Musée d'art moderne et contemporain à Toulouse, FRAC Midi-Pyrénées

Art contemporain
en Midi-Pyrénées

Didier Béquillard | Artistes

Didier Béquillard

«D’une façon générale, ma pratique investit les rapports corps-paysage, la notion de territoire y est toujours
présente, celui du corps, de l’architecture, de la ville, du pays. En milieu urbain, parallèlement à
l’exploration in situ j’utilise les plans de ville, les cadastres et les plans du bâti. Lors de mes déambulations
urbaines, l’appareil photo est mon carnet de notes, j’y relève des ambiances, l’usage des espaces
publics, des vues d’ensemble ou parfois d’infimes détails. Cette pratique de l’image implique des choix,
l’utilisation de différentes focales déplace le point de vue, produit des coupes, établit des rapports entre
des objets. Point de vue et cadrage deviennent déterminants. C’est souvent à partir d’un cadrage photographique
que je décide d’utiliser l’outil vidéo, quand l’image fixe semble ne pas suffire, que le lieu appelle
un regard cinématographique.
C’est sans doute à cause de ce cadrage photographique que je tourne principalement des plans fixes. Le
plan fixe quand il dure permet de s’installer dans un lieu, l’image en mouvement introduit une temporalité,
des personnes, des objets entrent dans le champ, y stationnent en sortent. Le hors-champ se dessine
comme les coulisses d’un théâtre avec un côté cour et un côté jardin. Aucun scénario n’est nécessaire,
une fois le plan défi ni c’est la ville qui écrit. Ces moments d’enregistrement sont pour moi très intenses
dans le hic et le nunc et l’attente de tout et de rien.»
Didier Béquillard, interview avec Giovanni Battista Cocco pour le catalogue Paesaggi d’acqua e fl ussi audiovisivi, 2010.

«Didier Béquillard voyage, observe, s’observe, pour définir plastiquement l’humain par ce dont il s’entoure,
se protège, ces formes qu’il crée et qui le moulent, ces chemins qu’il trace et qui l’orientent, souvent le
dirigent. Architecture et urbanisme comme objets d’étude, paléontologie appliquée aux espaces humains,
coquilles délaissées d’un étrange escargot dont la bave, fossilisée, à tracé routes, réseaux, maillages,
trames».
Etienne Glass, décembre 2010
 

EXPOSITIONS PERSONNELLES

2012
"CrossTowns" Galerie LicenceIII, Perpignan.
"Città"  Atelier Roland Schär, Paris.

2010
"Onkel Tuca's Bunker"  V.R.A.C, Millau.
"Carte Blanche" L'Atelier Blanc, Villefranche de Rouergue

2009
LeSalonReçoit, Toulouse

2008
«Hier und Da» avec Valérie Krause, le BBB, Toulouse

2006
« Stillleben mit flut » GalerieXprssns, Hamburg.
« Ausgewählte Stücke » Triennale d'architecture, GalerieXprssns, Hamburg.

2004
« Paysages » résidence et exposition à l’ENAC. Toulouse.

2002
« Footing » AlaPlage, Toulouse. (ctlg)

2001
« Lotissements » Credac, Ivry. (ctlg)
« Le salonreçoit », Toulouse.
Ombres Blanches, Toulouse.

2000
« deux pièces-cuisine », Paris

1999
Galerie Anton Weller, Paris.
Artspace, Sydney. (ctlg)

1997
Espace des Arts, Colomiers. (ctlg)

1995
Galerie Barbier/Beltz, Paris.

1994
Cimaise & Portique, Albi.

1992
URN Cologne. (ctlg)
Galerie Eric Dupont, Toulouse. (ctlg)

1991
Galerie Eric Dupont, Toulouse. (ctlg)

EXPOSITIONS COLLECTIVES

2012
"Topos" Fondation Écureuil pour l'Art Contemporain, Toulouse.

2011
"Auz'Arts Citoyens" Auzeville.(ctlg)
"Odyssée de l'Espace" Espace des Arts, Colomiers.

2010
Traversée d'Art, St Ouen.

2009
"La Sainte Jeanne vous en promet", Toulouse.
"Passé (re)composé" Galerie Ste Catherine & musée Fenaille, Rodez.(ctlg)

2008
Triennale d’Art Contemporain, Port Louis, Île Maurice.(ctlg)
Yokohama VDO Collection 08, mois de la France, Red Brick Ware House, Japon.
Anonyme Zeichner - Kunstraum Kreuzberg Bethanien, Berlin.
Les Ecrans Documentaires, Galerie Pascal Van Hoecke, Arcueil

2006
«Marcher» Maison des Arts Georges Pompidou, Cajars.
« les Territoires »   Fondation Espace Ecureuil, Toulouse.

2005
"7 ans de réflexions" AlaPlage, Toulouse.
"Déplacement" le BBB, Toulouse.
"Territoires 2 " Le Vent des Forêts, Thillombois.

