Musée d'art moderne et contemporain à Toulouse, FRAC Midi-Pyrénées

Art contemporain
en Midi-Pyrénées

Charles Evariste Posas | Artistes

Charles Evariste Posas

POSAS, Charles Evariste , né le 15 novembre 1951. Après des études aux Beaux-Arts de Toulouse, Posas élabore une peinture abstraite matiériste qu’il abandonnera au début des années 1990 pour une technique originale propre à modeler la couleur. Naissent alors des panneaux et des installations dans lesquels la pâte à modeler est utilisée à partir de sa texture en un art pariétal par lequel l’artiste effectue des « rangements » de signes comme des flash-back de l’histoire de l’art, depuis les grottes jusqu’à nos jours.

Michel Batlle. – Le Dictionnaire de Toulouse

Charles Evariste POSAS
Né le 15 novembre 1951 à Castres

EXPOSITIONS PERSONNELLES :

2004 Depuis cette date, travaille à la construction de son atelier idéal

2002 IDA I VUELTA . Aldebaran, Montpellier

1999 SCALA . Galerie des Arènes, Toulouse

1997 SERIE TEST . Galerie du Bond de la baleine à bosse, Toulouse

1994 CIRCUMVOLVERE. Galerie du Bond de la baleine à bosse, Toulouse

EXPOSITIONS COLLECTIVES :

2011 Projet exposition  ESPACIO / 8 MADRID.

2003 LA TRANSHUMANCE DES NENUPHARS ; Abisto de nas. Fourquevaux.
DES POINTURES, Put Some Dirt, Villenouvelle.

2001 CARTEL DE CHEZ CARTEL . Atelier du Cartel de l'hippodrome, Toulouse

2000 BIRDING . PASSAGES. Jardin du musée Toulouse-Lautrec, Albi
LE SALON REÇOIT . Toulouse
1/2000. Chauny
LES CURIEUX / POSTERS ; E.N.A.C. Toulouse

1999 LOVER DOSES. TURBIDUS. Galerie ALaPlage, Toulouse

TRANSCENIC . Paris

1998 HABITER LE CERCLE. Matin des imaginaires. Montagne noire

CURIEUX/POCHE EDITION. Toulouse.

MUSICA PLASTICA. Château de Durban, Le Centre du Monde. Ariège.

1997 ITINERAIRE ART-DOISIERES . Montagne noire

LES CURIEUX . Alignements élementaires, La Croix, Toulouse

1996 COUSINS GERMAINS . Munich.

ON EST VENUS EN VOITURE. Prowinz Seefeld-Hechendorf. Bavière.

ITINERAIRES. Espace Ecureuil, Toulouse

COULEURS. Lycée Raymond Naves, Toulouse

L'ECRITURE DANS L'ART. Balma

1995 LES CURIEUX, Atelier du Cartel de l'hippodrome, Toulouse.

  • Photographie sur le toro de la réserve de Santa Pola, Espagne. Poster curieux, ENAC, 2000
  • Pâte A Modeler sur carton (collection privée 1992)
  • 66 mélanges de PAM. IDA I VUELTA, 2002

« CIRCUMVOLVERE »
On retrouve dans le travail de Charly POSAS une application subjective de la définition de l’univers donné par Pascal « une sphère dont la circonférence est partout, et le centre nulle part ». Son parcours est parsemé d’indices et de paradoxes qui lui permettent de rompre avec les codes esthétiques traditionnels pour explorer un vocabulaire spécifique propre à son univers visionnaire, ce qu’il nomme « moyens d’écriture » (disques vinyles cassés, boulets de charbon, élevage de grillons...).

