de la fascination, un recours à l’artisanat et à la technologie, etc. Il semblerait qu’une sorte de tiraillement ou d’ambivalence soit à l’œuvre dans sa démarche. Mais précisément, le tiraillement entre des injonctions, des envies, et des nécessités contradictoires est un trait si caractéristique de nos modes de vie actuels que le travail de Bertrand Segonzac revêt non pas les atours de l’incohérence, mais plutôt un certain caractère d’évidence. Aussi, s’il est difficile de saisir en un seul mouvement cette multitude de formes et de styles, il est néanmoins possible de s’y repérer en les considérant comme autant de paragraphes qui s’articuleraient pour énoncer différents points de vue sur une même chose : le réel, avec ses tensions et ses contradictions.

Jérôme Dupeyrat

(*) Les caractéristiques formelles des tableaux de Bertrand Segonzac, le rapport qui s’y noue entre la photographie et la peinture, la prise en compte de leurs conditions d’exposition, appellent de façon transversale l’histoire de la peinture moderne et contemporaine, des avant-gardes abstraites à Martin Kippenberger en passant par Gerhard Richter. Mais de même que certaines références théoriques constituent un arrière-plan culturel pour l’artiste (La Société de consommation de Jean Baudrillard ou les Mythologies de Roland Barthes par exemple) sans que ses œuvres ne cherchent à en être l’illustration, la démonstration ou même le commentaire, de même son travail ne cherche ni à citer ni à critiquer l’histoire de l’art, bien qu’il atteste d’une libre digestion de cette dernière.

Extraits du texte de Jérôme Dupeyrat, “Comme autant de paragraphes”, Semaine, N°263 consacré à Bertrand Segonzac, mars 2011, pp. 4-14.

 

Bertrand SEGONZAC

Liées à l'image et aux techniques de représentation, les installations associent plusieurs médiums autour d'un questionnement sur le réel, sa perception fragmentaire, son oubli. Wall-painting, photographie numérique, mobilier, objet... mélange du vocabulaire sur une plate forme installatoire pour mieux interroger le paysage, l'architecture, la peinture et sa mémoire. La multiplication des points de vue (matières, symboles, techniques, déplacements) nourrit un dynamique de dialogue entre les différents éléments visuels de l'installation.

Brigit Bosch

 

La zone
Déjà vus, ces bâtiments qui colonisent les aires périurbaines, déjà vus ces lampadaires qui harponnent le ciel, ces blocs, ces barres, ces cubes, ce béton...
Images d’architecture fonctionnaliste posées là, sous nos yeux indifférents depuis que la modernité ne croit plus guère en le progrès. Images d’objets utilitaires, au design désuet, entre nostalgie innocente et ringardise provocante. Images du fonctionnel à vocation ambiguë, à l’avenir incertain. Une série d’arrêts sur image qui fige tout processus de construction, renvoie au « pour quoi » mais aussi au « pourquoi ».
La fixité bouscule dans une époque où règne la vitesse, où l’immobilier devient meuble, se construisant et déconstruisant au rythme des investissements, des subventions, des plans de développement. Bloquer l’évolution, le temps d’une photo, questionne tout à la fois le devenir des objets, les choix politiques qu’ils traduisent et le regard esthétique sur l’environnement. Figer le mouvement, le temps d’un regard immobile, invite à regarder en arrière, vers le terrain vague de l’enfance, cette zone ingénue où les objets nous précédaient, faisaient partie du décor naturel. Celui des années soixante dix, avec leur look, leurs lignes et leurs couleurs inconfondables. Comme un petit air de déjà vu, étrange et rassurant.

Posées sur des murs aux confins ruraux d’une Ariège à l’urbanisme troué, les photos de Bertrand Segonzac frappent, interrogent le réel. Campagne d’information ? De pub ? Où est le « concept » ? La mention « déjà vu » devrait apporter la clé ; elle n’amène que des questions, celles-là même qui engagent le processus de réflexion sur la valeur artistique annoncée de la proposition.
Bertrand Segonzac exhibe sa vision, propose non pas sa marchandise, mais – plus modestement – son regard. Car Bertrand Segonzac est discret. Pas de leçons, pas d’injonction dans son œuvre : une invitation en douceur. Une de ces confrontations qui ne se livrent pas dans l’immédiateté, mais dans le temps, celui de la germination, de la découverte à travers soi.

Un brin d’humour, un zeste de désappointement, une pincée de provocation, beaucoup de simplicité, et une évidence qui prend corps peu à peu : voir ce que notre regard ignore réapprend à regarder. A regarder la zone qui nous comprend, aujourd’hui, hier et peut-être demain.

Emmanuelle Garnier