Musée d'art moderne et contemporain à Toulouse, FRAC Midi-Pyrénées

Art contemporain
en Midi-Pyrénées

Florence Carbonne | Artistes

 

« Il ne se donne point de visible sans lumière
Il ne se donne point de visible sans moyen transparent
Il ne se donne point de visible sans terme
Il ne se donne point de visible sans couleur
Il ne se donne point de visible sans instrument. »

Nicolas POUSSIN à Monsieur de Chambray, Rome, 1er mars 1665.

 

Florence Carbonne vit et travaille à Toulouse. Diplômée de l’école supérieure des beaux-arts d’Angoulême, elle a également étudié à l’école nationale des arts décoratifs de Limoges et a obtenu une Licence en Arts Plastiques à l’Université de Toulouse le Mirail. Elle a participé au sein du collectif toulousain ALaPlage pendant une dizaine d’années à plusieurs expositions en France et à l’étranger.

Florence Carbonne construit de vastes installations comme à Lectoure, en 2007, dans le cadre de L’été photographique. En 2006, le musée Calbet de Grisolles lui a donné une carte blanche dans le cadre de La Nuit des Musées, ainsi que le festival Accè(s) en 2007 autour des arts électroniques ou encore, en 2008, la galerie Sainte Catherine de Rodez, ou encore pour la Semaine Internationale des Arts Numériques et Alternatifs au Théatre National d’Evry en 2009. En 2005, son travail a fait l’objet d’une commande publique pour la Maison de l’archéologie de l’Université Michel de Montaigne de Bordeaux. L’année dernière, sur une invitation en résidence au Québec dans le cadre du Symposium Sentier Art3 elle a réalisé une installation pérenne en pleine forêt canadienne.

Depuis plusieurs années, le travail plastique de Florence Carbonne se déploie dans des installations interrogeant la notion d’espace et le rapport de l’œuvre à son public. Ses dispositifs s'appuient ainsi sur les caractéristiques architecturales et environnementales d’un lieu (plongé dans le noir ou en lumière naturelle) et sur les rencontres humaines, techniques, événementielles… qu’il produit. Elle propose alors, avec un minimum de moyens, une relecture sensible des lieux. Ainsi, pour la mise en place de ces dispositifs, elle utilise des matériaux manufacturés détournés de leur usage premier (fils de pêche, élastiques, sacs plastiques, détergents, fil de coton. Elle entrave le lieu, rythme et cloisonne l’espace, tranche dans le vide, crée des "zones". Ces environnements invitent le public à s’y immerger le temps d’une expérience sensorielle personnelle.

Ainsi, en redessinant les espaces investis, Florence Carbonne crée, pour reprendre la formule de Michel Foucault, des hétérotopies, des espaces concrets, en marge du réel et dans un rapport nouveau au temps, qui hébergent et provoquent l’imaginaire. Grâce à ses installations englobantes, Florence Carbonne offre, de manière palpable, l’expérience de ces hétérotopies, construisant des îlots fantomatiques de "bouts de ficelle", reproduisant dans la pleine ombre, l’utopie d’un monde sensible…

Depuis 2007, l’artiste associe à ses créations le mouvement et l’intervention du corps en invitant ponctuellement une danseuse – chorégraphe sur des performances. En 2012, l'artiste collabore avec Jacques Rossello, technicien du son et musicien sur une création sonore pour l'installation "Smog" au centre culturel Léonard de Vinci à L'ENAC de Toulouse. 

 

 

 

Expositions personnelles

2012: "Le Concept du Hérisson", et "Epines", CIAM, La Fabrique, Université Toulouse II Le Mirail, Toulouse (31).

2012: "Smog", centre culturel Léonard de Vinci, Ecole Nationale d’Aviation Civile, Toulouse (31).

2011: "Le Pavillon", musée Calbet, pour Les Embarcadères, Saison culturelle en Pays Montalbanais, Grisolles (82).

2010: Symposium Sentier ART3, Parc Régional du Bois de Belle-Rivière, Les Laurentides, Mirabel, Québec, Canada.

Spectacle "A voir, volet 1" dans le cadre du projet de la Compagnie La Lloba  "Ce qui est là ", performances en collaboration avec Laurence Leyrolles à l’école primaire d’Auzits, Rignac, Aveyron (12).