Ce travail n’a pas la rationalité qui tente de présenter le réel en le réduisant à un état de raison. Il s’attache au contraire à révéler un champ pictural créatif et récréatif. Comme matériau, Charly POSAS utilise depuis peu de la pâte à modeler multicolore. Il superpose sur une même surface des strates de couleurs pures créant ainsi un dialogue ludique et plastique où l’organisation de l’homme fonctionne en accord avec la nature minérale et organique. Accord retrouvé de l’artiste et de la matière, de l’homme avec lui-même.

S’imaginer un espace courbe à l’image des propositions de l’artiste, « CIRCUMVOLVERE » comme titre générique de l’exposition est un moment d’écriture pour Charly POSAS . Moment qui devient un espace tel que toute extension définie à partir d’un point de départ revient à ce même point ; l’élément courbe représente le cercle immense englobant toute chose qui à chaque instant s’annule pour reconquérir ailleurs son intégrité.
Une recherche d’absolu, une aspiration à l’au-delà du discours, du tout imaginable.

P.N.

 

 

Nouveaux collages.
En diverses occasions et divers lieux Charles Posas a placé des signes de couleur qui attirent l’attention par leur simplicité et leur incongruité. Ils agissent à la fois en accord et en contradiction, sur le fil d’une rupture légère, avec les espaces naturels ou bâtis pour attirer des questions spontanées sur leurs présences : tags écolos ou traces de passages ; marques in situ d’un archéologue, d’un naturaliste ou d’un maniaque du repère ?
Les figures dominantes en sont la croix de Saint André, l’anneau circulaire et le pointillé : un alphabet minimaliste (écriture réduite au O et au X) qui pourrait être le lointain descendant des abstractions géométrique et analytique si la mise en œuvre et les aboutissants, ainsi que le recours épisodique à la figuration, n’appartenaient à une démarche qui ne se confond ni avec la révélation d’un espace abstrait, ni avec la déconstruction des formants plastiques.
Son point d’intervention est ailleurs. Il apparaît clairement dans les matériaux et le travail, lesquels sont mis au service d’une sorte de dépôt visuel qui crée un relief coloré imprévu dans le continuum spatial, tout en s’y intégrant. Il ne procède pas par fractures ou avec des barrières mais avec des résidus déclassés des arts plastiques : la pâte à modeler et le boulet de charbon.

Avec la pâte à modeler, il réalise des cercles ou des ellipses et des croix en aplats colorés où il incruste ensuite de petites zones moirées proches des dessins de minéraux précieux. Le contraste des effets haptiques de cette matière, luisante et chamarrée comme des émaux ou des soieries orientales, avec la surface rude des murs ou de la pierre, implique inévitablement le regard à comparer espaces, couleurs et textures. Et l’ensemble marche ensemble. Il ne s’oppose pas au mur ou à la roche par un tableau qui le recouvrirait mais les invite à composer un « ouvrage mural », ouvert, dont chacun peut déterminer les dimensions.

Les boulets d’anthracite, quant à eux, servent à d’autres figures mais poursuivent les mêmes buts. Ces espèces de cabochons noirs, vus de loin, s’apparentent à des points. Une ligne de boulets collés sur un mur ou une autre surface, c’est aussi une ligne en pointillés qui assure un repère visuel : une césure, un partage de l’espace, car le pointillé nous rappelle vite le code graphique du découpage. Ce qu’ils dessinent à même le support, ce sont des portions d’ espace à découper du regard. Mais l’impression est tout autre quand on s’approche. Les boulets forment des excroissances étranges. Ils semblent être ordonnés là comme des processions d’insectes figés, à moins que ce ne soient des verrues végétales ou minérales . A nouveau le support est amené à jouer un rôle improbable, impliqué dans une histoire qu’il n’attendait pas, à cause d’un combustible qui a quitté les soutes pour grimper au mur.
On pourrait assimiler ces applications in situ à des interventions minimales qui veillent à réactiver des sensations tactiles, elles demeurent, en tous cas, des signes qui font irruption, ironiquement, là où l’on ne voyait que de l’institué naturel ou construit.

