Musée d'art moderne et contemporain à Toulouse, FRAC Midi-Pyrénées

Art contemporain
en Midi-Pyrénées

Gaelle Dubois | Artistes

Gaelle Dubois

Je développe une errance du langage et de la peinture, en questionnant, par ricochets, la chair, l’animalité et le paysage.

En préférant le provisoire au définitif, je peins des images furtivement arrêtées, campées entre incertitude et possibilité, évocation et divagation. J’emmène en ballade des peintures de poche et je peins des paysages dans des coquilles d’huîtres pour les appeler Autres.

Le paysage, la chair et l’animal touchent à l’intime et au collectif, à la fois par l’expérience et par la représentation qu’on en a. C’est ce qui me permet de déplacer des interstices, de brouiller des pistes, de douter des territoires, d’écrire et de réaliser des images, de relater.

Dans relater, j’entends relation. Certaines peintures comme Name, Chairs de poule, Embrace  présentent la chair et la peau comme interfaces, surfaces sensibles et  phénoménales.

La trivialité du quotidien, ce qui semble trois fois rien, m’inspire des scènes de genre contemporaines, souvent par trois, telles La fête à l’andouillette, De bien beaux draps ou Homme le matin.

J’aime dessiner recto verso, sur du calque ou du papier cristal, pour être sûre de voir au moins deux choses à la fois, tout comme j’aime l’équivocité de la peinture. Et mes poèmes sont à chuchoter ou à prendre en libre service.

Gaëlle Dubois, juillet 2011

 

Gaëlle DUBOIS
Née en 1973 à Issy-les-Moulineaux (92)
Vit et travaille à Toulouse.

1998 : DNSEP (Ecole Nationale Supérieure des Arts de Cergy-Pontoise) avec mention

EXPOSITIONS PERSONNELLES

2012 En pleine figure, LeSalonReçoit, Toulouse
2011 - Les paysages de poche en ballade, Cahors
2009 - Ostraire, le BBB pour l’association Crèche and do
2008 - Paysages de poche, exposition D’autres murs, le BBB
2007 - Quel est votre paysage préféré ? Pouvez-vous me le décrire ? Puis-je le peindre ? résidence Hôpital Joseph Ducuing / le BBB, centre d’art, Toulouse
         - Peintures, librairie du Musée des Abattoirs, Toulouse
         - Ensauvagé..., Galerie du Collège Albert Camus, Villemur-sur-Tarn
2006 - Ensauvagé, errant ou simplement divaguant,
Galerie d’art contemporain de l’Université Toulouse Le Mirail, CIAM
2005 - Des histoires et du mutisme, ou un jour, j’écrirai des cris de cerf en rut,
MJC Roguet Saint-Cyprien, Toulouse

EXPOSITIONS COLLECTIVES

2012 - Psychodrame dans la cabane, La Bicoq, Toulouse
2011 - Petit salon de l’art contemporain # 6, BBB, Toulouse
         - Cahors Juin Jardins
2010 - Petit salon de l’art contemporain # 5, BBB, Toulouse
         - Mosaïque, Prép’art Paris
2009 - Graphéine, Tractus, La Fabrique, Université Toulouse Le Mirail
2007 - Multiprise, Lieu Commun, Toulouse
         - Volatile, Les Ephémères de St Pierre, Maison Eclusière, Toulouse
2002 - ateliers d’artistes, Montreuil
2000 - Jeune Création 2000, Paris
         - Quoi d’neuf ? Association 3 fois par jour, Montreuil
         - Britannicus, Cie Alzhar, théâtre du Golfe, La Ciotat
1999 - 5 cas de figures, Musée d’Art Moderne, Céret
         - L’OV.ation, Cie Alzhar, Espace Germinal, Fosses
         - Kama Sutra, Association 3 fois par jour, Montreuil
1998 -Tactiques Anatomiques, ENS d’Art, Cergy-Pontoise
         - Partez tranquilles, Centre d’art contemporain, Rueil-Malmaison
1997 - Fenêtre au Sud, ENS d’Art, Cergy-Pontoise
1996 - Biennale d’art contemporain Artfocus, Kalisher/Cergy, Tel Aviv, Israël