2009: LaGalerie, Actuel’Art, Paris (11ème).

2008: "Sans titre ", Galerie Sainte Catherine. Collaboration sur 3 performances avec Laurence Leyrolles - Compagnie La Lloba, Rodez (12).

2006: "Les Ephémères ", La Nuit des Musées, musée Calbet, Grisolles (82).

2002: Espace des Arts, Colomiers (31).

1998: "Dispositifs à voir", Espace d'art Pluriel, Salles sur Garonne (31).

1997: "Sans titre", Le Bond de la Baleine à Bosse, Toulouse (31).

 

Expositions collectives (sélection)

2011: "Femmeux", La Sainte Jeanne vous en promet, Toulouse (31).

2009: "Le Bureau des Ouragans  " dans le cadre de Graphéine, Lieu Commun, Toulouse (31).

" Triangle " Galerie du Bellay, Mont-Saint-Aignan, Rouen (76).

http://galeriedubellay.blogspot.com/2009/05/triangle-florence-carbonne-m...

" Rencontre n°33 ", La Vigie, Nîmes (30).

Semaine Internationale des Arts Numériques et Alternatifs, Evry, Essonne (SIANA),( 91). 

http://www.youtube.com/user/Florencecarbonne68/feed?feature=context

2007: " Eau et gaz à tous les étages ", Accès(s), Anciens Abattoirs, Billère, Pau (64). 

http://www.myspace.com/festivalaccess/photos/37229676

" L’Été photographique de Lectoure ", Salon de coiffure Jeanine Biasiolo, Lectoure (32).

"Meeting", Lieu commun, Toulouse (31).

2006: " Les territoires", Fondation d’entreprise espace écureuil, Lac le Calle, Fourquevaux (31).

2005: " Barbara, une hache dans le cœur", L’œil de Poisson, Méduse, Québec, Canada.

"Consolation ", performance avec Marta Jonville, vidéo et photographie, soirée au Divan du Monde, Paris.

2004: "Consolation ", performance avec Marta Jonville, vidéo et photographie, diffusion lepluslegerdpi.com.

" Envole-moi", Domaine viticole de Ribonnet, Beaumont-sur-Lèze (31).

2003: " + si affinité, 10 familles 10 artistes", Fiac , Tarn (81).

"Méditerranée", Domaine de Degrés, Gragnague (31).

2000: "Solo Global", Centre culturel Matadero, Huesca, Espagne.

1999: "L'effet film", Centre photographique de Lectoure, dans le cadre de l'été photographique, Lectoure (32).

1994: "Technique mixte et dimensions variables", FRAC Poitou-Charentes (16).

 

Résidences

Septembre- Octobre 2013: VCCA, Virginie, Etats-Unis, Oeil de Poisson, Québec, Canada.

Février- Juillet 2011: Atelier résidence à l’Imprimerie, BBB, Toulouse (31).

Juillet-Aout 2010: Symposium Sentier Art3 2010, Parc Régional du Bois de Belle-Rivière, Les Laurentides, Mirabel, Québec, Canada.

Avril-Mai: Invitation de Laurence Leyrolles de la Compagnie La Lloba autour de son projet sur les 5 sens  "Ce qui est là »

Création-performance "A voir, volet 1" dans le pays rignacois dans l’école primaire d’Auzits, Aveyron (12).  

Mars 2009: SIANA, dans le cadre de la Semaine Internationale des Arts Numériques et alternatifs, Evry, 91.

Automne 2005: L’œil de Poisson, Méduse, " Barbara, une hache dans le coeur", organisé par Zébra3 (Bordeaux) et Le Collectif ALP (Toulouse) dans le cadre d’un échange France-Québec, Québec, Canada.

Été 2002: Les Haras, Chapelle Saint-Jacques, Ville de Saint-Gaudens (31).

 

Commande publique

2013

Mars: Proposition d’une sculpture pour la ligne Tramway, Toulouse. 

2008

Mai: Proposition d’un projet 1% décoration pour Encausse-les-Thermes, Ariège (11).