Et les expériences « interrogeantes » de Charles Posas ne s’arrêtent pas à des questions murales. Il réunit des outils visuels qui s’appliquent aussi à relire l’actualité. Témoin, l’intervention qu’il fit à la Bibliothèque de Balma (31), en 1996, en adaptant son vocabulaire plastique à un problème de partage et de frontière : le conflit dans l’ex-Yougoslavie.

Du sol au plafond, courait une ligne de mots empruntés à des dépêches d’agences de presse. Cette spatialisation linéaire de l’écrit était interrompue sur un pan de mur par des lettres de pâte à modeler prises dans des casiers (des casses) de typographes (comme des moules ou des creusets où se fabriquent les lettres des dépêches et des informations). Entre les lettres modelées en couleur et les lettres-aset un échange semblait se produire de l’informel vers la forme, et réciproquement. Les deux court-circuitaient la salle par une ligne-frontière de lettres et de mots qui parlaient d’une guerre de frontière en nous confrontant à la fragmentation du sens.
...à suivre

G.R. Octobre 1997

 

 

SCALA
Déjà, l’exposition commence dehors. C’est d’abord la taille des lettres qui impressionne. Visibles dès la sortie du métro, cinq lettres blanches peintes en diagonale sur la façade du lycée des Arènes, chacune occupant les six vitres d’un étage. C’est SCALA, un mot en long en large et en travers, qui signifie « échelle » ou « escalier » en latin. Un terme riche qui prend la façade du lycée pour un support géant, une surface de communication, peut-être élémentaire, mais sans aucun doute idéale. Riche parce que l’artiste lui donne, comme à l’ensemble de l’exposition d’ailleurs, différentes échelles de lecture. C’est en premier lieu un mot latin qui, s’il s’agit de la forme la plus élémentaire de notre langage, n’est pas compréhensible de tous. Mais c’est en réalité le gigantisme des lettres qui en rend l’accès difficile. SCALA ne peut se déchiffrer d’un seul regard, il faut faire le tour du bâtiment pour cela. Et il faut noter aussi l’emploi quasi tautologique du contenu formel et sémantique : les cinq lettres de SCALA sont disposées en escalier ou en échelle et ne cessent de vouloir atteindre le haut du bâtiment. Avec SCALA, l’artiste répond à une situation circonstancielle et s’inscrit directement dans l’architecture, faisant le lien entre l’extérieur et l’intérieur. Le lieu est toujours une contrainte, car si l’artiste profite d’une liberté absolue dans le choix des matériaux et des techniques, il doit malgré tout s’inscrire dans un lieu qui lui réclame une certaine faculté d’adaptation. C’est un travail In situ et c’est ce que l’exposition de Charles Posas propose : Investir l’espace tridimensionnel et tenter de s’en emparer. D’ailleurs, dès son arrivée, le spectateur pourra remarquer que le lycée des Arènes n’est pas un lieu d’exposition simple : les murs sont peints, chargés de mots et de dessins d’élèves, ils sont déjà chargés de codes. L’artiste doit donc pour le remplir, maîtriser la nature incontrôlable et même hostile du décor. Pour le posséder, Charles Posas choisit alors d’investir les cimaises et les sols jusqu’à ne plus les voir. Très loin des murs blancs de la galerie, le spectateur sera attentif au moindre coup de pinceau appliqué sur le mur, car la prolifération des images risque de l’amener à confondre travaux d’étudiants et travail d’artiste. Mais heureusement, en démontrant leurs spécificités, les travaux de Charles Posas évitent l’écueil de l’approximation nous proposant une ribambelle de petites expériences plastiques et verbales. En faisant le tour, le spectateur se rendra compte à partir de quelles données l’artiste conçoit son action : Il y a d’abord un espace blanc, voué à l’art. C’est l’espace d’exposition du lycée, où sont appliquées directement sur le mur des pâtes à modeler. Ni vraiment peintures ni vraiment sculptures, peut-être un peu des deux, elles sont « des peintures qui sont épaisseur » comme aime à le rappeler l’artiste. Ce travail montre une réelle picturalité car les pâtes sont plus couleurs que formes. Charles Posas est de ceux qui manipulent vraiment la couleur, au sens strict du terme, il la palpe, la saisit, la manipule, et grâce à la matière arrête son geste quand il le souhaite. Car il s’agit bien de cela, l’artiste maîtrise réellement les couleurs, profitant d’un processus de mélange très long, bien que la mise en forme ait très souvent rapport à l’accidentel, éliminant ainsi tout effet esthétique ou volontaire. Tout comme il y a différentes échelles de lecture dans la mise en adhésion des pâtes sur les cimaises (on peut les voir sur le sol, au niveau des yeux, dans un angle, sur deux murs qui se font face), il y a aussi différentes échelles dans la préhension des œuvres. Charles Posas expose à la fois le procédé de fabrication et le produit fini. Pour cela il joue du plein et du vide en utilisant ce qu’il appelle une « expérience de marquage » : après avoir manipulé les couleurs, il découpe dans la pâte un rectangle, qu’il accrochera à côté de la surface ainsi évidée, mais à l’envers, avec l’idée de mener cette action selon un mouvement rotatif comme s’il y avait un pivot ou une charnière entre la « marie-louise » et son négatif. La pâte à modeler devient alors un pochoir de formes et de couleurs qui montre tout à la fois l’envers du décor, la fusion des couleurs, la façon dont les pâtes adhèrent au mur, et le résultat final, ce que l’on considère traditionnellement comme l’œuvre d’art. Ce n’est cependant qu’un marquage « semi-libre ». Alors que le côté intérieur de la pâte est contraint parce qu’il est découpé net, le côté extérieur, là où la pâte est écrasée et qui viendra embrasser la cimaise est libre et autonome. Ce n’est donc pas un marquage qui balise totalement.