BIBLIOGRAPHIE

- Huit, revue astronef 2, 2012
- Huit, revue astronef 1, 2011
- BBB / HJD : 10 ANS !  bbb, fais-moi de l’art / les éditions, 2011  
- Mosaïque, catalogue d’exposition Prép’art, 2010
- Résidences d’artistes à l’Hôpital, HJD / BBB, 2010
- Play it again, bbb, fais-moi de l’art / les éditions, 2009
- Une année 2007, le bbb
- Paysages Préférés, coédité par le bbb et l’Hôpital Joseph Ducuing, 2007
- Multiprise, courants artistiques en Midi-Pyrénées, septembre 2007
- Diaphoralogie : science des nuances et des moires, Bertrand Meyer-Himhoff,        2006

FILMOGRAPHIE, RADIO

- Agenda culturel, radio Mon Païs, 2012
- Hors saison, une création radiophonique de Pauline Hisbacq et Raphaël Hénard  autour des Paysages Préférés, 2007
- FR3, journal régional, réalisation Nicole Zimermann, 2007
- Ensauvagé, errant ou simplement divaguant, réalisation Olivia Dorado, 2006
 

  • Autres
    peinture vitrail sur coquilles d'huîtres, depuis 2008
  • Autres
    peinture vitrail sur coquilles d'huîtres, depuis 2008
  • Les paysages de poche en ballade
    2011, photographie numérique
  • Le doigt devant l'objectif
    2011, huile et peinture en bombe sur toile, 18 x 24 cm
  • Incipit
    2012, feutre sur fiches bristol, à chuchoter
  • Joie
    2011, huile sur toile, 91,5 x 73 cm
  • La fête à l'andouillette, 1
    2010, huile sur toile, 38 x 46 cm
  • La fête à l'andouillette, 2
    2010, huile sur toile, 38 x 46 cm
  • La fête à l'andouillette, 3
    2010, huile sur toile, 38 x 46 cm
  • les intimes
    2009, bic sur calque recto et verso, 110 x 75 cm
  • Mat monde
    2009, bic sur calque recto et verso, 110 x 75 cm
  • Recto / Verso
    2009, bic sur papier cristal recto et verso, 6 x 10,5 cm
  • Marabout (extrait)
    2008, bic et feutre sur papier cristal, recto et verso
  • Limaces
    2011, huile et peinture en bombe sur toile, 3 x 55 x 46 cm
  • Limaces
    2011, huile et peinture en bombe sur toile, 3 x 55 x 46 cm
  • Intérieur jour, 1
    2010, huile, paillettes et peinture en bombe sur toile, 91,5 x 73 cm
  • Intérieur jour, 2
    2010, huile, paillettes et peinture en bombe sur toile, 91,5 x 73 cm
  • Intérieur jour, 3
    2010, huile, paillettes et peinture en bombe sur toile, 91,5 x 73 cm
  • I love you
    2010, huile sur toile, 91,5 x 73 cm
  • I miss you
    2010, huile sur toile, 91,5 x 73 cm
  • I want you
    2010, huile sur toile, 91,5 x 73 cm
  • Homme, le matin, 1
    2010, huile sur toile, 35 x 27 cm
  • Homme, le matin, 2
    2010, huile sur toile, 27 x 35 cm
  • Homme, le matin, 3
    2010, huile sur toile, 27 x 35 cm
  • Paysages
    2007, acrylique sur assiettes en plastique
  • Jour de tempête
    2007, acrylique sur papier, 75 x 110
  • Deux mille huit cents mètres
    2007, acrylique sur papier, 75 x 110
  • sans titre
    2007, graphite sur papier
  • De mémoire
    2006, huile sur toile, 150 x 100
  • Les animaux courent
    2006, fusain et huile sur toile, 12 x 20 x 20
  • Jambe de grand mère
    2006, huile sur toile, 100 x 81

