Musée d'art moderne et contemporain à Toulouse, FRAC Midi-Pyrénées

À contresens de l'oubli

Du 13 juin au 24 octobre 2015
 
Château de Taurines, Centrès (12)
Photographie : Karine Mathieu

"À contresens de l’oubli" puise son titre dans l’ouvrage édité en 1990 par le Château de Taurines. Ce texte relate la fabuleuse destinée de la restauration de ce château aveyronnais du XIIIe siècle et raconte une aventure visant à faire de ces ruines un symbole de renouveau, un témoin de de l’histoire et de la création contemporaine. En écho à la mémoire du site, cette exposition interroge notre prédisposition à l’oubli.

Artistes : Becky Beasley, Berdaguer & Péjus, Florence Carbonne, John Cornu, Maïder Fortuné, Jean-Louis Garnell, Jeff Guess, Mehdi-Georges Lahlou, Robert Malaval, Yazid Oulab, Bertrand Segonzac, Lucy Skaer


Une correspondance s’engage entre les œuvres de la collection des Abattoirs - Frac Midi-Pyrénées et l’esprit des lieux. Les formes flottent dans l’espace mémoriel du château et rompent un silence contenu.

Un langage intime et commun se pose ici, entre passé et présent. Une rencontre inattendue entre des artistes aux univers singuliers amorce une conversation sur la présence de l’absence.

Alors que récits et représentations se télescopent, que faisons-nous de notre histoire, de nos images, de nos instants ?

Dès notre arrivée, nous sommes immergés dans un paysage intérieur celui de notre intime banalité. Les œuvres flirtent avec le réel, un sentiment étrange envahit la pièce.
La mémoire de nos objets (chaise, nappe..) se retrouve ici, forme organique, trace photographique, image picturale, pour devenir un espace de projection où se libèrent nos propres souvenirs.

Une double lecture apparaît, les histoires se tissent.
Au-delà de la représentation, le voile se lève sur une aventure plus collective puisant dans l’histoire des mondes, des religions et des sociétés.

Un fauteuil, dont l’excroissance quasi organique, trône au côté de chaises peintes suspendues dans la toile : L’Aliment blanc de Robert Malaval entre en résonance avec la peinture Sans titre (extractions) de Bertrand Segonzac ; véritable métaphore de l’encombrement de la vie quotidienne, de l’économie de surproduction.

Par ricochet, l’œuvre Sonatine de John Cornu révèle l’utilisation des néons, considérés comme dysfonctionnels par une société de consommation habituée à renouveler sans fin ses produits bien avant leur épuisement total.

L’exploration entre le corps et l’intériorité se poursuit avec des œuvres immersives engendrant des états d’âmes poétiques entre variation lumineuse et sonore créant une expérience physique exclusive. La mémoire devient pour les artistes une matière première, manipulable questionnant la transmission et la pérennité du souvenir.

« Ainsi, vont les choses de ce monde… rien ne s’y achève et tout y recommence »*

Tel serait le prolongement de l’exposition…
L’éternel retour aux choses pour mieux les appréhender.
Les œuvres exposées puisent leurs références dans la littérature, le cinéma, l’idéologie religieuse pour la plupart oubliées voire méconnues.
Immergées dans les espaces nus de la forteresse, elles ouvrent vers de nouveaux horizons où le regard et la mémoire sont interdépendants.
Percussion graphique de Yazid Oulab nous accueille ainsi dans une plongée contemplative : un plaidoyer de l’intériorité.
Les traces du sacré soufflent dans les murs. L’attention se porte ici sur la mémoire tronquée de nos histoires (orientales et occidentales).

Comment s’interroger sur notre activité visuelle et mentale quotidienne ?

Les images s’entrechoquent aux informations et retranchent nos connaissances.
Les œuvres prennent cette parole. Elles bousculent nos approches, repositionnent le rôle de l’image, du savoir, des apprentissages et des héritages parfois perdus.
À contresens de l’oubli tente de réveiller nos esprits engourdis par une partition visuelle et sonore puisant sa force au château de Taurines.


* Yves Jaigu, Yazid Oulab,  Ed. Ereme, 2008