Musée d'art moderne et contemporain à Toulouse, FRAC Midi-Pyrénées

Art contemporain
en Midi-Pyrénées

Véronique Barthe | Artistes

Véronique Barthe

Toi et moi ça fait deux 

Véronique Barthe, en prenant en compte le double héritage de l’art conceptuel et du pop art, met en tension deux attitudes contradictoires, iconoclaste et iconophile, deux positions antinomiques. Si le texte-concept est substitué à l’image, les mots, l’énoncé peuvent de la même manière se transformer en icône. Jeux de mots et jeux typographiques, dynamisation du signifiant et mise en page dynamique des signes consomment à la fois une double défaite, un double triomphe, et produisent une équivalence entre les médiums, le langage et la peinture, pour le seul bénéfice de l’effet pictural du texte, de l’impact sémantique du tableau. Les codes de la communication, l’efficacité de ses slogans, de sa signalétique sont détournés et mis au service de l’expression d’une parole intime et pudique, naïve et lucide, ordinaire et poétique, appartenant au langage commun, appartenant à la banalité du langage amoureux. Clichés, détournements d’expressions toutes faites, messages construits sur des homophonies, combinés à des figures symboliques ou des motifs abstraits, qui ont force d’idéogrammes, forment une suite d’avertissements tragi-comiques, d’adresses à soi-même et à l’autre, qui nous parlent et nous font signe. La démarche de Véronique Barthe engage, ainsi, un travail sur les écritures se concentrant sur le psychologique intime et explorant les relations amoureuses, la gamme contradictoire et cyclothymique de ses sentiments intérieurs, de ses états d’être.

Danielle Delouche

Véronique BARTHE

Née en 1965 à Toulouse
1987 : Deug d’Histoire de l’Art
1990 : Diplôme National d’Arts Plastiques
2001 : Bourse d’aide individuelle à la création DRAC Midi-Pyrénées

Expositions personnelles

2011 « Aïe et coups » Centre d’art contemporain Chapelle Saint-Jacques, Saint-Gaudens
2010 « Peau cible » PAM, Muret
2009 « Vous êtes las » Omnibus, Tarbes
          « Livres d’artistes» médiathèque du musée des Abattoirs, Toulouse
2008 Galerie une poussière dans l’œil, Villeneuve d’Ascq
          « Ex peau » lesalonreçoit, Toulouse
2006 « tu d’or ? » L’Inventaire, Montauban
2003 « Correspondances » Centre Saint Cyprien, Toulouse
2002 « Correspondances » Pluriel, Salles sur Garonne
2001 « Sans Doute » Les cahiers de l’atelier, Brax
1999 « Corps à cœur » Atelier Adélie, Toulouse
1998 Galerie des commun’arts, Montauban
1995 Matra Marconi Space, Toulouse
          « Rouge Baiser » La cave, Toulouse
1994 « Les noces d’argile » Canal Sud, Toulouse
1990 Salle basse du Palais de la Berbie, Albi

Expositions collectives

2011 « Dérapage contrôlé » Omnibus, Tarbes
2008 « D’autres murs » le bbb, exposition itinérante
2006 « Jeune création féminine contemporaine »Centre Culturel des Mazades, Toulouse
          « Productions orphelines » L’Inventaire, Montauban
2004 « Livres d’artistes » ENFA, Toulouse
2003 «Toi et moi ça fait deux » Château de Linardié, Senouilllac
          « L’autre, autrement » Marles les mines
2002 « bbb artothèque », le bbb, Toulouse
          « Souvenirs d’été », Le matin des imaginaires, Giroussens
          « Entrelacs 2002 » La galerie, Staffelfelden
2000 « Solo Global », Centre Culturel Matadero, Huesca
          « Nous avons beaucoup pensé à vous », A la plage, Toulouse
          « Les Curieux 2000 », ENAC, Toulouse
1999 « Grands Formats », Montauban
          « Compac Art », Galerie Rrose Selavy, Barcelone
1998 « Livres d’artistes, Etats d’esprits », Toulouse
          « Les Curieux poche », Toulouse
           Galerie M. Batut d’Haussy, Paris
1996 « Les mots, l’art et la vie », Toulouse
1995 « Aux 500 Diables », Bordeaux
          « Salon d’art contemporain » Verdun sur Garonne
1994 « À vos papiers », Musée Ostrovski, Moscou
          « Les chambres d’amour », Grenade
1991 « Magasin d’artistes », Rodez