 

« Peindre, alors : laisser le monde, toutes ses rives, tous ses soleils, tous ses vaisseaux glissant « dans l’or et dans la moire » se refléter dans la vitre ». Yves Bonnefoy

 

Diaphoralogie : Science des nuances et des moires

Je voudrais introduire le travail de Gaëlle Dubois par une remarque sur le dessin en citant Yves Bonnefoy, avant d’aborder sa peinture. Peut - être parce que le dessin est proche de l’écriture, qu’il se juxtapose par comparaison avec l’origine de la forme devenant signe : « Difficulté du dessin, en Occident : à cause de l’Idée, chez tant de platoniciens, ou de la pensée chrétienne d’un Verbe qui a produit l’univers : preuve, dans les deux cas, que l’on identifie réalité et langage. Nos civilisations du soleil du soir sont nées de cet enfermement de l’esprit dans les vocables, qui lui permet de se jeter en avant dans l’histoire sans garde-fou, quitte à courir au désastre. Le peintre chinois n’était, que dessinateur, ne peignant le crabe que lorsque celui-ci est devenu si proche qu’il n’a plus besoin de le regarder, et d’un trait de pinceau qui n’exprime pas sa forme mais simplement sa légère respiration de crabe parmi les crabes » (1).

 

Du crabe du peintre chinois aux « Encornets » de Gaëlle Dubois (calamars, mollusques, céphalopodes, corps mous), je souligne (et de l’encornet- céphalopode à l’huître - bivalves ou lamellibranches d’ « Ostraire », autre diptyque récent de l’artiste...), il n’y a qu’un pas, celui du diptyque « Vacillé »: « Portrait sur la plante des pieds, prendre au premier degré l’expression « en pied », autoportrait. Vacillé, pour le mouvement, même imperceptible, comme une esquisse. Vacillé comme on dit chaloupé, le pas, le pied » (2). La monstruosité formelle du pied en gros plan (à opposer à la grâce de la Gradiva) à rapprocher avec le bout de pied vivant, mais marmorisé du chef d’œuvre inconnu? (3). Un effet d’anamorphose dû à l’angle de vue. De cette légende, je retiens prendre au premier degré l’expression (...) comme une esquisse...

 

Le sujet est important dans la peinture de Gaëlle Dubois, à condition de l’envisager comme un caprice (it. capriccio, frisson) c’est-à-dire une œuvre d’imagination, d’une fantaisie très libre, en peinture, gravure ou dessin (XVIIe ou XVIIIe), une figure latente que l’oeuvre recèle comme sa secrète vérité (4). « Caprice », le concept est vérifié un peu plus tard en relisant les notes de l’artiste ; il s’agit du titre d’un grand tableau plus ancien qui représente avec fantaisie la rencontre d’un cochon et d’une méduse. Ce drôle de cochon médusé gentiment obscène est à aborder avec humour, en imaginant dans quel bain cette rencontre improbable a eu lieu. Gaëlle Dubois propose un mouvement d’images qui est comme un glissement de pensée où l’étendue du pictural est abordée par associations d’idées et de sensations. Mais c’est pour en relativiser le sens, pour suspendre les lois, les ordres, pour marquer une différence, pour dissoudre sa propre image. La nudité qui s’offrait à notre regard dans ses tableaux les plus figuratifs est celle de l’encornet ! Le mouvement (des images) est réel, léger et subtil et le glissement (de la pensée, du sens) visible. Elle nous dit : « J’associe simplement des situations avec des mots et des images. J’utilise des registres en inadéquation avec le sujet, par exemple : la peinture de nu pour des encornets devenant visqueuses odalisques, le monochrome pour un baiser ou pour un frisson... » (5). Gaëlle Dubois traite aussi bien la mimésis, la ressemblance, le simulacre en peignant des fragments « légendés » de peau (ou de poils) qui sont comme des murailles extrêmement sensibles: «Diaphora (logie) à regarder d’un regard frisant qui fasse apparaître des nuances et des moires » (6).