Les pâtes aux formes rectangulaires, et basiques, recouvrent un verre armé qui rappelle la structure du lieu, combinaison entre le métal et le verre. L’artiste, ici, prend réellement le lieu d’exposition comme une série de contraintes auxquelles il adapte ses œuvres. Et c’est aussi la première fois qu’il utilise un verre qui perturbe.

Les pâtes organisent la circulation du deuxième niveau du bâtiment, et nous conduisent vers le travail sur les mots, travail qui prolonge la galerie. Hors des murs de l’art, le travail de Charles Posas, démontre sa capacité à se développer librement, sans désir de circonscrire l’espace d’exposition, mais plutôt l’espace social voué à la communication.

(Car il s’agit bien d’un jeu entre un espace d’exposition et un espace social). Les mots de Charles Posas sont des glissements de langage, des tournures inédites, de bribes de phrases, des successions de vocables implicites qui organisent un parcours visuel puis qui nous guident vers la perception presque ironique qu’a l’artiste de l’espace dans lequel il accroche ses formules si particulières : il y a des mots, sur le sol, les piliers, de l’espace social d’un BTS communication, qui, aux dires de l’artiste, communique mal.

Charles Posas travaille le lieu, se l’approprie et l’interprète à sa façon, usant avec malice des contraintes physiques et même historiques du bâtiment. Il installe dans les étages du Lycée des Arènes une quarantaine de moniteurs qui diffusent les images isolées d’une corrida, la course séquentielle d’un taureau, spécialement aménagée pour l’espace en question puisqu’elle se déroule de haut en bas, comme s’il s’agissait d’un totem d’images.
L’exposition des Arènes est prétexte à une expérience, c’est un véritable petit laboratoire d’idées qui présentent entre elles une certaine cohésion : les divers centres d’intérêts de l’artiste, c’est- à-dire les PAM (pâtes à modeler), les mots qui accompagnent toujours la création et l’image.

M.G.