  • Aïe et coups
    Exposition Aïe et coups #1 dans la ville de Saint-Gaudens. Sans titre, 2011, impression sur papier affiche, 400x300cm
  • Aïe et coups
    Exposition Aïe et coups #1 dans la ville de Saint-Gaudens. Sans titre, 2011, impression sur papier affiche, 400x300cm
  • Aïe et coups
    Exposition Aïe et coups #1 dans la ville de Saint-Gaudens. Sans titre, 2011, impression sur papier affiche, 400x300cm
  • Peau cible
    Plateforme d'Art de Muret. janvier 2010
  • Peau cible
    EX PEAU. Tirage numérique sur aluminium. 125x125 cm. 2008.
  • Une belle dans la peau
    EX PEAU. Tirage numérique sur aluminium. 125x125 cm. 2008.
  • Vous êtes las
    Lèche-vitrine n°19. Exposition chez Omnibus Laboratoire de propositions artistiques contemporaines. Tarbes 2009
  • Tiens toi droite
    Désordres. Tirage numérique sur aluminium. 75x75 cm. 2008.
  • Tiens toi à carreau
    Désordres. Tirage numérique sur aluminium. 75x75 cm. 2008.
  • Pour voir
    Tirage photographique sur papier photo argentique. 50x50 cm. 2011.
  • Hier aujourd'hui c'était demain
    Tirage numérique sur aluminium. 90x90 cm. 2006.
  • Or?
    Tirage numérique sur aluminium. 50x50 cm. 2006.
  • NU
    Dorure et feuille d'or sur toile. 160x160 cm. 2006.
  • nu color
    Tirage photographique sur papier photo argentique. 50x50 cm. 2011.
  • Nu au jardin
    Tirage numérique sur aluminium. 90x90 cm. 2006.
  • Ténu
    Tirage numérique sur aluminium. 50x50 cm. 2006.
  • Envie
    Tirage numérique sur aluminium. 75 x75 cm. 2005.
  • Tout ou rien
    Série « correspondances ». Tirage numérique sur aluminium. 125 x125 cm. 2002.
  • S'enlacer
    Série « correspondances ». Tirage numérique sur aluminium. 125 x125 cm. 2002.
  • SM
    Série « correspondances ». Tirage numérique sur aluminium. 125 x125 cm. 2002.
  • Emoi
    Impression numérique sur papier chrome. 90x90 cm. 2002.

Correspondances

Construit comme un jeu combinatoire entre le lisible et le visible, le dessin et l’écriture, l’ensemble des images de la série « correspondances » décline le doute amoureux.
Chaque composition associe des motifs abstraits ou symboliques, des couleurs et des graphies particulières à de courts messages et joue sur les codes graphiques, les doubles sens, les glissements, les seconds degrés.
Le jeu formel et sémantique ne renvoie plus alors seulement à un langage codé mais à une fiction intime, personnelle, narrative et ludique. Histoire individuelle qui nous parle aussi de nous, de nos joies et de nos peines, de nos amours et de nos guerres…

Véronique Barthe

 

Le travail pictural de Véronique Barthe s’accompagne d’une production de livres. Bien plus qu’un prolongement aux recherches plastiques, les livres développent un espace narratif et ludique pénétrant de manière plus intimiste dans l’univers de l’artiste, explorant de manière systématique le thème de la relation amoureuse. Propice aux jeux des mots et des images, le livre associe à la signalétique simplifiée des formes et des symboles une série d’expressions courantes, banales. Les variations plastiques, physiques et sémantiques intègrent sous l’apparente simplicité et légèreté des formules, la question du renouvellement de la notion du livre et de notre pratique de lecture.

Brigit Bosch

 

Véronique Barthe ou le désir attrapé par la peau (Du Dasein au design)
(à propos de l’exposition de Véronique Barthe à la Galerie Une poussière dans l’œil, du 21 avril au 21 juin 2008 à Villeneuve d’Ascq, 17bis rue des Vieux-Arbres)