 

« Faut-il dire les choses pour espérer les peindre ou peindre les choses pour espérer les dire. Intégrer l’écriture à la peinture, non comme une illustration réciproque mais comme une stimulation. Chaque évocation est à sa place, volante, d’où l’idée d’un tapis de peinture volant. Travailler l’écho sans préméditation et l’esthétique du mille-feuille étalé. Importance du titre, ramassis d’histoires concentrées qui s’interrogent plus qu’elles ne se répondent » (7) : Ecrire à propos de la peinture n’est possible qu’à condition de retrouver avec des mots, la distance juste entre l’absence et la présence, entre l’objet-tableau et le sujet-image. Non pas le trompe-l’œil qui d’ailleurs n’a jamais trompé personne, mais là où le sujet de la peinture entre en adéquation avec la peinture comme sujet. La pratique de la peinture est maintenue avec celles du dessin et de l’écriture dans le cadre d’un concept élargi de l’œuvre d’art. Les peintures charnelles sont comme des contrepoints silencieux à d’autresthèmes traités, elles sont pour Gaëlle à considérer comme des arrêts sur image dérivés de son goût pour les monochromes et le cinéma. « Sentir les choses tout en maintenant l’illusion: prendre dans ses bras (« Embrace »), peau contre peau (« Chairs de poule »). La proximité induite par le gros plan et le changement d’échelle permet d’abstraire la surface peinte tout en en augmentant la crudité, jusqu’au baiser figuré par deux carrés roses » (8).

Dans le polyptyque « Si proche » par exemple, le pelage, les poils fauves du loup vus de très près fonctionnent comme une vision rapprochée qui se noie dans le détail et dont le paysage nous fascine comme un vaste territoire parcouru par la meute. « Je pense à l’herbe d’avant l’humanité, d’avant le langage. A un espace d’herbe où aurait dormi une bête, et qui en garda alors, insue de toute conscience, la forme, pour un instant » (9). Écoutons Gaëlle, ce qu’elle nous dit : « Je préfère si proche à si proches parce que celui qui regarde est inclus dans ce rapport de proximité. Pas éloigné, proximité de temps (bientôt, à venir), de lieu (presque), de nature, la proximité indique la différence, même ténue, puisqu’il ne s’agit pas de l’égalité ; si proche montre simultanément la différence et la ressemblance, toiles de différentes natures (lin, coton mélangé, coton, métis), peintes pour former un corps homogène et mouvant à la fois, pelage en mouvement, paysage en gros plan). Et aussi une zone de rencontre, une intimité, un échange plus qu’une communauté d’idées, une proximité de relation » (10). Cette zone de rencontre est celle informelle du tactile et du chromatique « comme envahissement ponctuel et poignant, insensé, du détail dans le tout » (11). Si l’épiderme du tableau, par extension les toiles de différentes natures, devient le lieu où s’accomplit sa réalité essentielle et spécifique pour former un corps homogène et mouvant, à la fois pelage et paysage, c’est dans la réalité confondue du tableau et de ses moyens. Il n’est jamais question de séparer les techniques, les supports des contenus. « L’extrémité haptique d’une pure fonction optique s’auréolant pour ainsi dire autour d’un point culminant de vision rapprochée se donne comme une approche sans fin du corps voyant dont parle Merleau-Ponty » (12).