2004
"Territoires 1" Le Vent des Forêts, Verdun.
« Open Mike » Galerie für Landschaftskunst. Hamburg.
" Regards sur la ville" Villa des Tourelles, Nanterre.

2003
« Habit ou Habitat » Galerie Marcel Duchamps, Yvetot. (ctlg)
« Sur plusieurs tableaux II » château de Taurines.
"SIX", CIAM, Toulouse.

2001
« ODYSSEE 2000+1 » Rote Latern, Flensburg.

2000
« emplacement/déplacement » Galerie Anton Weller, Paris.
« Traversées » la Menuiserie, Rodez. (ctlg)
« Autour du Colloque » Abbaye of Sylvanes.

1999
« A Corps Perdu », Cimaise & Portique, Caisse d’Epargne, Toulouse. (ctlg)

1998
« Déplacements » Galerie Anton Weller, Paris.

1997
« Innenseite » Documenta off, Kassel.

1996
« Chez l'Un, l'Autre 4 », Galerie Anton Weller, Paris. (ctlg)
Salon de Montrouge. (ctlg)
Salon d’Art Contemporain, Verdun.
« Pièces Montées », Centre Culturel de l’Albigeois, scène nationale, Albi. (ctlg)

1995
Université du Mirail, Toulouse.
« Chez l'Un, l'Autre 2 », Galerie Anton Weller, Paris. (ctlg)
« Chez l'Un, l'Autre 3 », Galerie Anton Weller, Paris. (ctlg)
1994
« Rêves d »Espace », Palais des Arts, Toulouse.

1993
Salon de Montrouge.
« Intérieurs », Musée Denys Puech, Rodez. (ctlg)
« Quelle Chaleur », Cimaise & Portique, Albi.

1992
Salon de Montrouge.

1991
« Magasin d'artistes », Rodez.

BOURSES

1999
Bourse D.A.P de recherche à l’étranger (Australie)

1993
Bourse du FIACRE, Aide individuelle à la création.

ACQUISITIONS

2012
Artothèque du Lot

2007
Ville de Rodez dans le cadre d'un 1% au lycée agricole de Laroque.

1994
Artothèque, Albi.

1993
FRAC Midi -Pyrénées.

1990
Collection CAVIAR.

ENSEIGNEMENTS

2010-2011 Visiting professor, Université d'Architecture de Cagliari, Sardaigne.
2002-2006 Professeur d’Arts Plastiques à l’École Supèrieure des Beaux Arts de Toulouse, Option Design d’Espace.
1999-2005 Professeur d’Arts Plastiques à l’École Nationale Supèrieure d’Architecture de Toulouse.

  • Babel, mdf et bois, 2012
    Vue de l'exposition "Topos" Fondation Écureuil, Toulouse
  • CrossTowns, linoleum et sol pvc, 2012
    Vue de l'exposition à la Galerie LicenceIII, Perpignan.
  • Onkel Tuca's Bunker, 100x160x90cm carton et bourrette, 2010
    Vue de l'exposition "Onkel Tuca's Bunker" à la V.R.A.C, Millau
  • Iceberg
    Les Territoires Fondation Ecureuil, Toulouse Lac de Calle, Fourqueveaux juin-septembre 2006
  • "Watt" boucle vidéo 18mn retroprojetée, 200x240cm 2008
    Vue de l'exposition "Hier und Da" avec Valérie Krause, BBB Toulouse.
  • "Berlin Overhead" Colle thermofusible, carte, au mur: "Typogéographies", 2009
    Vue de l’exposition "Le Salon Reçoit" 2009.
  • "Collection" Thibaude, 2004/2009
    Vue de l’exposition "Le Passé re-composé" musée Fenaille, galerie St Catherine, Rodez, 2009.
  • "Opus Incertum" bourrette, tarlatane, 2003
    Vue de l’exposition "Footing" AlaPlage, 2003, Toulouse.
  • Morceaux choisis I
    Vue de l’exposition "Territoires" dans le cadre du symposium du Vent des Forêts à Fresnes au Mont, 2004 Installation sur le circuit dit "traditionnel", tôle galvanisée et acier, hauteur 2m50 environ

Lotissements : l’illusion du sol

1
À la suite des raids sur l’Afghanistan par les avions Stealth, l’étymologie du mot anglais map (une carte) revient nous hanter : Une nappe (tablecloth), on l’étale sur la surface de la terre. Les territoires dessinés par les cartes sont des plateaux. Les villes qu’elles indiquent se dressent sur pieds. Les villes projettent leurs formes géométriques sur le sol, produisant un relief d’ombres composé de terrains vagues, dépôts abandonnés, murs mi-achevés, rails de chemins de fer, canaux. Ce sont des ruines avant l’heure que cible le pilote de chasse. C’est un archéologue de l’avenir. En attaquant le linceul de la terre, il ensevelit le sol plus profondément.