Juillet-Septembre: Proposition d ’un projet 1% décoration en collaboration avec l’association Zébra3, Médiathèque de

Mérignac, Bordeaux (33).

2005

Maison de l’Archéologie - Centre Ausonius, Université Michel de Montaigne - Bordeaux III, Pessac, (33).

 

Bourse

2008

Aide Individuelle à la Création, DRAC Midi-Pyrénées.

 

Expositions avec le collectif ALaPlage

AssociationALaPlage. A fait parti du collectif ALP de 1997 à 2006. A exposé avec ALP le collectif de 1998 à 2006.

 

Publications
- Catalogue d’exposition : Florence Carbonne, Espace des Arts, Colomiers, 28 septembre – 31 octobre 2002.

- « + si affinité, 10 familles 10 artistes », Fiac, 2003

- http://fr.calameo.com/read/000146812d4d7b4ddc869, "Glissements", Julie Martin.

- Superstition Printemps 2012: "Les propriétaires, la forêt et le pavillon", Bernadette Morales.

Formation

1995: Licence Arts Plastiques, Université Toulouse Le Mirail.

1994: DNSEP option Art, Ecole régionale des beaux-arts, Angoulême.

1993: Ecole Nationale des Arts Décoratifs , Limoges.

 

 

  • Vue de l’exposition à l’Espace des arts, Colomiers, 2002 Nylon, lumière noire
  • Vue de l’exposition + si affinité 10 familles 10 artistes, Fiac, 2003 Nylon, lumière noire
  • Vue de l’exposition + si affinité 10 familles 10 artistes, Fiac, 2003 Coussins, PVC, lumière noire
  • Vue de l’exposition Méditerranée, Domaine de Degrés, Gragnague, 2003 Nylon, clous, lumière noire
  • Vue de l’exposition Sainte Jeanne vous en promet, Toulouse, 2003 Nylon, lumière noire
  • Vue de l’exposition Envole-moi, Domaine viticole de Ribonnet, 2004 PVC, fluorescéïne, lumière noire
  • Vue de l'exposition Accès(s) "Eau et gaz à tous les étages", Les Anciens Abattoirs de Billère, 2007, Nylon, lumière noire, cablage
  • Vue de l'exposition, "Salon de coiffure Jeannine Biasiolo, "L'Eté photographique", Lectoure, 2007, Fil de soie, plomb de pêche
  • Détail de l'exposition, Galerie Sainte Catherine, Rodez, 2008, bassins acier, fluorescéïne, lumière noire
  • SIANA "Semaine Internationale des Arts Numériques et Alternatifs, Théâtre Agora,Evry, 2009, installation Nylon, lumière noire, vidéosurveillance
  • "Triangle", Galerie Du Bellay, Mont Saint-Aignan, Rouen, 2009, élastique, fil de fer
  • Détail, "Triangle", Galerie Du Bellay, Mont Saint-Aignan, Rouen, 2009, élastique, fil de fer
  • "A voir", invitation de Laurence Leyrolles, projet "Ce qui est là", Compagnie La Lloba, Ecole primaire d'Auzits, Aveyron, 2010, performances, installations.
  • "Sentier Art3", Symposium 2010, Parc Régional du Bois de Belle-Rivière, Mirabelle, Québec, 2010, catadioptres, piquets
  • "Le Pavillon", "Les Embarcadères", Musée Calbet, Grisolles, 2011, technique mixte
  • Fissure
    "Le Pavillon", "Les Embarcadères", Musée Calbet, Grisolles, 2011, technique mixte
  • "Le Pavillon", "Les Embarcadères", Musée Calbet, Grisolles, 2011, contreplaqué
  • Sténopé le 19-08-11 /10h30
    "Le Pavillon", "Les Embarcadères", Musée Calbet, Grisolles, 2011, photographie de sténopé
  • Rampe ciment rocaille
    "Le Pavillon", "Les Embarcadères", Musée Calbet, Grisolles, 2011, rocaille ciment, fer
  • Vue de la lunette sur la rampe Rocaille-ciment
    "Le Pavillon", "Les Embarcadères", Musée Calbet, Grisolles, 2011. Vue de la rampe par la longue vue, longue vue, rocaille ciment
  • "Le Pavillon", "les Embarcadères", invitation à Laurence Leyrolles, La Lloba sur 3 performances: "Calages", "jeux de lumière", "100 balles"
  • "Smog", Installation in situ et création sonore, collaboration Jacques Rossello, ENAC, Toulouse, 2012
  • "Smog", Installation in situ et création sonore, visite à la lampe frontale, ENAC, Toulouse, 2012

 

Se prendre les pieds dans la lumière

Et quand d’autres souvent ne voyaient pas ce qui étaient à leurs pieds, Thalès voyageait, lui, à travers tout l’infini, sans trouver de limite qui l’arrêtât.