 

Dans le grand diptyque qui s’appelle Ostraire, on retrouve les deux registres abstraits et figuratifs travaillés par l’artiste. Les deux s’entrelacent sans cesse, non pas comme une question aujourd’hui dépassée mais comme une question beaucoup plus complexe où un fragment agrandi de peau (Chairs de Poule) peut être à la fois traité et perçu comme abstrait et / ou figuratif : « Ostraire : Le néologisme mêle ostraciser et extraire, abstraire. Après Caprice (peinture amoureuse du cochon et de la méduse), j’ai tout de suite eu l’idée de peindre un fauve, en particulier un loup, avec une huître, toujours pour jouer sur une mise en relation a priori impossible. Au-delà d’une narration ou d’un espace commun autre que la peinture, l’idée principale est la rencontre de ces éléments par leur ressemblance (ex: une idée sauvage de grands espaces liée à la saveur iodée et à une gueule béante de loup). Peinture en espace plan, pas de perspective, abstraction de tout contexte. Ceci afin d’échapper à l’histoire convenue sans recourir au symbole et développer ainsi ma liberté d’interprétation. L’organisation en meute relève à la fois du politique et du familial. Possibilité de bannissement d’un membre qui ne respecte pas la hiérarchie et qui met l’organisation du groupe en péril ; exactement comme chez les anciens Grecs : In Larousse illustré, ostracisme, du grec ostrakon, coquille d’huître ou tesson de poterie servant à l’expression des suffrages, procédure en usage à Athènes, permettant aux membres de l’ecclesia de bannir pour dix ans un homme politique dont ils redoutaient la puissance ou l’ambition » (13).

 

Ostraire s’inscrit dans la continuité des peintures charnelles. En effet, le traitement coloré uniforme du fond de la toile est proche de la couleur chair marbrée allant de l’incarnat, du rouge clair et vif au rose et blanc plus laiteux parfois veiné de bleu, jusqu’au verdâtre et à toute une gamme de bruns des peintures réalisées au cours des dernières années... On retrouve les nuées laiteuses, les humeurs: elles représentent une coquille d’huître formant une île utopique qui est parcourue à ses limites par les loups. « Le dépôt de l’écume sur le rivage, le chemin qui s’élève à flanc de coteau dans les pierres » (14). Les figures en creux, en réserve des loups, présence - absence poétique de la bête, semblent veiller sur leur territoire... « Que signifie la fascination exercée par les loups, leur appel muet, l’appel à devenir-loup? Des loups observent et fixent l’enfant qui rêve. (C’est notre tableau)...Ce qui est important avec le devenir-loup, c’est la position de masse, et d’abord la position du sujet lui-même par rapport à la meute, par rapport à la multiplicité (...) Je suis en bordure de cette foule, à la périphérie » (15). La lecture fantasmée de la figure « huître », sa galaxie obscure ou sa matière exotique est lieu de métamorphose. On peut la lire comme un voile intermédiaire recouvrant une forme fantomatique et symptomatique. On peut la lire comme une carte qui oblige à une vue cavalière, le plan de la carte mais également la surface plane : « Peinture en espace plan » sans «perspective » comme l’artiste nous le précise. La peinture ne peut prendre corps qu’en demeurant

peinture «... afin d’échapper au symbole ou à la fable et développer ainsi, au-delà d’une narration ou d’un espace commun autre que la peinture, une abstraction de l’huître et du loup réunis » (16).

 

Bertrand Meyer Himhoff (Avril 2006)

 

1. Yves Bonnefoy, « La Vie errante suivi de Remarques sur le dessin » p 172, Editions NRF, Poésies, Gallimard.

2. Gaëlle Dubois, Notes pour les légendes des œuvres de l’exposition : « Vacillé » 2006, huile sur toile, 2 x 100 X 81cm.

3. Cf. : Georges Didi-Huberman, « La peinture incarnée », Les Editions de Minuit, 1985.

4. Cf. : Louis Marin, « De la représentation » (Le concept de figurabilité ou la rencontre entre l’histoire de l’art et la psychanalyse) p.65,66,67 ; Editions Gallimard & Le Seuil,1994.