Faites le tour de vos désirs. Vous constaterez qu’ils sont peu nombreux, plutôt pauvres, qu’ils se limitent à des variations sur le même thème et se résument à un message impersonnel, à une injonction qui n’est même pas issue de vous, et qui vient de l’individu numérique anonyme que nous sommes devenus.
On aime, dans l’exposition actuelle de Véronique Barthe, le désir devenu signe et événement, affiché en énoncés colorés sur des supports/surfaces qui figurent l’expression d’un jeu, d’une attente, d’un message et d’un trompe-l’œil. « J’veux ta peau », « Pas de peau », « Je te sens dans ma peau », « Peau cible » ou « Une belle dans la peau », égrènent un chapelet-signalétique qui, comme dans les affichages publicitaires, parle intimement de l’individu collectif, anonyme et numérique de l’ère de nos sociétés post-industrielles.
Comme dans les enseignes publicitaires, mais de fait, comme dans le statut de l’écriture depuis son invention, faut-il y voir des signes adressés ? Le signe écrit et affiché est justement celui qui n’est pas adressé, et c’est précisément en cela qu’il touche. Nous avons appris à nous lire à travers les marques propres de nos aliénations. Ce que l’on lit dans les énoncés au graphisme précisément générique, qui surgissent sur les surfaces devenues des écrans, paisiblement, comme s’ils accompagnaient nos pensées intérieures tout en les déjouant, c’est l’histoire propre de l’intimité spatialisée, esthétisée, collectivisée, objet de design, nouée au grand Désir impersonnel qui est le fond de nos affections. C’est le journal intime de nos passions appauvries, la chronique de notre temps sans épaisseur.

Les énoncés, clichés détournés, rappellent l’injonction enfantine, maladive et étroite, d’où nous sommes issus (« Tiens-toi droite », proclame, au féminin, l’une des œuvres). Ils interpellent à vif, depuis leurs écrans monochromes, à motifs abstraits et ludiques, quasiment sonores de par leur capacité d’étonner l’œil, qui dénient l’épaisseur. Dans l’absence d’épaisseur la surface fait miroir où se réfléchit l’image du spectateur. La surface affiche parce qu’elle enferme, et enferme parce qu’elle réfléchit : elle enferme parce qu’elle ne peut justement contenir, son enfermement consiste en l’expulsion de tout sujet possible à l’intérieur de son non-espace. Cette surface est la métaphore du désir, de la peau, du signe (signal) et de l’ère numérique à individus échangeables et portatifs. L’être-affiché (à l’écran), c’est l’être-enfermé, réfléchi dans le Désir impersonnel des signaux en trompe-l’œil des non-passions collectives. Ôte-moi la passion, donne-moi un désir pauvre et impersonnel dans un monde sans moi, et je me reconnais, j’y lis la chronique de mes jours : l’appel de l’autre, le jeu, l’attente à perte, le glissement sur des surfaces-effets.

La peau, et le mot « peau », est le centre de l’irréductible désir. Ce qui aurait pu être un travail à la Baudrillard sur la société des individus sans identités, devient un travail radical sur l’irréductibilité de l’identité humaine. La peau, la chose qui est la peau, apparaît ici dans le mot qui la dit, mot déconstruit à volonté, ouvert aux franchises du langage, dans une impudeur affichée qui est l’autre nom de la pudeur. Tel est le journal du siècle et de son petit mal, mais qui insiste : les signes nous ont dominé davantage que les choses. Le signe palpite de la hantise digitalisée de la présence, qui n’existe pas. L’œuvre de Véronique Barthe est une méditation sur l’appel et le signe, à l’ère des industries de l’esprit. Le grand ordinateur auquel nous nous sommes intégrés est, finalement, libre, comme notre possibilité d’ouvrir et de fermer les yeux, de nier comme d’affirmer le signal, d’interroger les signes.
Attrapé par l’appel dont nous avons laissé à la technique la charge, nous voilà pris, reconnus, identifiés à ce manque d’interlocution qui n’est, finalement, que l’expectative d’une condition bien avant l’invention des machines. L’espace du signe est l’espace du manque de la chose, mais ce manque de la chose est l’espace de notre quotidien. Les lettres clignotent autant que nos yeux clignent ou que notre pensée se fait intermittente. Le peau n’a jamais été autre chose, depuis toujours, que l’écran du mot « peau » et de son appel, sur lequel notre condition s’est précipitée. Le signe c’est le sel de la peau, le précipité de l’histoire collective.

Nous voilà alors immobilisés et réveillés dans l’affichage permanent de chacun des écrans-surfaces. Immobilisés et réveillés, c’est-à-dire en route-déroute à travers des significations que nous vivons plus inconsciemment que nous les habitons. A la mise en lumière de ce dispositif qui nous traduit dans un dimension sans intériorité ni épaisseur, nous reconnaissons volontiers en Véronique Barthe la consistance d’une profondeur.

Victor Martinez, 21 avril 2008