Cicéron, Les Tusculanes

La maladresse notoire de ceux qui ne s’occupent que de lumière est passée dans la légende. Il est difficile de ne pas se laisser un jour conter l’histoire de la servante de Thrace éclatant de rire lorsqu’elle voit Thalès tomber dans un puits tandis qu’il observe le mouvement des corps célestes. Les variantes infinies et contradictoires de l’anecdote sont autant d’hypothèses sur la relation énigmatique entre nos corps et nos pensées. Tombant dans un puits alors qu’il cherche dans le ciel, Thalès découvre par ce hasard que tout procède de l’eau et en fait le premier principe de l’être. La servante n’est pas là par hasard, mais l’accompagnait parce que devenu vieux, l’astronome célèbre était devenu aveugle. La servante est une jeune femme pleine de sagesse qui se moque de l’incapacité de la théorie à voir les choses proches. La servante est une esclave qui ne connaît du temps que la contrainte du travail. Le rire de la servante rappelle que Thalès avait prédit une éclipse sans la voir, et que l’on ne connaît pas grâce à une expérience optique sensible, mais grâce à l’intelligence de la vue qu’est la théorie. Le puits se transforme pour devenir une citerne, voire même une fosse, et la jeune et jolie servante devient une vielle femme pleine de soucis. La philosophie passe d’un personnage à l’autre : elle revêt l’habit sérieux de la contemplation ou se déguise en habit de polichinelle et se manifeste au travers de l’hilarité d’une sagesse détournée, etc.

Les uns ont la tête dans les étoiles, les autres les pieds sur terre, dit-on volontiers. Mais peut-être le piège réside-t-il dans cette opposition même entre le caractère cérébral de la pensée et la réalité concrète du corps réduite au souci de la conservation de soi ? C’est en tout cas sur cette opposition que nous fait trébucher l’installation de Florence Carbonne.

En effet, l’artiste ne s’en tient pas aux termes de cette relation entre le haut et la bas. Plutôt que de décrocher la pensée du ciel étoilé, elle s’est glissé dans un lieu clos, l’intérieur obscurci d’une galerie, pour y expérimenter in nuce toutes les coordonnées de l’extension spatiale : l’éclairage, l’orientation horizontale et verticale, les mouvements qui l’arpentent et la traversent. Florence Carbonne permute tous ces éléments, elle les reconfigure de manière à brouiller la coordination habituelle-1-entre le regard et les pieds, si bien que son installation nous renvoie une nouvelle fois à l’énigme de leur rapport.

Celui-ci s’articule autour d’un emploi particulier de la lumière ; sa fonction d’éclairage est atténuée, voire soustraite, sans qu’elle prenne pour autant la consistance d’une matière. Elle apparaît bien plutôt comme un matériau ductile, comme des traits découpant la pénombre. Ainsi, l’installation redessine l’ensemble du lieu moyennant des lignes fluorescentes horizontales qui en scandent l’extension. Placées à intervalles réguliers, matérialisées par du fil à pêche vert fluorescent, ces lignes sont tirées à deux niveaux. Celui du haut passe au-dessus de nos têtes, tandis que celui du bas interfère directement avec nos déplacements ; les fils sont tendus au-dessus du sol, environ à mi-mollet.

La réfraction lumineuse de ce dispositif correspond à l’intrication d’une réalité physique et d’un effet visuel. Lorsque le regard se pose sur une ligne, il se rétrécit sur la mince épaisseur du fil qui constitue chaque trait. Celui qui, au contraire, tente d’embrasser l’ensemble est saisi par une impression optique dans laquelle apparaissent deux figures de plans immatériellement tendus dans l’espace réel de la galerie, que la vibration du fluo, par ses dilatations et rétractions, prolongent dans une contraction et une extension de cet espace.