5. Gaëlle Dubois, « Des histoires et du mutisme, ou un jour, j’écrirai des cris de cerf en rut », 2OO4.

6. Roland Barthes, « Le neutre », Cours au Collège de France (1977-1978), Editions Seuil / Imec, Traces écrites, 2002. 7. Gaëlle Dubois, « Ensauvagé, errant ou simplement divaguant », note d’intention pour l’exposition à l’université de Toulouse le Mirail, 2006.

8. Gaëlle Dubois, idem note 5. 9. Yves Bonnefoy, opus cit. p. 192.

10. Gaëlle Dubois, Notes pour les légendes des œuvres de l’exposition :« Si proche », 2006, huile sur toile, 4 x 100 X 81 cm.

11, 12. Georges Didi-Huberman, opus cit.

13.Gaëlle Dubois, Notes pour les légendes des œuvres de l’exposition : « Ostraire »,2006, acrylique et huile sur toile, 2 x 112 X 87cm. 14. Yves Bonnefoy, opus cit. p. 193.

15. Gilles Deleuze, Félix Guattari, « Mille plateaux », p.41, Les Editions de Minuit,1980. 16. Gaëlle Dubois (voir note 13).

 

 

 

 

 

ENSAUVAGE, ERRANT OU SIMPLEMENT DIVAGUANT

Indécent, déçu, décevant, le loup s’en allant, chien errant, dominé, dominant, le loup hurlant, de mémoire, mêlant l’homme au chien errant. Mille-feuilles, mémorial, curieux, s’emmêle l’animal, en quête, proie qui fête le grand retour du loup, à tue-tête.

 

Hurlé, assis, assis, je te dis, cours, va chercher, donne et reviens, parler au loup comme à un chien.

Les animaux courent, en nos contrées reculées, toujours plus vite que nous, mieux vaut le savoir, enraciné, déraciné, on s’en fout, à chaque homme un paysage, un souvenir, hirsute tel un coquillage, quelque chose comme : « Ah, oui, je me souviens, c’était à la montagne ou à la mer, il neigeait, il neigeait, tu avais si froid... »

 

Tremble, carcasse, dit le loup - au vent - trrreembllleuh, carrcaasseuh, dit le loup indécent.

A chaque homme, un paysage, à chaque loup, le passage. Manger l’espace avant l’espèce, échappe, échappe-toi, manger les frontières, emmerder les intimes, pire que trois chiens unis, mal dressés, méchants, presque ensauvagés, enrageant, mauvaise pensée.

Si tu ne veux plus rire, pense à moi, parle de moi, ça te fera du bien, je n’entendrai rien, déjà parti, courant, je suis déjà si loin. M’as-tu vu, l’invisible décevant, l’indicible tremblant ?

 

Tremble, carcasse, dit le loup - au vent - trrreembllleuh, carrcaasseuh, dit le loup indécent. Méchant, méchant, de l’air, Cœur en fleur, fleur en terre,

Montrer les dents, peur, Poils sur le cœur, Comme cils et sourcils sauvent les yeux, Mes dents, mes oreilles et ma queue, Braver les braves, faible, on t’abat, trop tard, Abandon, détourner le regard, Attention, colère en plein délire Fuir et fuir et pour finir. A mort et vive, sauf qui peut Du loup, on ne voit que la queue, Pas forcément, loup forcené.

 

Tremble, carcasse, dit le loup - au vent - trrreembllleuh, carrcaasseuh, dit le loup indécent.

Les sans-à priori, les poursuivants sans répit, les aimer, les animés et désaimer les dégonflés. Exception faite des nouveaux-nés, de toute espèce, tout de suite après, on est foutu, un peu après, dans tout espace, dès tout petit. Je t’aime, je ne t’aime pas, tu me fais peur, as-tu un cœur ? On naît comment chez vous, à quatre pattes, et ailleurs ?

 

Courir la forêt ne sert à rien, ne plus y croire, danger, danger, le loup, on ne fait qu’en rêver pour mieux le brûler.

Feu le loup revient.

Feu.

 

Gaëlle Dubois, 17 avril 2006