2
Les cartes sont l’adresse du monde. Sans elles, le courrier ne peut être posté, ni les bombes envoyées sur leurs cibles. Les cartes ne peuvent être complètement dépliées. Un bas-relief de plis indique des enveloppes non livrées, piégées en dessous. Le plan de sol vu par l’ange de Leibniz est un ensemble de boîtes aux lettres. L’aviateur est le premier messager universel, le protecteur du sac postal. Amoureux d’un sol plus inaccessible qu’un quelconque trésor égyptien enfermé dans une vitrine de musée, il écrit des lettres de vapeur sur le terrain vague du ciel.

3
Le sol étouffe sous une chape de plomb. Le métal toxique oppresse sa poitrine. Il prétend être une couche protectrice, mais exhibe un squelette. Comment est-ce arrivé ? Entre eux, le Hasard et la Destinée partagèrent la terre en lots et allouèrent à chaque homme une place, une adresse. Mais comment firent-ils pour persuader le peuple que ce poison pourrait guérir ? Le Hasard et la Destinée chuchotèrent, « Lead : dead. (Plomb : Mort) Los : Tod. (Destinée : Mort) ». Ces rimes, dirent-ils, révélaient « une communication souterraine entre sens disparates », qui fournirait « un toit au-dessus de leur tête. »

4
Le souterrain est le terrain. Il s’étend en pleine vue. C’est le fac-similé de la carte qui est à l’origine de ce déplacement. De même pour le « sus-terrain ». On n’a pas besoin de pont pour traverser une rivière à sec. Quant à la rivière qui coule, nagez dans le courant. Les lotissements aveugles qui s’étalent sous vos yeux sont « d’innombrables sentiers et ponts et demi-dieux qui aimeraient vous faire traverser la rivière, mais seulement au prix de vous-même. » Soyez votre propre aviateur : prenez le risque de rester « étendu sur une planche durant des années – une destinée spirituelle. »

5
Les enveloppes ressemblent aux pierres tombales : le verbe meure à l’intérieur. Le désir ne peut être livré. On ne peut que le faire suivre. Une ville avec un service postal fiable ressemble à un circuit imprimé pleinement fonctionnel. Il n’y a pas de place pour le Hasard. Seuls, les sans-abri peuvent le comprendre. Le migrant voit le plan de la ville comme un labyrinthe. Il se vante : « Mon domicile est une boîte aux lettres. » Les résidents au cimetière du surplus doivent être plus habiles. Ils n’ouvrent aucune des lettres d’amour qu’ils reçoivent.

6
L’ironie de la création digitale : elle ne laisse pas d’empreintes. Le labyrinthe du jeu d’ordinateur est un passage sans courbes, composé de cubes. Vue en coupe, il pourrait être un champ de feuilles de tôle martelées ; sauf que, en dépit des probabilités, les traces du travail à la main persistent, les irrégularités de l'usure, le front d’une grosse vague. Ces preuves de création témoignent du fardeau de la perte endurée quand la surface devient inaccessible. Nous ressemblons aux astronomes, scrutant les canaux de Mars à la recherche d’un signe de vie.

7
Contre toute attente, le sol n’est pas « aplati sous les coups ». Il est mis en relief.Un nouvel ordre de représentation émerge, aussi ancien qu’une sculpture égyptienne. Le plat revient en tant que multiplicité de surfaces. Il n’y a pas d’endroit particulier où se tenir. Plutôt un escalier mouvant de terrasses qui se bousculent. Il ressemble à un écoulement de lave. On a l’impression d’une hyper-surface, d’un ciel-terre dont le reflet flotte, inaccessible, à portée de main. Le cartographe commence à strier sa carte de son crayon. Le pilote de bombardier ne peut dire si les marques sont anciennes ou récentes.

8
Ces géographies ne sont pas locales. Elles sont les platitudes d’une vision convaincue que l’avenir dépend des aéroports. Des îles sont aplanies pour faire des pistes d’envol. D’autres pistes sont bombardées. (Comme dit le Président : vous êtes avec nous, ou contre nous). La poussière créée par ce cycle de déplacement ensemence un désert de Gobi Cubiste. Une congère mortelle s’amasse contre murs de pierre et puits. Quand le Simum souffle, les contours d’installations militaires sont parfois découverts, mais de cette hauteur, impossible de dire si ces lignes indistinctes signalent des corps calcinés.

9
Le modèle produit ici n’est pas trop réel pour être vrai. Seuls les modèles qui imitent la vie échouent à ce test. Les modèles de mondes morts passent facilement l’inspection. C’est l’image produit par l’exploration de l’univers : toute surface céleste est une mosaïque de feuilles, aux joints flous, et qui ressemble à une ville voilée. Sur terre, comme dans les cieux, le satellite découvre partout des vestiges de civilisations disparues. À la fois admiratifs et craintifs devant cette puissance destructrice implicite, les décideurs attachent des messages à leurs missiles, arguant que, dans ce cas précis, même une enveloppe non-ouverte délivre bien son message.

Paul Carter, Melbourne, Octobre 2001