Ce dédoublement de la vision a des conséquences en chaîne. La première est de renvoyer le spectateur au fait que chacun de ses regards est associé à une position corporelle précise. En effet, qui s’attarde sur l’impression constituée par les plans de coupe lumineux ne peut se déplacer, sous peine de trébucher sur les fils qui les composent. La station immobile s’accompagne alors d’une vigilance qui contrarie l’oubli de soi propre à l’absorption contemplative, Ici, point de recul somnambulique entièrement commandé par l’organisation de ce qu’il y à voir, par le désir d’englober le tout dans son champ de vision1. L’installation porte en elle une dimension contemplative qu’elle ne cesse pourtant d’abolir en ne libérant jamais le spectateur de l’attention pour son corps.

La seconde conséquence est que le spectateur, rendu sensible à sa situation dans la pièce, est libre d’y circuler. Il se déplace alors de proche en proche : le regard qui guide ses pas se fait tactile, il abandonne la logique du déroulement continu pour se concentrer sur les intervalles entre les fils, sur leur fréquence, leur hauteur, leur tension. Plutôt que de se diriger vers tel ou tel point fixe, le mouvement expérimente ses propres moyens de locomotion à travers une démarche qui ressemble étrangement à celle d’une cigogne. L’intelligence de l’espace ne dépend plus exclusivement de la vue, mais vient aussi se loger dans le tâtonnement des pieds qui explorent les écarts, trébuchent presque, découvrent que l’élasticité des fils permet de s’y poser, exécutent parfois un petit saut.

Redistribution de la lumière, tramage matérialisé de l’extension : le dispositif spatial mis en œuvre par Florence Carbonne subvertit la hiérarchie classique de l’intelligible et du sensible au profit d’une combinaison irrégulière et instable de leur différence. Tantôt la réflexion passe dans notre allure et l’appréhension dans le regard, tantôt la contemplation s’interrompt dans l’attention au lieu, tantôt enfin le mouvement perd son rapport au but pour redevenir une trajectoire sensible.

La pièce nous « installe » dans ces fluctuations incessantes d’attitudes, et à ce titre elle permet tous les usages, réels ou imaginaires. Par exemple, le bureau de la galerie n’a pas été déplacé, il se trouve inclus dans la trame lumineuse qui parcourt la pièce : ceux qui y sont assis ont les jambes entourées d’un halo fluo, ils se lèvent, naviguent entre les fils sous un faux plafond de lumière, un téléphone portable à la main. L’investissement artistique de l’espace n’annule pas le travail qui s’y fait, il le surligne. Des souvenirs d’autres lieux viennent se superposer à celui de la galerie. L’on pourrait être dans une discothèque, ou en plein milieu d’un jeu d’élastiques ou encore dans un décor de film qui reproduit un système de sécurité laser.

Peut-être Florence Carbonne ajoute-t-elle un épisode supplémentaire aux anecdotes sans fin sur la difficulté légendaire d’accommoder la vue théorique aux déplacements réels à l’intérieur du monde. Cependant, au lieu de nous rappeler une nouvelle fois à la condition sensible de l’intelligence, cette installation y introduit une torsion irréversible : celle provenant de l’artifice qui caractérise la régime sensible de l’art. Ainsi, la part du concret qu’articule sa pièce ne nous ramène pas à une condition prétendument indépassable de notre rapport au monde, elle ouvre à la part d’invention dans laquelle s’excède toute réalité.

Antonia Birnbaum Toulouse, novembre 2002

Catalogue d’exposition, espace des arts, 2002

1 Signalons à ce propos ce que dit Barnett Newmann sur son rapport à ce qui l’intéresse le moins en art, la sculpture : « La sculpture est ce sur quoi vient cogner le spectateur qui recule pour chercher la bonne distance à la surface d’une de mes toiles ». La platitude interdit elle aussi la contemplation, parce qu’elle oblige sans cesse le spectateur à expérimenter la bonne distance du regard dans l’espace réel. Et il ne la trouve évidemment jamais, mais il y tombe parfois sur des volumes...